Le 27 septembre 1847, Victor Hugo est chargé par les auteurs dramatiques du temps de prononcer l'éloge funèbre de leur ami, Frédéric Soulié.
Il adresse ses paroles «à ce noble coeur, à cette âme généreuse, à cet esprit grave, à ce beau et loyal talent qui se nommait Frédéric Soulié»
Victor Hugo ne s'attarde pas sur «la longue nomenclature des oeuvres constamment applaudies», ni sur le fait que «Frédéric Soulié a été récompensé, récompensé par vingt triomphes, récompensé par une grande et aimable renommée», mais il insiste sur le fait que Frédéric Soulié s'était «donné une mission», mission d'écrire avec liberté, honnêteté, audace et «responsabilité de son audace»
Il souligne également que «sa pensée était instrument d'honnêteté, son théâtre, lieu d'enseignement»
A cette mission, il semble flagrant que Frédéric Soulié en avait ajouté une autre, encore plus importante, peut-être secrète, mais tellement évidente: faire aimer l'Ariège et s'en faire aimer.
La journée du samedi 29 janvier 2011, à travers les deux vidéo-conférences, avait pour objectif de faire émerger de la vie et de l'oeuvre de Frédéric Soulié cette quête désespérée de l'amour de la mère, de la mère patrie aussi, alors qu'il les avait si peu connues toutes deux.
Christine Belcikowski avait choisi de présenter «Frédéric Soulié: Ariégeois mal aimé, Ariégeois quand même»
Né à Foix peu avant Noël 1800, il est aussitôt emmené à Mirepoix dans sa famille maternelle, mais aucune clé n'est donnée sur le drame initial de sa vie, qui lui fait écrire que sa naissance rendit sa mère infirme.
Tout au plus savons-nous qu'il passa sa petite-enfance à Mirepoix, entre deux maisons du centre ville et du bord de l'Hers, et que là fut à jamais ancrée sa vie, malgré l'absence de soins de sa mère, infirme physique ou profondément dépressive.
De nombreuses pages de ses oeuvres décrivent le pont sur l'Hers, les couverts, la porte d'Aval, le clocher aperçu de loin, le château de Terride...
Outre les huit premières années de sa vie passées à Mirepoix, c'est un retour sur sa terre natale en tant que jeune adulte qui s'avère fondamental pour l'ancrage de son oeuvre dans l'histoire, la géographie et l'humain de «l'Arriège» comme il l'écrit parfois.
Sa mère n'a pas pu ou su l'aimer, sa terre natale l'a très profondément oublié, or Frédéric Soulié s'est efforcé à travers ses oeuvres de s'en faire aimer et de se faire reconnaître «Ariégeois quand même»
Charles Peytavie a récemment encadré et préfacé la réédition de deux romans historiques de Frédéric Soulié, «Le Vicomte de Béziers» et «Le Comte de Toulouse», celui-ci suivi de dix-huit chapitres seulement du troisième volet de la trilogie consacrée à la guerre des Albigeois, «Le Comte de Foix»
Complétant parfaitement la conférence du matin, celle de l'après-midi posait avec humour et sérieux la question: «Et si Ivanhoé avait été occitan? Frédéric Soulié, le Walter Scott des guerres albigeoises»
Sous cette présentation surprenante, Charles Peytavie rappelle que Frédéric Soulié, de son temps aussi célèbre que Balzac, Dumas, Hugo ou Sue, pionnier du roman-feuilleton qui tient les lecteurs en haleine s'ils veulent «la suite, au prochain numéro» , fut, avec Alexandre Dumas, Paul Féval et Eugène Sue, le quatrième grand auteur de romans historiques, un Walter Scott français.
A jamais méridional de coeur, comme l'a montré Christine Belcikowski, Frédéric Soulié fut le premier à écrire, de façon à la fois documentée et très romanesque, sur les grands faits historiques du Languedoc.
Le premier volet de la trilogie, «Le Vicomte de Béziers» , aide à la prise de conscience que la croisade a détruit une vraie civilisation méridionale, et sert de métaphore à l'analyse de la situation politique contemporaine de Frédéric Soulié.
Avant Napoléon Peyrat, il pressent la richesse politique, historique et littéraire de l'histoire des Albigeois.
Comme l'avait montré le matin Christine Belcikowski dans sa conférence, Charles Peytavie pense également que le retour de Frédéric Soulié à Mirepoix en 1831 est un pèlerinage aux sources fondateur:
S'il lui a permis de revoir des membres de sa famille et de se recueillir sur la tombe de sa mère, il lui a inspiré l'idée d'écrire sur les principaux épisodes de l'histoire du Midi.
«Dans cette route de quelques lieues, écrit-il à propos d'un trajet entre Pamiers et Mirepoix, on ne rencontre pas une pierre qui ne dise un combat, pas un nom qui ne soit l'écho d'un grand événement»
«Devenu le plus méridional des écrivains parisiens de son temps, Frédéric Soulié avait-il conscience qu'il venait de fonder un mythe qui allait le dépasser?
Avait-il le sentiment de participer à la lente prise de conscience nationale du Midi?
Et cette prise de conscience aurait-elle été différente si elle était née d'une autre plume que celle d'un méridional nostalgique expatrié à la capitale?» ( Charles Peytavie, préface, Le Comte de Toulouse)
L'association du Salon du livre d'histoire locale de Mirepoix, organisatrice de cette journée, remercie les conférenciers Christine Belcikowski et Charles Peytavie pour leur érudition et leur passion, si généreusement partagées avec le nombreux public qui ne lira plus de la même manière le nom de Frédéric Soulié sur une plaque de rue...
Elle remercie également la municipalité pour son aide sans faille et sa présence en la personne de Jacques Estèbe, premier adjoint chargé de la culture.
Elle espère que cette journée aura fait découvrir ou redécouvrir l'oeuvre, mais aussi l'homme Melchior Frédéric Soulié, décidément ariégeois, désormais moins mal aimé...
Par email, Martine Rouche, vice-présidente du SLHLM
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