Cour d'assises de l'Ariège: «on ne se fait pas justice soi-même, même à Massat»

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A l’ère du tout consumérisme, des libertés individuelles, certains s’octroient le droit de se faire justice eux-mêmes, bafouant de fait la liberté inhérente à chaque être humain. C’est le cas dans le procès qui nous intéresse.
Depuis hier, deux hommes et une femme sont jugés pour des faits extrêmement graves, séquestration, violences avec arme, humiliations… durant 40 heures, J. a vécu un cauchemar.
Ludovic lui a donné dix-sept coups, pour les dix-sept pieds de cannabis volés, les trois hommes se sont acharnés sur leur victime, le rouant de coups de pied ou de poing.
A la barre, J. témoigne: «Rodolphe Sanchez m’a ensuite aspergé le visage avec une bombe lacrymogène, alors que Marianne me brûlait au cou avec une braise sortie du feu»
Ce soir du 15 octobre, l’enfer s’est déchaîné dans cette grange où J. était retenu contre sa volonté. Le soir même, Rodolphe le force à téléphoner à son père, afin que sa disparition ne l’inquiète pas, pour lui indiquer qu’il passe trois jours chez des amis.
Un peu plus tard, Grégory Leroux, Rodolphe Sanchez et Romain Lemoine décident de se rendre chez D., un ami de leur victime. Ce dernier saurait où sont cachés les pieds de cannabis.
Le jeune homme n’est pas chez lui, sa mère si. A la barre du tribunal, cette femme explique «qu’elle n’a pas osé avertir la gendarmerie avant le retour de son fils»
L’un des hommes l’aurait menacée: «on te ramènera ton fils mort». Elle affirme avoir vu la victime dans la voiture, «le visage tuméfié, il était sacrément amoché»
A la présidente qui l’interroge sur les pots de cannabis donnés aux 3 hommes, elle avoue: «je la cultive pour mon fils, elle est bio. A force de persuasion et en leur donnant ces boîtes j’ai réussi à les faire partir»
Point d’achoppement, les versions contradictoires sur le couteau
Le couteau. L’élément criminel restant dans l’ordonnance de mise en accusation et justifiant les assises.
Avec ce couteau, J. aurait été menacé à deux reprises, une première fois pour qu’il appelle son père, la seconde pour donner son code bancaire.
Aux gendarmes ayant conduit l’enquête, Me Parra Bruguiere, avocat de Marianne, demande: «avez-vous investigué sur cette arme ?»
Un couteau aurait été retrouvé dans la voiture de Rodolphe Sanchez, un autre (un couteau pliable) dans la cuisine de la grange.
Ce couteau fait l’objet de toutes les attentions. Les accusés, et en particulier Romain Lemoine et Rodolphe Sanchez, en ont-ils usé? Victime et bourreaux s’affrontent, mais le débat reprendra un peu plus tard dans la journée.
En attendant, la présidente lit aux jurés l'interrogatoire de Grégory. Ce dernier n'a pas pu se rendre au tribunal, suite à la grève des trains.
Dans sa déposition, le jeune homme qui doit passer en correctionnelle pour cette affaire, ne conteste pas les 17 coups de pied. Il déclare que «Rodolphe a menacé J. avec un laguiole dépliable pour lui extorquer le code bancaire»
Dans son témoignage, il fait mention d'un autre élément: «Romain aurait décidé de garder J. prisonnier en attendant le mercredi suivant, jour où il devait toucher environ 1000 € de la mission locale»
Grégory dit «regretter ses actes» et «aurait souhaité que cette histoire s'arrête après la branlée»
Une déposition que réfutent les deux accusés. Romain Lemoine reconnaît la séquestration, le vol, la violence en réunion avec bombe lacrymo, mais nie avoir menacé J. d'un couteau.
Son avocate, Me Obis rappelle que son frère «avait assuré qu'il ne possédait pas de couteau»; propos confirmés alors par Marianne Metivier, co-accusée et ex-compagne.
Lorsque Corinne Chassagne le presse de s'expliquer, il rétorque: «je voulais juste l'amener parler à Marianne; j'ai été surpris par la violence de Greg et Rodolphe»
Quant à la somme de 1000€ il «n'en a jamais entendu parler» ce que dément sa victime.
La toxicomanie pointée du doigt
Les expertises psychologiques démontrent «une dynamique (du groupe NDLR) d'adolescents autour de la toxicomanie. Un manque d'empathie à l'égard de la victime, tout le monde étant persuadé que J. est coupable du vol»
L'experte a dressé le portrait des accusés, portrait réalisé après entretien en prison.
Romain Lemoine lui aurait confié: «je voulais montrer ma virilité, punir notre agresseur». Agé de 30 ans, il a livré un témoignage confus, entre biographie et flashback concernant le week-end. «Ma toxicomanie, c'est ma raison de vivre»
Selon Christine Cathala, «le cannabis se substitue au manque, au sentiment de vide, d'inexistence»
Rodolphe Sanchez a durant cet entretien reconnu la menace avec le couteau afin de s'approprier le code bancaire. Pour lui, «Marianne et Romain sont les instigateurs de cette affaire»
Selon l'experte, «il a des regrets pour ce qu'il s'est passé, mais pour lui même, pas pour la victime»
Pour Marianne Metivier, «sa principale culpabilité serait d'avoir fait souffrir son fils âgé de 7 ans»
Elle «reconnaît les souffrances de J.» et a confié à la psychologue «qu'il ne s'agissait pas de barbarie, malgré la violence de ses complices»
Elle «aurait perdu la tête, ne parvient pas à expliquer son geste» et insiste sur la «non-préméditation»
L'expert parle d'une «femme équilibrée, s'occupant des autres de par son métier et son association, qui présente des troubles liés au parcours de vie»
Demain, l'audience des assises reprendra à 9h. Se succéderont dans la journée, la réquisition de Marilyn Blanc, (avocate générale), plaidoirie de la partie civile représentée par Me Emmanuelle Plais-Thomas et plaidoiries des avocats des 3 accusés.
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