ariège > jeunesse et societe > logement
Près d'un logement sur quatre jugé «potentiellement indigne» en Couserans!
08/02/2010 | 21:44
© MidiNews 2010

Non, décidément, l’Abbé Pierre n’est pas mort!

Lui qui, en 1954, lançait son premier cri d’alarme sur les conditions désastreuses de logement de milliers de Français, doit se retourner dans sa tombe à la lecture du rapport de la fondation qui porte son nom concernant le mal-logement en France.

De son enquête, dont les résultats ont été publiés le premier février de cette année, (voir article du 01/02/10), il ressort que ce sont près de trois millions et demi de personnes, dont un quart d’enfants «victimes collatérales du mal-logement», qui vivent dans des conditions indignes.

«Cette situation empire depuis plusieurs années, et rien n'est fait pour y mettre fin !»

L’Ariège, département à la population tellement pauvre que plus de quatre vingt pour cent d’entre elle serait éligible à un logement social, l’Ariège donc, ne fait hélas pas exception à la règle.

On peut même dire que, compte tenu de l’importance relative de la population rurale, la situation est probablement pire qu’ailleurs.

«En effet, explique Isabelle Fort, chargée de mission «logement» au sein du Pays Couserans, à la campagne, beaucoup de gens vivent comme il y a cent ans, sans salle de bains, ni toilettes, voire quelquefois sans l’eau à la maison, et ne s’en plaignent pas, trouvant cela normal»

Dans le département, le Couserans remporte la palme des logements «potentiellement indignes» avec le chiffre effarant de 24%, soit près d’un logement sur quatre.

Nous avons rencontré ce couple, avec cinq enfants, qui, devant l’inertie de son propriétaire, a fait intervenir les services d’Isabelle Fort, laquelle a demandé l’intervention de la DDASS, qui a lancé la procédure de classement «logement insalubre»

Situé au cœur même de la cité de Saint Lizier, la maison vue de l’extérieur, ne présente aucun signe particulier.
Il n’en est pas de même dès que l’on passe la porte...

Les murs de l’escalier, situé juste en face de la porte d’entrée, présentent des signes de dégradation tels que l’on craint à chaque instant de recevoir un pan de plâtre sur la tête.

Cela est accentué par le fait que, la porte de la chambre d’une des filles fermant mal, celle ci est obligé de la claquer, faisant tomber à chaque fois quelques débris de mur.

«Mon mari aurait bien fait les travaux, explique la maman, mais, outre le fait que c’est au propriétaire de le faire, il faudrait reloger provisoirement ma fille, la cloison qui s’effrite étant celle de sa chambre, et qu’il faudrait tout casser pour reconstruire»

Difficile de parler de l’installation électrique, sauf à dire que les interrupteurs trouveraient sûrement preneur chez un antiquaire.

Quant à l’hygiène, elle est fortement mise à mal par le fait que les fissures dans le sol et les murs permettent l’intrusion de toutes sortes d’animaux.

«Si l’on se lève la nuit, on peut voir l’évier du «coin cuisine» envahi par des limaces !»

Inutile dès lors de parler d’isolation, les fenêtres n’ajointent pas, et laissent passer de terribles courants d’air.

Cinq enfants, nous l’avons dit, vivent ici, dont deux jumeaux de trois ans et une petite dernière d’un an.

Cela se passe à Saint Lizier, à deux pas de la mairie, à l’insu des nombreux touristes!

On n’est pas loin de cet état des lieux à Lescure, dans ce hameau en ruines, «retapé» par un propriétaire dont nous nous sommes laissé dire qu’il était «du bâtiment»

On le constate dès l’abord: les «travaux» ont été quasi entièrement effectués avec des matériaux que l’on peut dire «de récupération», mais que l’on peut aussi qualifier «de démolition»

Ancienne fenêtre transformée en porte, tellement basse qu’il faut se plier en deux pour passer, double porte vitrée de magasin faisant usage de cloison «on a même laissé le panneau indiquant les heures d’ouverture», cloisons arrêtées à cinquante centimètres du plafond «bonjour l’intimité dans les chambres»

«Au début, nous explique un des colocataires, nous avons trouvé cela pas mal, mais c’était avant de s’apercevoir que les murs, au lieu d’avoir été remis en état, ont été cachés par du lambris «déclassé», c’est à dire plein de trous, correspondant aux nœuds du bois qui ont sauté, et que cela provoquait des dizaines d’entrées d’air directement de l’extérieur dans la maison»

L’escalier menant aux chambres est en pierres mal ajustées ce qui, compte tenu de la main-courante fixée avec du fil de fer, rend l’accès à l’étage extrêmement dangereux, tout comme la terrasse, dont la rambarde tient, elle aussi, avec du fil de fer.

«Heureusement qu’il n’y a pas d’enfant dans cette maison», commente l’occupant.

«Il y a des recours, explique Isabelle Fort, encore faut-il que nous soyons informés […]

Il y a bien les circuits officiels, mais nous sommes loin de connaître tous les cas. En effet, certains locataires n’osent pas se plaindre de peur de se retrouver à la rue, et on est toujours mieux dans un logement, même indigne, que dehors.

D’autres se contentent de ce qu’ils ont contre un loyer minime. Enfin, il est très difficile de faire effectuer des travaux à un propriétaire occupant.

Il faut, pour que l’administration intervienne qu’il y ait un vrai danger. Dans certains cas, l’ex DDEA peut engager des travaux, les financer, et recouvrer les sommes via le trésor Public, mais ces cas sont rares
»

actualites Ariege
auteur: Bernard Pastourel | publié le: 08/02/2010 | Lu: 11163 fois