Grand inventaire au musée du Mas d'Azil

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A l’heure où les feux de l’actualité sont braqués sur la grotte du Mas d’Azil et les découvertes mises au jour lors des travaux de revalorisation du site, une équipe du CNRS de Toulouse sous la houlette de Carole Fritz, responsable de l'équipe CREAP du laboratoire TRACES, travaille sur les collections du musée.

Une initiative impulsée par la commune consciente de l’importance du matériel archéologique extrait de la grotte, déposé in situ mais également au musée de Saint Germain en Laye, au Muséum de Toulouse ou à l’IPH.

«Nous sommes ici pour un récolement total des collections du Mas d’Azil et une recontextualisation de ces données qui permettra à terme d’éditer une monographie du site» explique Carole Fritz qui connait bien ces collections ariégeoises pour avoir réalisé sa thèse sur le sujet et travaillé régulièrement en relation avec Pascal Alard à la grande exposition du Parc de la Préhistoire.

«Cette grande base de données parait aujourd’hui indispensable car il y a des milliers d’objets archéologiques, des carnets de fouilles, des inventaires et c’est grâce à l’intervention de plusieurs spécialistes que nous pourrons comprendre ces objets, les replacer dans le temps et dans une culture, appréhender la vie de ces hommes au quotidien» poursuit la scientifique qui depuis hier dépouille les archives du musée.

A ses côtés une équipe pluridisciplinaire s’est spontanément constituée (tous chercheurs au CNRS et membres de l’UMR 5608 Traces): Jean-Marc Pétillon est spécialiste du travail sur l’os, Lise Aurière des objets ornés, Aline Averbouh des objets en matières osseuses, Michel Barbaza, professeur émérite à l’université de Toulouse-Mirail travaille sur l’azilien, Gilles Tosselo, docteur en Préhistoire a laissé un temps sa spécialité (étude des documents artistiques et autres objets décorés) pour donner un coup de main à l’inventaire général. 

«Nous reprenons systématiquement l’inventaire complet de la collection Péquart... à cette occasion on ajuste les dénominations avec un regard actuel»

C’est dans l’enthousiasme malgré l’ampleur de la tâche qu’ils sont installés au second étage de cette bâtisse qui avant d’accueillir le musée en 1981, était la maison des consuls de la ville puis la mairie.

Un confort sommaire, une accumulation de boîtes, de clayettes en bois, de cartons, à l’intérieur desquels des silex, des ossements, des fragments de pièces en os… 

Autant de témoignages de la vie quotidienne qui mis bout à bout permettront peut-être de mieux comprendre l’organisation de l’espace de vie dans la grotte du Mas d’Azil.

Aline se penche sur les objets en matière osseuse fabriqués par les hommes du paléolithique.

Une démarche qui lui réserve bien des surprises comme la découverte de cette moitié de rondelle sculptée enchâssée dans un morceau de concrétion.

Selon Jean-Marc «la manière de fabriquer les outils, l’équipement qui revient sur d’autres sites le long de la chaine des Pyrénées permet de dire que du pays basque à l’Ariège, les gens partagent un maximum de choses dans leur manière d’exploiter leur environnement et dans leurs traditions techniques»

Michel Barbaza travaille plutôt sur les objets de la phase terminale du paléolithique supérieur, c'est-à-dire l’azilien. 

«Cette période est bien particulière, elle livre des ensembles d’objets d’art qui se présentent comme une expression en rupture totale par rapport à ce que l’on a pu voir à la période magdalénienne où la représentation étaient davantage figurative.

Avec l’azilien tout cela disparait, on a à faire à un art moderne totalement abstrait, pour preuve ces galets
»

Ces «experts» se répartissent les inventaires selon les différentes spécialités et travailleront sur les matériels conservés dans les réserves jusqu’à la fin du mois d’avril, avant que le musée ne rouvre ses portes au public.

Laurence Cabrol | 25/01/2012 - 17:27 | Lu: 58730 fois