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L'Estive: théâtre «Tambours dans la nuit» de Dag Janneret par la compagnie In Situ le 4 février

Une œuvre de jeunesse puissante et émouvante

Au beau milieu d’une réunion de famille surgit Kragler, disparu sur le front pendant la Grande Guerre. Kragler le spectre, l’animal à la bouche pleine de terre. Kragler que plus personne n’attendait.

Voici qu’il demande sa fiancée, mais celle-ci est promise à un autre. Au loin, dans le quartier des journaux, gronde la révolution spartakiste. Kragler écoute l’appel des tambours de l’insurrection…

«En redécouvrant «Tambours», j’ai d’abord été saisi par la langue sauvage, impétueuse, heurtée du jeune Brecht, foncièrement différente de celle des pièces plus tardives. Le rythme est débridé, les dialogues accidentés, le ton souvent caustique, le lyrisme sublime et dévergondé, les sentiments désamorcés dans un tumulte effervescent.

Rares sont les œuvres qui, quatre-vingt dix ans après leur parution, nous déconcertent comme celle-ci par la modernité, l’originalité énigmatique de leur écriture. Mais je pense que l’actualité de «Tambours dans la nuit» ne se résume pas à ses qualités poétiques. Pièce de la désillusion écrite juste après une grande défaite révolutionnaire et avant la rencontre de Brecht avec le marxisme, elle s’organise autour d’un personnage à la volonté inconstante, sans idéal ni espoir en l’avenir...

Brecht écrit cette pièce très jeune, en trois semaines, après la répression par le gouvernement social démocrate de la révolution spartakiste et l’assassinat de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht. Il est à ce moment-là assez influencé par ses lectures et notamment par Rimbaud, Verlaine et plus particulièrement par «Une saison en enfer»

Il y a dans l’écriture de Tambours dans la nuit, des fulgurances, des opacités, une poésie que l’on retrouve dans ses deux autres pièces de jeunesse: Baal et Dans la Jungle des villes. Ces trois pièces ont une liberté de ton, de construction, qu’on ne retrouve plus ensuite dans le Brecht dit de la maturité.

Le personnage principal, un anti héros, ressent à un moment donné, de vagues velléités de rejoindre les rangs de la révolution spartakiste. Il finit par décider de retrouver le lit, la procréation et le confort petit bourgeois. En cela la pièce fait très bien écho à ce qu’on pourrait appeler la très grande difficulté de l’engagement réel dans nos vies occidentales.

C’est-à-dire notre incapacité à saisir vraiment le réel et à vouloir le transformer. C’est un lieu commun que de le dire, mais on est dans une période d’impuissance. Les gens qui s’engagent véritablement politiquement ou « sociétalement » sont peu nombreux. Je ne parle pas de l’action des politiciens mais de la vraie valeur de l’engagement, celui qui coûte, qui met en danger l’individu. Ce n’est pas quand même quelque chose qu’on croise tous les matins dans la société française d’aujourd’hui… il me semble…

«Tambours dans la nuit» a une histoire, une fable, qui se lit très bien et passionne le spectateur. C’est la première force de la pièce. Il y a aussi cette langue omniprésente, ces différents registres de langages, qui sont ce qui m’intéresse le plus au théâtre. Les pièces de jeunesse de Brecht, ont, paradoxalement, quelque chose à voir avec les pièces de jeunesse de Claudel.

Il y a quelque chose de très semblable dans la liberté, dans l’impertinence, dans le jeté du geste poétique. En même temps, la dureté, la violence des sentiments et des combats humains est fascinante à découvrir quand on sait que Brecht a écrit cette pièce en trois semaines et qu’il n’avait même pas vingt ans! Il était d’une maturité inimaginable!
» Dag Janneret

Plus de renseignements:

Mardi 04 février à 20h45 à l’Estive de Foix
Tous au théâtre / 1 fauteuil pour 2: 1 place achetée =1 place offerte
Renseignements et réservations au 05.61.05.05.55 ou [email protected]/www.lestive.com

Source: l'Estive, Scène Nationale de Foix et de l'Ariège

28/01/2014 - 19:57 | Lu: 3972 fois