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Concert à l'Estive: David Murray Cuban Ensemble plays Nat King Cole
28/11/2011 | 20:30
Crédit photo: Dany Gignoux

Après avoir joué avec les plus grands depuis près de 40 ans, arpenté le monde avec son sax ténor et enregistré plus de 150 disques en leader, l’énergique et ingénieux David Murray débarque à l’Estive en compagnie de son Cuban Ensemble où il jouera son dernier projet en hommage à Nat King Cole.

Un orchestre cubain de 10 musiciens jouant les plus beaux titres du roi des crooners, Nat King Cole.

Quizas, Quizas, Quizas est probablement le titre le plus connu des deux albums en espagnol de Nat King Cole, albums que le pianiste noir enregistra à quelques années d’intervalle à la charnière des années 60.

C’est au coeur de ces deux bijoux - datés et indémodables à la fois - que David Murray est allé piocher pour composer le menu de cet album enregistré avec la participation du Cuban Ensemble.

Le très prolifique saxophoniste réussit par amour plus que par nostalgie, le tour de force de faire vivre à sa façon le fantôme du roi Cole!

David Murray est un grand du saxophone ténor.

L'artiste fait l'effet d'un chaînon manquant entre John Coltrane et Albert Ayler. Il n'aurait pas existé sans eux. Sa personnalité musicale indéniable culmine la scène depuis la fin des années 70.

Porteur du double héritage de l'avant-garde du free jazz et du mainstream des années trente, David Murray incarne un certain état du jazz partagé entre l'attachement fidèle à la mémoire de la musique noire et le besoin d'expériences et de rencontres inédites.

En tant que saxophoniste ténor et clarinettiste basse, son jeu reflète ce tiraillement, ne cachant rien de ce qu'il doit à ses prédécesseur dans un goût jamais dissimulé du pastiche, tout en réactivant avec une manière personnelle un grand nombre d'effets expressifs qui rendent la moindre de ses interventions aisément identifiable.

Marchant dans les pas d'Albert Ayler et de John Coltrane à ses débuts, David Murray semble avoir suivi le cours de l'histoire de son instrument à rebours jusqu'à remonter au Père de l'instrument, Coleman Hawkins, en passant par Ben Webster, Don Byas, Lester Young, Paul Gonsalves, Dexter Gordon ou Sonny Rollins : le saxophoniste s'inscrit sans ambages dans une lignée d'instrumentistes puissants et lyriques, mêlant l'expressionnisme free à la volupté généreuse des ténors swing.

N'accordant aucun intérêt à la gymnastique virtuose héritée du bebop, il privilégie un discours mélodique.

A la manière d'Eric Dolphy, David Murray inscrit ses interventions dans des formes traditionnelles tout en trouvant les moyens de ne jamais docilement s'y résoudre.

David Murray a baigné dès l'enfance dans la musique. Sa mère est une pianiste de gospel, son père, pasteur, joue de la guitare.

Avec eux et ses frères, il joue pendant les offices à la Church of God and Christ plusieurs fois par semaine.

Passant de l'alto au ténor à l'âge de douze ans, il appartient trois ans plus tard à un groupe de R&B, les Notations of Soul.

En peu de temps, il s'impose comme l'un des musiciens les plus prometteurs et prolifiques de sa génération.

Dès lors, sa carrière se distingue par une hyperactivité au sein d'une nébuleuse fidèle de musiciens, doublée d'une frénésie d'enregistrements (jusqu'à une douzaine par an.

Ses talents de fédérateur et de compositeur allant s'étoffant, son jeu s'enrichit à mesure que ressurgissent ses influences les plus traditionnelles et son affection pour les grands anciens.

Avec une énergie incomparable et un souci constant du renouvellement, il n'a de cesse d'impulser des projets musicaux différents.

En près d'une quarantaine d'années de carrière, David Murray aura visité la plupart des aires d'expression de la musique afro-américaine.

David Murray:

 «Le plus grand (saxophoniste)? Sonny Rollins. Sans hésiter. Mais pas d'aujourd'hui, ni d'hier du reste. Sonny est de toutes les époques.

Ce qui me gêne dans ce genre de questions? Les médias se focalisent sur un seul personnage. Les journalistes se tournent tellement vers le soleil qu'ils oublient toutes les étoiles. Il y en a de très belles, vous savez?

Frank Wright, un musicien de l'avant-garde, mort en 1990. Il racontait sa vie aux saxophones. Aucun diplôme. Il n'étudiait pas. Mais quelle force d'expression.

Un jour, j'entre dans sa boutique (il vendait des disques): il avait des problèmes avec sa femme. Je l'ai convaincu de jouer. Il a pris l'instrument. Croyez-moi ou non, mais Frank a pleuré au saxophone. Quelle beauté dans ces larmes!

Vous n'imaginez pas ce que j'ai appris ce jour-là. Depuis, je raconte ma propre histoire, comme si je la confiais à une personne. Je donne du sens. Si je tombe sur une jolie mélodie, j'en construis aussitôt une histoire.

Par exemple, les tribulations d'un gamin qui monte à la ville et se heurte aux difficultés.

Je me sens mieux dans la peau d'un chef d'une bande d'explorateurs. Je suis un «bandleader». Je dresse une carte. Après, le chemin pour arriver à destination dépend de l'inspiration des artistes. Mais les points sont tracés.

Ma référence? Duke Ellington. La trame écrite permet aux solistes de s'affranchir des itinéraires.

Prenez son Diminuendo and Crescendo in Blue, à Newport en 1958. L'architecture du morceau érigée par Duke permet au ténor de Paul Gonsalves de traverser la jungle. Quand le soliste revient sur la piste tracée, il s'est aventuré très loin. Magnifique !
»

David Murray Cuban Ensemble plays Nat King Cole(Tribute to Nat King Cole)
Vendredi 9 décembre à 20h45 à l’Estive de Foix- Salle polyvalente

Renseignements et réservations au 05.61.05.05.55 / www.lestive.com.

Source: l'Estive, Scène Nationale de Foix et de l'Ariège

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publié le: 28/11/2011 | 20:30 | Lu: 2455 fois