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Foix: journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites

© midinews 2015

Cérémonie commémorative, ce dimanche matin à Foix, en hommage aux «Justes» de France et à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites.

À l’invitation de Marie Lajus préfète de l’Ariège, la cérémonie s’est tenue devant le monument de la Resistance en présence de la députée Frédérique Massat, d’Elisabeth Clain, première adjointe à la ville et de Gilles Nacache, représentant du CRIF pour le Sud-Ouest.

«Il est dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire, et l’idée que l’on se fait de son pays. La France est la terre des droits de l’homme. Qu’un crime tel que nous l’évoquons aujourd’hui ait été commis sur son sol avec la complicité active de certains de nos concitoyens est une injure faite à notre histoire et à notre génie national».

C’est par ces mots simples et fondamentaux qu’il y a 20 ans jour pour jour le Président de la République, Jacques Chirac, introduisait son discours historique prononcé à Paris.

En prononçant ce discours, le chef de l’État a inscrit la mémoire des crimes de Vichy dans l’histoire de France et la responsabilité directe de l’État français dans l’arrestation, la déportation et l’extermination de près de 90 000 juifs français et étrangers, mais aussi de Tziganes, de résistants, d’homosexuels, précipités dans la tourmente.

Cette année marque de sinistre mémoire le 73e anniversaire de la rafle du Vélodrome d’hiver, le 16 juillet 42 ainsi que les rafles faites au sud de la ligne de démarcation au mois d’août.

Dans son discours Gilles Nacache a exhorté l’auditoire à être fidèle à ce rendez-vous de la mémoire et «d’incarner à jamais ce cri silencieux étranglé dans ces milliers de gorges par-delà le temps, d’être pour l’éternité ces vieillards piétinés, ces enfants massacrés, ces femmes écartelées, ces hommes écorchés se consumant sans espoir dans la guerre nazi».

Si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons disait le poète Paul Eluard. Revenant sur la Rafle du Vel d’Hiv, cyniquement dénommé «vent printanier», le responsable du CRIF à rappelé le funeste décompte: 12 884 juifs, hommes, femmes et enfants furent arrêtés par la Police française, la gendarmerie et les gardes mobiles sous les ordres de René Bousquet pour être déportés dans des wagons plombés comme du vulgaire bétail, vers Drancy, Pithiviers puis Auschwitz où la plupart furent gazés et brûlés par les nazis des leurs arrivée.

Des 75 721 juifs de France, 73 221 ne sont jamais revenus. «Nous ne voulons pas oublier, car la seule tombe des victimes dans ces rafles, c’est notre mémoire affirmait le Premier ministre Lionel Jospin en 1997.

Parce que les bourreaux atteindraient leur but si ces victimes disparaissaient de notre conscience pour se fondre dans la nuit et le brouillard de l’oubli. Parce que les familles de ces victimes et leurs descendants ont droit à la solidarité de la République.

Comment pareil cataclysme aura-t-il pu se déclarer dans une Europe éclairée en plein 20e siècle ?
»

 Gilles Nacache est revenu sur cette terrible machine d’extermination mise en place par les nazis avec l’aide complaisante d’un état français à la botte de l’occupant, devançant même ses désirs: les lois de 1940, les juifs fichés, marqués de l’étoile jaune, spoliés, exclus de la communauté nationale, puis voués à l’extermination méthodique dans l’indifférence silencieuse des nations.

«70 ans après la libération des camps de concentration et d’extermination, notre conscience devrait se considérer comme apaisée et soulagée puisque la Shoah semble être reconnue, a lancé Gilles Nacache.

Pourtant dans le même temps l’utilité de cette mémoire dont on murmure qu’elle devient un peu encombrante parce qu’elle empêche de diaboliser en rond, est contestée de plus en plus bruyamment et suscite controverses et polémiques douteuses.

La course stupide à la concurrence victimaire et les comptabilisations morbides et indécentes, les amalgames fielleux, les mensonges les plus scandaleux brouillent, minorent, banalisent ce que fut la destruction scientifique des juifs d’Europe avec pour corollaire la remise en cause de plus en plus explicitée de l’État d’Israël diabolisé a l’envie
».

Le représentant du CRIF est revenu sur l’actualité, dénonçant les résurgences d’un «antisémitisme hystérique», le nouveau négationnisme, faisant converger extrême droite, ultra-gauche et fondamentalisme djihadiste.

Enfin évoquant plus particulièrement cette cérémonie «nous sommes ici pour témoigner que l’honneur de l’homme fut sauvé par l’action courageuse d’une poignée de Justes qui souvent au péril de leur vie parvinrent à arracher des centaines de pauvres gens traqués, aux abois, aux griffes de la milice ou de la Gestapo et leur ouvrir des chemins de lumière, de fraternité et d’amour (...) c’est pourquoi il était légitime d’instituer cette journée comme un hommage de la France à ces Justes qui refusèrent de vivre à genoux dans la lâcheté et le déshonneur, qui eurent l’audace incroyable de protéger, cacher, aider, soutenir, aimer ces innocents traqués (...) a l’heure où les fondements de la Démocratie sont ébranlés par l’émergence du terrorisme protéiforme, sanguinaire, à la montée en puissance d’un mouvement raciste, antisémite, xénophobe et antidémocratique, nous pensons que le combat pour la mémoire est un acte de prophylaxie sociale et solidaire. Unissons nos efforts pour faire barrage à l’intolérance et à la bêtise, pacifiquement, démocratiquement, mais avec détermination. (...) l’homme a le pouvoir de dire non.

Les Justes parmi les nations sont un signe d’espoir et une leçon exemplaire de dignité et d’honneur pour l’avenir. Pour ne pas oublier que la lumière succède toujours aux ténèbres, Albert Camus nous rappelle que seule l’obstination de la mémoire et du témoignage peuvent répondre à l’obstination du crime».

Marie Lajus préfète de l’Ariège a ensuite fait lecture du message de Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État aux anciens combattants avant le traditionnel dépôt de gerbes. Une cérémonie d’une grande sobriété où chacun a pu faire son devoir de mémoire.

Laurence Cabrol | 20/07/2015 - 19:30 | Lu: 8608 fois