La présentation devant le tribunal correctionnel du conducteur incriminé dans l’accident mortel du 14 mars, selon la procédure dite de «comparution immédiate», ce mardi à Foix, a permis de préciser les conditions exactes de l’accident qui a coûté la vie à une jeune fille de seize ans.
Ce dimanche soir, Sylvain Galy fête son anniversaire avec quelques amis à Mirepoix.
Vers minuit, ils choisissent d’aller finir la soirée à la discothèque l'«Orient Express», située à Laroque d’Olmes.
A ce moment, Sylvain a consommé deux «Whisky-Coca», et tiré quelques bouffées d’un joint qui a circulé au sein du petit groupe.
Arrivés devant la porte de l’établissement, ils trouvent porte close. Il est encore trop tôt. Ils décident alors d’aller faire un tour et de revenir plus tard.
Le parking est vide, il n’y a personne sur le chemin de terre qui relie la départementale à la discothèque, et les deux voitures entament une course sur les trois cents mètres qui séparent l’«Orient Express» de la route.
La Safrane de Sylvain Galy prend le dessus sur l’Audi A4 de son ami, il se retourne pour savourer sa «victoire», et c’est le drame: alors qu’il débouche sur l’avenue Pierre Semard, il percute de plein fouet un véhicule qui arrivait sur sa gauche.
La petite Saxo ne pèse pas lourd face à la Safrane, et est projetée sur un platane de l’autre coté de la route.
Gwendolyne Fossé, 16 ans, dont c’est la première sortie, est quasiment tuée sur le coup, tandis que le chauffeur, Anthony Sanchez, 19 ans, souffre de plusieurs traumatismes.
Les quatre passagers de la voiture de Sylvain Galy sont indemnes.
Affaire terrible, drame absolu, «tellement injuste, dira le procureur Leroy, qu’elle en est difficilement jugeable»
D’un coté, les parents de Gwendoline, «adolescente brillante, vive, joyeuse», qui, effondrés, n’ont pas eu la force d’assister au jugement.
De l’autre, un jeune homme de 24 ans, sans histoire, «le copain sympa» qui répète, entre deux sanglots «je demande pardon à la famille, je préférerais être à sa place»
«Un garçon, soulignera son avocat, Me Bourland, du barreau de Carcassonne, dans sa plaidoirie, que la vie n’a pas épargné»: A quinze ans, son meilleur ami se noie sous ses yeux, après qu’il ait tenté en vain de le ramener sur la berge, «les forces lui manquent, il doit lâcher prise, il rentre seul»
L’année suivante, c’est la mère de son ami, avec qui il a gardé des relations étroites, qui meurt.
En 2007, il est témoin d’un meurtre sur un parking un homme est brûlé vif sous ses yeux, dans sa voiture suite à l’explosion d’un cocktail Molotoff.
Deux ans après, le père d’un de ses amis se suicide.
Enfin, il a rompu il y a peu avec son amie avec qui il sortait depuis six ans.
«Le doigt de la mort suit ce garçon! […] Il faut épargner le soldat Sylvain, il ne va pas bien»
«Attention, prévient le procureur Antoine Leroy, il faut faire la différence entre le Droit et l’Affectif»
Même si «ça peut arriver à tous de tuer quelqu’un au volant d’une voiture», il n’a pas de mots assez durs pour stigmatiser l’attitude du jeune homme: «il y a l’accident, et celui qui tue parce qu’il a picolé!
Il le sait, il ajoute la boisson au joint […] Quand la Loi dit: «Dix ans», elle a raison, Il n’y a pas d’excuses, il le sait! Il le savait! […]
La vie s’arrête aujourd’hui pour lui. Je demanderai une peine sévère parce qu’il savait qu’il pouvait commettre ce délit gravissime. Il encourt dix ans […]
La voiture est une arme […] Je demande six ans avec maintien en détention»
Maître Bourland intervient, outré: «Oui, ce drame est injuste, mais j’espère que ce garçon n’a pas entendu quand vous avez dit «La vie s’arrête aujourd’hui» […]
Cette réquisition est sans nuances […] vous ne lui avez rien passé […] je suis très inquiet pour ce garçon fortement fragilisé»
Sur les circonstances de l’accident, l’avocat minimise: «oui, c’est un drame affreux, mais mon client n’avait que 0,29 grammes d’alcool dans le sang, soit neuf centièmes seulement de plus que la dose autorisée […]
S’il avait été à 2 grammes, qu’aurions nous entendu! […] Vous ne pouvez pas dire qu’il a tué en picolant, c’est injuste […]
Pris par la course-poursuite, à vitesse modérée, compte tenu de l’état du chemin, il a mal apprécié la distance vers la route»
Faisant référence à ses nombreux amis présents dans la salle, il s’adresse alors à son client qui, la tête dans ses mains, ne l’entend de toute évidence pas: «Sylvain, on t’aime. Non ta vie ne s’arrête pas aujourd’hui !», puis se tournant vers la juge: «mais elle risque de s’arrêter pour de bon si l’on suit la réquisition du procureur. Il ne faut pas ajouter du malheur au malheur […]
C’est un type bien, tous ses copains sont là […] la machine peut le broyer […] Madame la juge, je vous le confie, accordez lui le sursis, avec mise à l’épreuve et obligation de se soigner»
Après en avoir délibéré, le tribunal, par la voix de Mme la Juge Claude Baby, présidente, condamne Sylvain Galy à deux ans de prison ferme sans maintien en détention.
Le procureur Leroy a fait immédiatement appel.
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