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Archives Départementales de Foix: l'homme et l'animal sauvage, une longue histoire qui traverse les temps

© midinews 2014

«Une harde de sangliers laboure le terrain de rugby de Foix!»

Preuve dans l’actualité que l’homme vit entouré d’animaux sauvages. Peut-être en est-on moins conscient dans nos civilisations urbaines. Mais ils s’invitent pourtant dans notre quotidien et plus encore quand on habite un département rural comme l’Ariège.

En témoigne le succès des films animaliers ou le débat suscité par la réintroduction du loup ou de l’ours qui déchire depuis tant d’années les antis ou les pro.

«L’animal sauvage est omniprésent dans le monde rural. C’est pourtant une part de l’histoire de l’homme longtemps restée au second plan» comme le souligne Claudine Pailhès, directrice des Archives Départementales de l’Ariège qui prépare l’ouverture de sa nouvelle exposition «L’homme et l’animal sauvage»

C’est à travers le prisme de l’histoire qu’elle nous invite à remonter le temps et d’appréhender ces rapports familiers de l’homme et de la nature sauvage à la faune exceptionnelle.

«Il n’y a que quelques décennies que ce sujet est devenu un véritable sujet d’histoire. On trouve des ouvrages scientifiques sur le loup, sur l’ours. Autrefois, pourtant ils faisaient partie intégrale de la vie des hommes, l’iconographie, les récits épiques, la médecine populaire ou les légendes sont là pour en témoigner»

Dans l’exposition qui ouvrira ses portes dès le 10 février prochain, la directrice des archives propose une sélection de documents originaux et de reproduction renvoyant sur des chapiteaux romans de Mercus, St Lizier ou St Volusien à Foix, des fresques du château de Fiches, des sculptures de la maison des Consuls de Mirepoix ou des témoignages encore plus anciens issus des grottes préhistoriques (la fameuse belette su réseau Clastres à Niaux ou le faon aux oiseaux du mas d’Azil).

En guise de décors muraux, les impressionnantes reproductions du livre de chasse de Gaston Fébus qui tient une position centrale dans cette exposition: «il y a le traité de chasse très technique mais dans sa première partie, il décrit une quinzaine d’espèces dont il a eu le temps d’observer les habitudes, il parle de la nature avec précision et empathie» souligne l’historienne, spécialiste du comte de Foix pour en avoir fait le sujet de quelques ouvrages très documentés.

«Il y a ici beaucoup de livres écrits par Gaston Fébus ou qui lui ont appartenu, mais également un livre liturgique qui nous est prêté parla bibliothèque de Foix… nous voulons montrer aux ariégeois à quel point l’animal sauvage était présent pour mieux comprendre le rapport que l’on pouvait avoir à cet animal»

Parmi les thèmes sélectionnés, la pêche avec notamment une lettre autographe d’Henri IV remerciant les consuls d’Ax pour la belle truite qu’ils lui ont fait parvenir ou la chasse avec une curieuse affiche de l’office de tourisme d’Aulus qui fait à la fin du 19ème siècle de la chasse au coq de bruyère, à l’isard ou à l’ours un produit d’appel pour venir découvrir les Pyrénées ariégeoises.

L’ours, seigneur des Pyrénées se taille la part du lion dans cette expositions tant il a fait partie de l’environnement des ariégeois: animal longtemps légendaire, mieux traité qu’un roi puisqu’il fait l’objet de cultes, il n’a jamais été tout à fait un animal comme un autre.

Objet de craintes et de fascination, dépositaire de secrets, légataire d’une sorte d’âge d’or ou trait d’union entre l’humain, le divin et le bestial. Il faudra mille ans à l’église pour détrôner cet animal sauvage aux connotations trop païennes et le réduire à l’animal de foire ou de cirque mais il restera encore longtemps dans l’imagerie populaire l’animal mythique incarnant tour à tour le mal ou le bien.

«On voit dans ce document provenant du pays de Sault qu’au 18ème siècle en période de disette quand les paysans se plaignent des mauvaises récoltes l’ours devient le bouc émissaire»

Tour à tour animal rassurant qui gambade auprès de «la folle des Pyrénées»ou utilisé pour vendre des pastilles aux sels naturels d’Aulus, l’image de l’ours c’est aussi l’image identitaire des Pyrénées.

L’étude de Claudine Pailhès s’arrête au milieu du XXème siècle, au moment où l’animal sauvage ennemi est devenu animal protégé: «Nous espérons que suivre l’homme et l’animal côte à côte ou face à face au cours des siècles d’une histoire forcément commune permettra de mieux comprendre, de mieux s’entendre»

Plus d'informations:
Exposition l’homme et l’animal sauvage dans les Pyrénées ariégeoises
du 10 février au 30 avril 2014
Archives départementales de l’Ariège
Chemin de la Montagne à Foix
Tél: 05.34.09.36.80
visites de groupes (scolaires et associations) sur RV
Le catalogue de l’exposition est également disponible dans toutes les bonnes librairies et aux Archives

Laurence Cabrol | 31/01/2014 - 18:35 | Lu: 12752 fois