Carrière de Bedeilahec: près de 250 personnes au pied du Calamès pour dire non aux «requins de la caillasse»
Samedi matin plus de deux cents opposants au projet de carrière de calcaire déposé par Denjean Ariège Granulats » se sont retrouvés au pied de l’emblématique Mont Calamès, un des plus beaux sites d’escalade de la région au cœur du PNR.
Malgré le début des vacances de Toussaint tous ont répondu à l’invitation de l’association « les gardiens du Calamès », car à partir de ce lundi, le 20 octobre l’enquête publique démarre, et ce jusqu’au 21 novembre.
Les opposants à ce projet attendent beaucoup de cette enquête publique, car c’est pour eux une occasion à saisir pour dire non à l’ouverture de cette carrière et au projet déposé par Denjean Ariège Granulats repreneur de l’ancienne carrière Cuminetti qui était en fin d’exploitation depuis 2009.
«Notre objectif c’est de mobiliser, mais aussi d’informer la population et donner un discours vrai, explique Vincent Milhau porte-parole de l’association. On ne peut pas laisser faire n’importe quoi et laisser ça a nos enfants. Car sur les papiers c’est pour 25 ans, mais les nuisances c’est à vie » Vincent a des craintes pour la sécurité des habitants, car la carrière est à moins de cent mètres des premières maisons, il a peur pour le tourisme, fer de lance de l’économie de cette belle vallée depuis le départ de Pechiney de Tarascon: «des gens sont venus s’installer ici, ils travaillent dans cette vallée ou dans les vallées environnantes, certains ont rénové des gîtes, ils ont cru à la qualité de vie, au tourisme.
Dans cette logique de développement on a investi jusqu’à 200 à 300 000 euros (le prix de cette carrière) et crée plus de 110 emplois. Au-delà de l’impact immédiat sur la commune de Bédeilhac, c’est tout un projet de vallée qui est mis à mal, un projet de territoire qui est menacé».
Vincent redoute de devoir un jour à cause de toutes ces nuisances enlever ses enfants de l’école et déserter les lieux «au final c’est Saurat qui mourra !»
Olivier est venu en voisin et en famille participer à ce rassemblement bon enfant. Il arbore fièrement sur sont T-shirt immaculé le slogan « Touche pas à ma montagne » : « Le Calamès c’est la porte d’entrée de la vallée... il faut se mobiliser pour les jeunes générations. C’est un moment important et c’est rassurant de voir autant de monde. A priori beaucoup ont compris qu’il en va de la qualité de vie de cette vallée ».
Bernard est un enfant du pays. Il avait réussi à trouver des investisseurs pour son projet de Résidence Senior à l’entrée de Saurat. Il allait déposer le permis de construire au moment où ce projet de carrière à été porté au grand jour «j’avais réussi à trouver des gens solides pour ce projet à 1,5 M€, il y’a avait un emploi de gardien à temps complet, une salle de réfectoire, une salle pour les associations... le tout dans un cadre sécurisé pour seniors actifs. Si l’avis de l’enquête publique est positif, ce projet n’aboutira pas».
Une course folle pour la production de granulats
Sécurité, emploi, tourisme, environnement... la vallée de Saurat est au cœur du PNR des Pyrénées ariégeoises et en zone Natura 2000, un périmètre qui abrite entre autres des rapaces emblématiques tels que le gypaète barbu.
Parmi les associations qui depuis le début soutiennent les Gardiens du Calamès, l’APRA le Chabot. Henri Delrieu est formel: «on n’est plus en réponse à un besoin, mais sur des projets financiers».
Selon lui la révision du schéma départemental des carrières de l’Ariège a fait ressortir que le besoin du département est de 1,2 million de tonnes (avec satisfaction des besoins des départements de proximité comme la Haute-Garonne). L’autonomie en matériaux du département ne serait donc pas remise en cause par le refus de délivrer l’autorisation demandée «On est sur ce scénario jusqu’à l’horizon 2030... alors à qui profite l’exploitation de ces carrières de roche massive sinon aux requins de la caillasse?
Aujourd’hui les besoins de l’Ariège se chiffrent à 23 000 tonnes par an, on n’a pas besoin d’une carrière de 300 0000 tonnes qui nous est à présent annoncée à 100 000 tonnes pour ne pas effrayer la population. Nous comptons bien mettre le poids de nos associations dans la balance et faire jouer les solidarités pour que le commissaire enquêteur et le préfet comprennent qu’il faut arrêter cette folie.
À quoi ça sert de faire des zones Natura 2000, des SNIEFF si c’est pour tout casser derrière. Si c’est pour ensuite payer à l’Europe des compensations parce qu’on ne respecte pas nos engagements... rappelons que ce sont les particuliers qui paient pour réparer la casse de bonshommes qui s’en mettent plein les poches.
On ne peut pas être d’accord avec cela !» L’APRA le Chabot connaît bien le groupe Denjean pour avoir combattu ses projets en basse Ariège «derrière ce nom rassurant il y a le groupe Cemex, géant du BTP... l’unité de production de Bédeilhac ne pèse pas grand-chose».
Pour Daniel Stub du CEA, le recul de l’activité granulat est fortement lié à la baisse d’activité du BTP «tous les indicateurs sont à la baisse alors pourquoi vouloir une carrière supplémentaire? On nous dit que ça ne fait de dégâts alors pourquoi ne pas l’ouvrir sur le pog de Montségur ?»
Les élus les grands absents
Parmi les manifestants, des élus de la vallée et d’un peu plus loin comme Arno Coustié du Parti de Gauche, Michel Teychenné opposant à la municipalité de Pamiers ou François Calvet, conseiller régional Europe Écologie les Verts et membre du bureau du PNR.
«Des carrières il en faut, mais il faut les adapter aux besoins locaux, précise l’élu écologiste. Ici nous sommes sur un site protégé, on ne comprend pas pourquoi un tel projet. Quant au PNR il ne s’est pas encore positionné officiellement.
Dans les prochains jours, le conseil scientifique du PNR va donner un avis qui ira nourrir la réflexion du bureau du PNR qui a son tour donnera sa position, cet avis sera pris de manière collégiale».
En attendant, les 270 membres de l’association les Gardiens du Calamès ont réussi depuis le printemps dernier à lever 70 000 signatures contre ce projet de carrière.
| Enquête publique en pratique Permanence du commissaire enquêteur à la mairie de Bédeilhac-Aynat, siège de l’enquête : Samedi 25 octobre 9h-12h Mercredi 29 octobre 10h-12h Samedi 8 novembre 9h-12h Mercredi 12 novembre 10h-12h Mercredi 19 novembre 10h-12h Du 20 octobre au 21 novembre, les pièces du dossier ainsi que les informations relatives à l’avis de l’autorité administrative de l’État compétant en matière d’environnement resteront déposées dans les mairies de Bédeilhac-Aynat, siège de l’enquête, mais également dans les communes d’Arignac, Gourbit, Montoulieu, Quié, Rabat les Trois Seigneurs, Saurat, Surba, Tarascon/Ariège où le public pourra en prendre connaissance aux jours et heures d’ouverture habituelle des bureaux. Ou sur la boîte mail de la préfecture: [email protected] |
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