Originaire du Var, il a fait sa thèse sur la Provence mais passionné par l’histoire des «terres de contact» et par l’économie montagnarde, ce chercheur au CNRS une fois nommé à Toulouse s’intéresse logiquement au système pyrénéen, à ses sociétés paysannes et à ses vallées encaissées…
C’est d’ailleurs dans la vallée de Balaguères qu’il décide de s’installer en 1993 et de procéder à un colossal travail de mémoire.
Depuis, le temps s’est arrêté dans la demeure de ce chercheur de terrain…
Ainsi il a collecté plus de 1200 objets au hasard d’une balade, d’une brocante ou d’un vide grenier… des pièces uniques d’un autre siècle rappelant l’activité pastorale ou paysanne de cette vallée qui avant la guerre de 14 comptait pas moins de 950 habitants.
«Je plains les chercheurs qui n’étudient les objets que de manière virtuelle […]
Il faut les mesurer, les soupeser, les restaurer et faire partager leur histoire car ce sont autant de témoignages d’un passé révolu mais qui de par leur fabrication, leur usure, sont représentatifs d’une culture, d’un milieu»
Selon cet ardent défenseur de la cause paysanne, la guerre de 14-18 constitue un tournant dans l’histoire de nos campagnes, elle y apporte son lot de nouveautés, l’industrialisation et le monde moderne s’engouffrent jusque dans les vallées les plus reculées modifiant le regard que pouvaient avoir les autochtones sur ces objets non manufacturés, fabriqués à la main constituant leur quotidien:
«Victimes du monde économique moderne, ces objets ont été dévalorisés, ils sont devenus subitement des trastets dont il fallait se débarrasser pour faire place nette à la modernité: on a mis les buffets à 3 portes à la décharge pour faire rentrer le formicas dans les cuisines»
Et dans la foulée, l’architecture paysanne a suivi, comme les maison à cul de four suspendus au premier étage où l’on a fabriqué du pain pendant des siècles: «l’architecture paysanne est en danger […]
Autrefois, il y avait à Balagué 250 maisons et près de 350 granges d’altitude, les anciens savaient construire leurs habitations à chaux et à sable, la taille et la mise en place des charpentes, le tressage des planchers en buis […]
Ils exploitaient les richesses naturelles de la vallée comme le calcaire friable ou l’argile écrasée qui servait à faire les sols en dent de requin depuis le Moyen Age […]
Ils savaient faire des tables, des buffets, des sabots, des vêtements sans pour autant être menuisiers, sabotiers ou couturiers.
Tous ces objets par leur représentation, leur usure, sont représentatif d’une culture, d’une époque […]
Un pays sans la représentation de ce qu’il a été est un pays mort !»
La maison de Daniel a elle aussi une histoire, elle date de 1535, selon lui «il n’est pas impossible qu’elle fut la maison commune avec la mairie au rez de chaussée et l’école de jeunes fille à l’étage.
Plus tard, elle a été transformée en épicerie, on servait les clients par la fenêtre de la cuisine.
Je cherche à introduire de la vie dans ce lieu, j’ai trouvé une maison représentant les temps anciens mais qui n’est pas figée avec le passé puisque je vis entouré de tous ces objets»
Vous l’aurez compris: ici pas d’objets en vitrines, pas de moquette au sol ni de mise en scène ostentatoire, c’est avec une soupe de légumes roborative que Daniel Solakian vous accueille dans son séjour proche de la caverne d’Ali Baba, entre une collection de padènes, de lampes à huile, un moulin à sel ou une hache du néolithique retrouvée en défrichant son champ, des meubles domestiques du Couserans et des livres, beaucoup de livres…
Entre sa hache de plus de 5kg destinée à équarrir les poutres maitresses des charpentes, ses collectages consacrés à la traction animale sur lesquels il est intarissable, le gardien de la mémoire de la vallée arrive à faire revivre tous ces objets à travers les anecdotes qu’il glisse ici où là.
Un personnage plein de sensibilité dévoué à la cause paysanne et à l’histoire de cette vallée… à découvrir absolument.
Maison de la Mémoire Paysanne de la vallée de Balaguère
09 800 Balagué
Tél: 05 61 96 84 11
Pour se rendre à Balagué :
Saint Girons, direction Castillon.
Après Engomer, tourner à droite direction Alas, Agert et enfin à 5km Balagué.
La maison paysanne est dans le village à main droite en face un abreuvoir de 11m
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