ariege > culture > théâtre
L'Estive: «Onzième» François Tanguy - Théâtre du radeau
06/01/2012 | 20:29
Crédit photo: Théâtre du radeau

Cette nouvelle création de François Tanguy, Onzième, s’inspire de textes de Kafka.

Entrer dans l’un de ses spectacles, c’est contempler un torrent impétueux, pénétrer des espaces diaphanes, découvrir un poème visuel et sonore, composés d’inspirations multiples, c’est lire une calligraphie de théâtre, entrevoir des surfaces d’une infinie profondeur…

Référence au onzième des seize quatuors de Beethoven, Onzième est comme toujours chez Tanguy baigné de musique classique.

Cependant, à la différence de spectacles précédents, elle ne recouvre pas la parole des acteurs, les textes sont tout à fait audibles et compréhensibles. Dostoïevski, Artaud, Kafka, Shakespeare, Strindberg… la compagnie pioche çà et là des situations présentées hors contexte et qui, du coup, revêtent un caractère d’étrangeté, de bizarrerie ou d’humour inattendu.

Au Radeau, on glisse d’une scène à l’autre sans cohérence logique, à l’aide d’un pot de fleurs, d’une image ou d’une planche tendue entre deux tables.

La scénographie est tout aussi mouvante que la narration: panneaux, chaises, tapis et objets divers ne cessent de changer de place et de fonction.

Les comédiens ressemblent parfois à des équilibristes -sans qu’il y ait d’acrobatie aucune- jetés au milieu d’un paysage qui s’adapte à leurs gestes autant qu’eux s’adaptent à ses contraintes.

La juxtaposition d’effets et d’histoires inachevées construit une syntaxe onirique à laquelle il faut céder.

Se laisser faire, voilà tout ce qui est demandé.

On y entend beaucoup de musique (plus d'une trentaine d'extraits, Schubert, Nono, Berio, Verdi, Purcell, Bach...).

On passe d'ici à là, à coups de tableaux, de scènes, d'histoires qui se superposent parfois.

Il faut suivre les ombres, les feuillages qui tremblent au gré du vent, suivre les comédiennes et les comédiens qui semblent prêts à tomber d'une planche, d'un siège, les suivre encore quand ils sont deux ou huit, quand ils dansent, quand ils miment, quand ils parlent juste avant de passer à autre chose.

Et, au détour d’un chemin, on rencontre des personnages connus, inconnus, drolatiques, sublimes ou ridicules. Ou les deux à la fois.

L’alliance du sublime et du grotesque: voilà ce que Tanguy emprunte avec succès à Dostoïevski. Le mélange est un véritable enchantement.

«Ce qui est long, c’est de faire descendre la poussière, de dissoudre l’éclat de l’image.

Voilà. Pendant deux heures, nous sommes dans ce flottement de la perception, qui nous occupe tout le temps mais qui est occulté par ces écrans qui s’interposent pour nous dire ce que l’on a perçu.

Cette veille peut plonger dans la perplexité ou la rage mais constitue une contribution au travail de l’espèce humain

François Tanguy

Comme toujours, François Tanguy fait une œuvre forte, puissante et lyrique c'est un spectacle qui touche l'âme, qui suscite des émotions directement sans passer par une identification à des personnages.

Ceux qui ont vu les créations de son Théâtre du Radeau savent combien celles-ci, tout en demeurant essentiellement, radicalement, purement théâtrales, tiennent de la magie.

À nouveau, François Tanguy excelle à exalter cette «profondeur enthousiaste et légère» dont parle Jean-Paul Manganaro: «La profondeur de la beauté nécessaire, face à l’éternelle grimace de l’histoire»

On l'a compris, le théâtre de Tanguy se construit dans l'art, les textes et la musique. Dans ces rencontres, et dans leur partage.

Ce théâtre qui, s'il se joue de lʼhistoire, s'ancre puissamment dans le réel, est à la fois mystérieux et vivant, comme une main tendue: on peut le saisir et lʼentendre comme on le souhaite, de multiples manières.

Du 12 au 14 janvier à 20h45 à l’Estive de Foix

Rencontre avec François Tanguy le jeudi 12 janvier après la représentation dans la salle de spectacle

Renseignements et réservations au 05.61.05.05.55 / www.lestive.com.

Source: l'Estive, Scène Nationale de Foix et de l'Ariège

actualites Ariege
publié le: 06/01/2012 | 20:29 | Lu: 3986 fois