Le groupe occitan OC (voir notre article du 28/01/11) prépare trois nouveaux spectacles pour cet été, dont «Le secret des Cagots», ces charpentiers mis au rebut par la société médiévale et qui vivaient dans les forêts pyrénéennes.
Mais qui étaient donc ces «cagots», frappés de répulsion et de mépris de part et d'autre du piémont pyrénéen, entre Moyen Âge et Temps modernes?
Leur origine reste sujet à débat: pour certains, les cagots font partie d'une peuplade pyrénéenne d'origine inconnue, rejetée par la population; pour d'autres, ils s'apparenteraient à une ethnie vaincue, de religion différente, donc hérétiques (barbares venus de l'est, wisigoths, arabes, ariens, cathares...).
Ils apparaissent au Xe siècle sous l’appellation de chrestians, ce qui laisse supposer qu’ils s’étaient convertis au catholicisme et faisaient même preuve de zèle dans le domaine de la pratique religieuse, d’où leurs surnoms laissant entendre qu’ils étaient sournois.
C'est sous cette dénomination qu'ils sont enregistrés dans le recensement de 1385 initié par Gaston Fébus.
Toutefois, nous trouvons une multitude de noms pour les désigner: Les Gézitains (équivalent savant du nom Cagot, qui fait référence à la lèpre), étaient aussi appelés chrestians, Gahets, Capots, Agots et de bien d'autres noms...
Cagot présente une analogie avec le mot grec «cacos» qui signifie «mauvais», Chrestians était synonyme de lèpre.
Repoussés à l’extérieur des cités, en lisière des forêts, ils furent assimilés à des lépreux qui devaient les côtoyer, ainsi que tous les parias.
Les cagots vivaient donc à l’écart du village et étaient tenus de porter un signe distinctif: la patte de canard taillée dans du drap rouge, cousu sur leurs vêtements.
À Marmande, en 1396, la loi précise que les gahets devront porter, cousu sur leur vêtement de dessus, du côté gauche, un signe de tissu rouge, long d’une main et large de trois doigts.
Ils n'avaient pas le droit de marcher pied nu et ne pouvaient porter aucune arme ni objet pointu ou tranchant.
Supposés dégager une odeur nauséabonde, les cagots sont décrits par certains documents comme tantôt petits et bruns au teint olivâtre, tantôt grands aux yeux bleus; selon des croyances tenaces, on leur prête aussi des pieds palmés ou l’absence de lobes aux oreilles.
Toutefois, aucune origine raciale cohérente ou particulière n'apparaît clairement, et rien ne les distingue du reste de la population.
Ils n’avaient pas de nom de famille; seul un prénom suivi de la mention «chrestians» ou «cagot» figurait sur leurs actes de baptême, et les cérémonies religieuses les concernant se déroulaient généralement à la nuit tombée.
À leur mort, ils étaient enterrés à l’écart ou dans un cimetière à part. Ils n’étaient autorisés à se marier qu’entre eux.
Ils ne se rendaient au village que pour les besoins les plus pressants et pour aller à l'église.
Souvent, ils n'entraient que par une porte de taille réduite, relégués au fond, séparés du reste des fidèles; un bénitier spécial leur était réservé.
Les sacrements même leur étaient interdits en certains endroits pour la même raison qu'aux bêtes.
On ne recevait point leur témoignage en justice, et c'était par grâce que la coutume du Béarn, avait établi que les dépositions de sept d'entre eux équivaudraient à une déposition légale…
Les cagots vivaient donc comme des proscrits. Un nombre considérable d’interdictions dictées par la superstition pesaient sur eux:
Certaines sont orales, mais d’autres sont transcrites dans les «fors» (lois) de Navarre et du Béarn des XIIe et XIVe siècles.
Beaucoup de métiers leur étaient interdits: généralement ceux considérés comme susceptibles de transmettre la lèpre, comme ceux liés à la terre, au feu et à l’eau; en effet, ils devaient prendre celle-ci à des fontaines qui leur étaient réservées.
Les métiers en rapport avec l’alimentation leur étaient également refusés.
Curieusement, les cagots étaient réputés pour leurs pouvoirs parapsychiques... on disait que parfois, les fruits pouvaient se dessécher en un instant à leur seul contact.
On leur prêtait des dons de guérisseurs et leurs femmes étaient souvent sages-femmes.
La profession habituelle des cagots était le travail du bois, sous ses divers aspects.
Bûcherons sans doute à l'origine, ils furent bientôt charpentiers à tel point que ce mot devint en quelque sorte synonyme de cagot.
Ils exercèrent, par extension, les fonctions de menuisiers, tourneurs, vanniers, tisserands et cordiers.
De telles conditions de vie les faisaient souvent dépendre de la charité publique, en particulier celle de l’Église et de fondations destinées à subvenir aux besoins des lépreux revenus des Croisades.
Le clergé comme l’aristocratie justifient toutefois cette discrimination parfois jusqu'au XVIIIe siècle.
Les cagots furent exemptés des corvées et de la taille (impôts liés au travail de la terre).
Cette exemption dura jusqu’au règne de Louis XIV où l’on comptait pas loin de 2500 cagots en Béarn.
Ils rachetèrent alors, moyennant finance, leur émancipation par ordonnance royale.
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