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Pamiers d'hier et d'aujourd'hui: L'usine pittoresque
27/01/2011 | 20:32

Paul Arène, ami d’Albert Tournier, a décrit dans l’Ariège Pittoresque l’usine de Pamiers lors de la visite qu’il a effectuée au mois d’août de l’année 1890.

C’est un texte intéressant à bien des égards.

En effet, si l’on imagine à l’époque l’usine de Pamiers, on devine aisément les grands bâtiments noirs, à travers lesquels passaient à peine les lueurs du jour, le bruit infernal du marteau pilon, les odeurs acres du métal encore incandescent, les ouvriers aux «gueules noires» harassés après une dure et pénible journée de labeur.

Le texte de Paul Arène la décrit de manière poétique et surprenante.

On se prendrait presque à avoir de l’admiration pour cet «Etna métallurgique»

«Donc me voici dans ce département de l’Ariège que je m’imaginais noir, minier, usinier, sauvagement ferrugineux et qui se trouve être un plaisant pays d’eaux courantes et de verdure.

J’eus tort peut être hier soir d’exprimer mon étonnement.

Ici, la mine est cachée sous les fleurs et l’usine s’entoure volontiers de vieux ombrages.

Des amis m’ayant entendu se sont aussitôt emparés de moi et j’ai dû séance tenante visiter l’usine.

Brr!! Je rêve encore tout éveillé de cet Etna métallurgique. Quel vacarme cyclopéen, que de flammes et de fumée!

De vastes cours, des hangars immenses, un sol brûlant fait de cendres et de scories, un enchevêtrement de toitures basses et de charpentes, un ciel attristé, sans étoiles et tout noir pour l’œil ébloui.

Des hommes, des enfants vont et viennent debout, leur ringard à la main, devant la gueule ardente des fours ou brassant le métal en fusion et traînant à l’aide de longues pinces des masses de matière incandescente et spongieuse, fer imparfait encore, qui, au milieu d’un éclaboussement d’étincelles, va se modeler comme argile sous l’effort lent et doux du marteau-pilon.

Ailleurs, une vision de serpents d’or qui, au roulement des laminoirs, s’allongent et se tordent innombrables.

Oui, des serpents d’or, des serpents de feu, animés de je ne sais quelle vie effrayante et surnaturelle, des serpents au milieu desquels des dompteurs courent et se jouent, heureux, on le dirait du moins, tandis que se déroulent autour d’eux leurs spirales, de les saisir au vol, de quel intrépide sang-froid, par la tête et de les voir disparaître entre les cylindres avec un frémissement de couleuvre qui, traquée, s’enfonce en un mur.

C’est ainsi que d’obscurs héros, chaque jour tout le long de l’an, fabriquent des canons, des obus, dont le compte n’est pas à Berlin, l’essieu du wagon qui promènera nos loisirs et le modeste fil de fer qui peut-être au printemps prochain va me servir à lier ma vigne
»

Comme quoi tout peut avoir un sens… poétique, il suffit de se laisser aller dans son imaginaire.

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auteur: PR | publié le: 27/01/2011 | 20:32 | Lu: 9330 fois