Alors que dans quelques jours aura lieu la journée internationale de la femme, les chiffres et les faits divers sont malheureusement là pour nous rappeler que les femmes sont toujours victimes de violences au sein de leur couple.
Le 17 février dernier à l’Herm, en région toulousaine, Mireille était battue à mort à coup de planche à découper par son compagnon.
En 2009, dans le département de l’Ariège, 346 faits de violences conjugales ont été recensés, trois femmes ont été tuées par leur conjoint et 164 procédures pour violences entre conjoints ont été instruites par le parquet de Foix…
En 2008, 156 femmes sont décédées sous les coups de leur conjoint, soit un décès tous les deux jours et demi.
Face à l’ampleur de ce fléau, le gouvernement à décrété que la lutte contre les violences faites aux femmes (également appelées violences sexistes) serait la grande cause nationale 2010 avec un renforcement du cadre juridique visant notamment à prévenir la récidive, à mieux repérer les victimes et améliorer leur prise en charge.
Si bien qu’une proposition de loi sur les violences faites aux femmes, portée par la députée PS Danielle Bousquet et le député UMP Guy Geoffroy, a été adoptée jeudi 25 février 2010 à l’unanimité (preuve que le sujet arrive à mobiliser les politiques).
Outre la possibilité de séparer le conjoint violent et l’instauration sur l’exemple espagnol du bracelet électronique pour le maintenir à distance, la violence psychologique au sein du couple est enfin reconnue comme un délit.
Il s’agit là d’une mesure préventive car les violences psychologiques précèdent toujours les coups.
La seconde mesure phare est la création d’une «ordonnance de protection» des victimes permettant au juge des affaires familiales de statuer dans les 24h suivant le dépôt de plainte sur les mesures à prendre pour protéger les femmes en danger; par exemple: l’éviction de l’auteur des violences du domicile conjugal ou encore sur la garde temporaire des enfants.
L’application de cette ordonnance inclut les couples mariés, les concubins ou encore les partenaires d’un PACS.
Les mesures prises dans le cadre de cette ordonnance pourront avoir une durée de quatre mois maximum.
Cependant, une prolongation sera possible si la victime dépose une requête de divorce ou de séparation de corps.
Celle-ci pourrait alors «dissimuler son adresse et élire son domicile chez son avocat ou auprès du procureur de la République»
Quant au conjoint violent, si celui-ci ne respecte pas les mesures prises à son encontre, il s’expose à deux ans de prison et 15 000 euros d’amende.
Cette proposition de loi adoptée par l’Assemblée Nationale devrait être examinée en avril au Sénat pour une adoption définitive en juin.
Pour autant, cette nouvelle loi ne doit pas nous faire oublier les actions menées sur le terrain depuis plusieurs années.
Ainsi depuis 2004, Nicole Surre, responsable de la délégation départementale aux Droits des Femmes et à l’Egalité, a mis en place des groupes de travail visant à coordonner sur tout le territoire les actions de prévention de la délinquance:
Sensibilisation en direction du grand public et des professionnels (associations, personnel de santé, de l’enseignement, élèves de collèges et lycées ou personnel de Police), mise en œuvre de formations (en direction des personnels de gendarmerie et de police qui accueillent les victimes), organisation de la protection des victimes de violences sexistes (en relation avec l’unité d’accueil aux victimes, le CIDFF et l’ASJOA), accueil dans des groupes de parole.
Grâce à ce maillage, les victimes sont mieux repérées et plus rapidement prises en charge…
Aujourd’hui, Nicole Surre entend poursuivre, malgré le manque de moyens, son action, notamment en mettant en place un protocole d’accueil et de prise en charge des auteurs de violences sexistes dans le cadre de mesures d’éviction et du suivi psychologique.
Frédérique Thiennot, médecin légiste au CHAC, est responsable depuis 2007 de l’unité d’accueil des victimes de violences (UAV), située dans les locaux de l’ancien hôpital, au 10 rue St-Vincent à Pamiers.
C’est en toute confidentialité et gratuité que les victimes (d’agressions, de violences à domicile, de violences conjugales), sont prises en charge en un même lieu pour un accompagnement médical, psychologique et juridique.
En 2009, plus de 320 personnes ont été accueillies en consultation (pour 445 consultations et 75% des personnes qui se déplacent à l’UAV voient au moins deux professionnels: psychologue et juriste par exemple) dont 155 victimes de violences conjugales.
Après trois ans de fonctionnement, le nombre de visites a augmenté de 60% entre 2007 et 2008 et cette croissance en flèche s’est confirmée sur 2009, preuve que la violence est bien réelle même dans un département rural.
Cependant, cette augmentation des consultations est, à ne pas en douter, le résultat d’une campagne d’information bien menée en direction des différents réseaux médicaux, associatifs, sociaux et judiciaire.
Actuellement, bien que le secrétariat téléphonique fonctionne toute la semaine, l’UAV n’est ouverte que deux demi-journées (lundi et vendredi matin) mais dans un avenir proche, le Dr Thiennot et son équipe espèrent étendre cette plage horaire.
A ce jour en Midi Pyrénées, seules les villes de Toulouse (CHU de Rangueil) et de Montauban connaissent une structure similaire.
Du côté des associations, la mobilisationss’organise: ainsi les associations Volonté de Femmes en Ariège et Herisson Bellor organisent depuis le mois de novembre, chaque 1er jeudi du mois, des groupes de parole, d’écoute, de réflexion, de solidarité et d’information face aux situations de violence conjugale.
Le combat contre l’insidieux fléau des violences conjugales n’est pas gagné mais chacun à son niveau participe à briser le silence assourdissant des souffrances physiques et morales des victimes.
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