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Gravières: «La Basse Ariège ne sera pas transformée en un gigantesque lac»
09/03/2011 | 20:24
© MidiNews 2011
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C’est en ces termes que Philippe Calléja s’est expliqué sur la prolifération des carrières en Basse Ariège, motivant leur extension par la tradition «ce sont des industries ancestrales qui ont toujours existé, aujourd’hui elles sont exploitées selon des règles qui sont respectueuses de l’environnement»

Pour lui, l’attractivité du département est due à la qualité des matériaux extraits: deux carrières sont exploitées sur la commune de Montaut et deux sur celle de Saverdun dont il est maire.

«Actuellement 60 ha sont en activité et à terme il y en aura 200, sur un territoire qui fait 6 500ha […] il faut ramener les choses à leur vraie dimension !»

Selon Philippe Calléja et malgré les projets d’extension des gravières, l’agriculture devrait rester l’activité principale: «les gravières apportent une activité économique importante, génératrice d’emploi, de richesses pour la commune.

On en a besoin pour construire nos routes, nos maisons […] si l’on exploite on doit remettre en état.

Dans 10, 20, 30 ans, la commune sera propriétaire pour y faire des bases de loisir ou d’agrément comme à La Ramée aux portes de Toulouse
»

Du côté des associations, ce n’est pas le même credo…

Henri Delrieu, porte-parole du Chabot se défend d’être contre toutes les gravières mais force est de constater que «leur exploitation change la nature du paysage et la vocation économique du secteur sur lequel elles s’installent.

Aujourd’hui ce sont plus de 1000ha d’autorisation de gravières sur le secteur de la Basse Ariège sans que les populations, les associations, voire les élus ne soient consultés
»

Selon lui, la révision du schéma départemental des carrières qui appelle en principe une enquête publique, a été bâclée avec une consultation à minima: «la préfecture a motivé sa décision en indiquant que la région toulousaine avait d’importants besoins en granulats et qu’il fallait adapter le schéma départemental de l’Ariège à cette forte demande»

Dans la foulée, les services de l’Etat accordent deux autorisations pour la création de carrières alluvionnaires (Denjean et Midi-Pyrénées Granulats) et deux autres autorisations sont en train d’être examinées par la préfecture pour des extensions (Malet à Montaut et Siadoux à Saverdun).

Henri Delrieu et les associations contre la prolifération des carrières tirent la sonnette d’alarme car «on passe d’une exploitation artisanale et acceptable à une extraction massive avec des carrières industrielles de plus de 100 ha!

On ne joue plus dans la même cour. D’autant que le préfet de la Haute-Garonne instruit lui aussi des autorisations de très grandes gravières à moins de dix kilomètres de Saverdun-Montaut»

Le projet de ferroutage mis en avant par la Préfecture et les exploitants de carrières ne concernera que 25% des matériaux extraits: «les contraintes techniques et les conditions financières font penser que l’échéance de 2014 ne sera pas respectée» s’inquiète le porte parole de l’association.

Face aux arguments de rentabilité et de création d’emplois sur le territoire avancés par Philippe Calléja, le porte-parole de l’association le Chabot évoque les problèmes écologiques engendrés par de telles exploitations.

«Nous sommes sur un secteur où la nappe phréatique est peu profonde et chaque carrière met à jour une partie de cette nappe.

On a une bombe à retardement dans les mains […] On prévoit demain un SCOT avec une agglomération de Pamiers à Saverdun qui demandera une agriculture de proximité, ce n’est pas en faisant des trous partout que l’on rendra la terre agricole […]

Autre problème et pas des moindres, la réhabilitation des carrières: quand on remblaie, on change la nature du substrat, on modifie tous les systèmes d’écoulement et les possibilités d’infiltration des terrains.

De plus, face à l’afflux de matières nécessaires pour remblayer (à peu près 300 000 tonnes par an), le département de l’Ariège deviendra la zone de remblayage de tout le grand Sud […]

Dans ce type de matériaux, l’expérience a montré comme dans le Doubs qu’il y avait de tout, le meilleur et le pire… y compris des polluants. Et les services de l’Etat n’ont pas les moyens de surveiller
»

Actuellement, les associations environnementales ont entamé des actions en justice: elles s’attaquent au schéma départemental des carrières qui selon elles «a été modifié dans des conditions inacceptables» et sur les carriers eux-mêmes devant le Tribunal Administratif.

«Deux gravières ont été autorisées dans leur extension: Denjean Granulat avec plus de 180ha de matériaux mis à jour et Midi-Pyrénées Granulat.

Un recours a été posé pour revoir ces autorisations accordées. De plus aujourd’hui deux autorisations d’extension sont en instance d’instruction sur le même secteur écologique: il s’agit de Malet et Siadoux
»

Joints à plusieurs reprises par téléphone, les responsables de Sogar Siadoux n’ont pas souhaité s’exprimer sur le dossier.

Aujourd’hui un mouvement citoyen s’est formé autour du collectif et des associations, une pétition de plus de 1000 signatures circule soutenue par le syndicat agricole majoritaire: la FDSEA.



Quelques chiffres:

Granulats alluvionnaires

Tonnages
-2008: 1 500 000t/an
-2009: 1 300 000t/an

Après les modifications au schéma des carrières de l’Ariège:
Total des nouvelles autorisations: de 2 450 000t/an à 3 300 000t/an jusqu’en 2015.

Surface des carrières en Basse vallée d’Ariège:
-2008: 137 ha (secteur Saverdun-Montaut)
-2011: 430 hectares supplémentaires

Lac futurs autour de Saverdun-Montaut sur 3km N/S et 1,5 E/O:
-avant 1999: 3 petites «ballestières»
-avant juin 2009: 6 plans d’eau

14 plans d’eau de 5 à 62 ha prévus après les modifications au schéma des carrières

actualites Ariege
auteur: Laurence Cabrol | publié le: 09/03/2011 | 20:24 | Lu: 27390 fois