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Carrière de Bédeilhac: impressions à chaud après les conclusions du commissaire enquêteur

© midinews 2015

Au terme d’un mois de procédure, après l’audition de plus de 130 personnes, l’analyse de quelque 2000 pages de trois dossiers compilés ou la prise en compte de 8000 signatures, la décision de Jean Gaillard, commissaire enquêteur instruisant le dossier de la carrière de Bédeilhac, est tombée mardi après-midi.

Elle sans équivoque au-delà de l’avis favorable à la demande d’autorisation d’exploitation par la société Denjean Ariège Granulats, le commissaire enquêteur parle «d’unité publique», de «dossier solide», de «nuisances redoutées sans fondement», de «réouverture de carrière créatrice d’emploi», de «revitalisation du territoire» ou de «respect de la réglementation».

Après un sentiment partagé entre le dégoût et l’incompréhension, l’association d’opposants, les Gardiens du Calamès (plus de 500 adhérents), reste mobilisée en espérant que Nathalie Marthien, préfet de l’Ariège qui aura le dernier mot dans cette affaire, prenne en compte quelques paramètres qui auraient pu échapper au commissaire enquêteur (notamment les délibérations des communes du secteur défavorables à ce projet, l’avis négatif du PNR ou les nombreuses manifestations organisées depuis plusieurs mois autour de ce projet).
Se pose la question de l’utilité de cette enquête publique
C’est symboliquement devant la préfecture de l’Ariège que Vincent, le porte-parole des Gardiens du Calamès, s’est exprimé. Un peu dépité de voir tout ce travail et cette énergie balayés d’un revers de la main.

Il nous confie cependant ne pas être surpris par le résultat de l’enquête: «on s’y était un peu préparé, mais à l’heure des grands discours au national où l’on parle de démocratie participative et du recours aux référendums locaux pour mieux prendre en compte l’impact écologique des projets d’aménagement du territoire, on s’aperçoit que le rapport d’enquête publique déposé par Jean Gaillard sur le projet d’ouvrir une carrière de calcaire sur la commune de Bédeilhac-Aynat ne sert aujourd’hui à rien.

On n’a pas tenu compte de l’avis des citoyens qui font la vie de cette vallée. Le commissaire enquêteur est resté sourd et aveugle à tous les arguments que nous avons développés et à tout ce que nous lui avons montré sur le terrain. Mais cela ne reste qu’un avis.

Nous restons à ce jour confiants dans la réflexion du Préfet que nous avons rencontré le 31 octobre dernier et qui s’était engagée à nous recevoir avant de prendre sa décision. Nous restons mobilisés, nous allons continuer dans la légalité et prouver que notre association se bat avec le cœur
».

À l’instar de nombreux grands projets d’aménagement du territoire (tout le monde pense à l’aéroport de Nantes, au barrage de Sivens ou au Center Parc deRoybon) l’utilité publique devient vite discrétionnaire.

Des conclusions qui tombent à point nommé en pleine campagne électorale pour le scrutin départemental (qui aura lieu les 22 et 29 mars). Les candidats en lice se sont exprimés depuis des semaines sur ce projet condamné par tous, quelles que soient leurs tendances politiques.

Aujourd’hui plus que jamais, ils se font l’écho des Gardiens du Calamès et des habitants de la vallée de Saurat. Joints par téléphone certains nous ont donné leur impression après avoir pris connaissance des conclusions du commissaire enquêteur.

Jean Bernard Fournié (liste Ariège ma Passion) est catégorique, «il n’a pas tenu compte du bien vivre ensemble, ni de l’avis des gens qui vivent ici, y compris de notre conseil municipal qui s’est prononcé contre le projet il ya quelques mois.

Ce projet divise la population au-delà de ce village. Mercredi dernier nous avons reçu les Gardiens du Calamès. La position de notre liste est claire. Elle est le fruit d’une écoute de la population et d’une volonté de mener une action constructive et cohérente en faveur du Sabarthès.

Nous sommes pour un développement économique du territoire, mais fermement opposés à tout type de nuisance. Il faut à présent attendre la réponse du Préfet, nous verrons ensuite les actions à mener
».

Pour autant la tête de liste de la majorité départementale en Sabarthès préférerait que cette réponse tombe après les élections et met en garde les autres candidats qui seraient tentés par de la récupération «bassement politicienne».

Florence Cortès EELV et membre du Rassemblement à gauche réaffirme sa position: «nous sommes bien entendu contre. Pour le commissaire enquêteur (je le cite) la remise en service de cette carrière est nécessaire et d’utilité publique et elle satisfait à la réglementation qui entoure cette activité.

Il admet que les réunions de travail qu’il a tenues avec le maire, le Conseil général, le DREAL et le PNR ne peuvent être assimilées à cette nécessaire concertation.

Cependant Mr Gaillard admet en page 116 que si l’avis qu’il avait à formuler devait refléter celui de la majorité des personnes ou des associations qui se sont manifestées, il serait évidemment défavorable… alors par quel passe-passe ubuesque donne-t-il un avis favorable ?
»

Florence Cortès qui est porte-parole d’EELV reconnait que la campagne menée par les Gardiens du Calamès (association à laquelle elle a spontanément adhéré) en relation avec les autres associations environnementales a participé de manière citoyenne à cette enquête et à ce débat. Il faut à présent en tenir compte.

«José Bové a été averti hier soir des conclusions de l’enquête publique. Dans l’attente du traitement de la pétition déposée à l’Europe au nom de l’association en octobre par la commission des pétitions du Parlement européen (et qui a reçu le soutien du député européen José Bové) nous devons continuer notre combat contre la réouverture de cette carrière et pour le respect de l’utilité publique.

Personnellement je n’ai pas compris les conclusions de l’enquête publique, c’est une aberration !
»
Un dossier traité à charge, selon Alain Sutra maire de Tarascon-sur-Ariège
Alain Sutra, n’est pas candidat aux élections, mais il est le maire du bourg centre, de Tarascon-sur-Ariège depuis trois mandats et sa parole a du poids sur le territoire du Sabarthès. Il s’est prononcé très tôt à travers une délibération de son conseil municipal contre ce projet.

Aujourd’hui il avoue sa déception: «je n’ai pas bien compris les conclusions du commissaire enquêteurs, je considère qu’il a fait un travail à charge, sans tenir compte à aucun moment ni du ressenti des gens du terrain, ni du sérieux des dossiers rendus par les opposants, encore moins des prises de position des élus (dont je fais partie) du PNR ou des professionnels du tourisme qui font vivre ce canton.

Il faut bien comprendre que les gens qui ont pris position contre l’ouverture de la carrière de DAG ne sont pas contre le développement économique, mais contre les nuisances de cette activité et par voie de conséquence ses répercussions sur le tourisme
».

Selon le maire de Tarascon, il n’y aura pas d’augmentation significative des emplois avec l’installation de DAG bien au contraire: «les nuisances sonores, visuelles ne vont pas inciter les touristes à visiter cette vallée… Je vais demander une audience au Préfet de l’Ariège, car on ne peut pas faire tout et n’importe quoi.

Nous avons déjà vu les conséquences de Sivens. Ici nous avons de la chance d’avoir des gens responsables qui veulent rester dans un cadre légal et discuter de ce qui pourrait vite devenir un problème…

Les partis ont été écoutés, mais pas entendus, c’est regrettable !
»

Laurence Cabrol | 25/02/2015 - 18:57 | Lu: 25493 fois