En 2010, la journée internationale des femmes fête ses 100 ans, mais dans les faits il y a encore beaucoup à faire pour l’émancipation féminine.
Peu présentes dans les postes à responsabilité, leur travail est moins rémunéré, plus ingrat et la période de crise économique précarise davantage les femmes, confrontées les premières au chômage, aux mi-temps ou aux emplois flexibles.
Si le droit à l’avortement défendu par Simone Veil semble désormais acquis, il s’agit encore trop souvent d’un véritable parcours du combattant pour y parvenir.
Quant à la parité en politique, elle fait partie de ces bonnes résolutions apparaissant à la veille d’une élection pour flatter l’électorat féminin et que l’on oublie aussitôt passé le seuil du dépouillement.
En France, si 54 % des électeurs sont des femmes, elles ne représentent pourtant que 5 % des parlementaires.
La loi sur la parité de 2000 était pourtant porteuse d’espoir, elle a permis l’entrée de femmes dans les conseils municipaux mais dès que l’on monte dans les sphères du pouvoir, leur pourcentage descend très vite (dans le département de l’Ariège il n’y pas un seul conseiller général femme).
Et au final, elles sont moins de 6 % dans l’ensemble du parlement (Assemblée plus Sénat).
Des progrès sont donc à réaliser à tous niveaux de la société.
Pour Patricia Pailleaud, responsable du cinéma à l’Estive, programmer le 8 mars une soirée-débat autour du film de Patric Jean «La domination masculine» n’est pas anodin:
«Ce film n’est pas une polémique, il montre que nous reproduisons des schémas, des inégalités sans vraiment en être conscients […]
Il titille là où cela fait mal et le but du débat qui suivra est de se questionner sur ce que l’on peut faire, chacun à son niveau, pour faire changer les choses, bouger les lignes»
Patricia, avant sa venue dans le département de l’Ariège, travaillait à la Maroquinerie, une pépinière de talents dans le XXe arrondissement de Paris et s’occupait déjà de cinéma avec le festival international du film de femmes de Créteil, dont elle a longtemps été une des chevilles ouvrières.
Connaissant les difficultés que rencontrent les réalisatrices pour percer dans le métier elle essaie, depuis quatre ans à présent, de mettre en avant les femmes et leurs productions cinématographiques dans les choix de ses programmations à l’Estive.
Anne Ealet est la psychologue de l’association Hérisson Bellor à Mazères, intervenant sur deux structures relais: le centre d’hébergement et de réinsertion social (CHRS) et le centre parental.
Ces deux structures d’hébergement existent de puis 1982, l’une peut accueillir 44 résidents (hommes, femmes, enfants), l’autre, de taille plus modeste, seulement treize personnes (parents et enfants de moins de trois ans).
Dans les faits, il s’agit d’un public majoritairement féminin, souvent en rupture familiale, conjugale, rencontrant des difficultés pour se loger, pour s’insérer professionnellement ou socialement.
«Les personnes sont là pour six mois, renouvelables une fois, indique Anne. Ce sont souvent des personnes qui sortent de maisons de repos, de cliniques […]
Beaucoup de jeunes (25-30 ans) en manque de repères, qui n’ont pas de famille ou des femmes plus âgées, en dépression […]
C’est un travail d’équipe, une prise en charge pluridisciplinaire»
Lundi soir, Anne participera au débat organisé par l’Estive mais elle a un avis partagé sur le 8 mars car si cette journée existe c’est qu’il y a des soucis, des inégalités persistent:
«La journée de la femme, d’accord, mais à quand celle de l’homme car les inégalités ne sont pas à sens unique […]
Tout n’est pas gagné, autrefois les combats étaient évidents […] aujourd’hui on nous donne souvent l’illusion qu’il y a égalité mais des progrès restent à faire»
Volonté de Femmes en Ariège est née en 1996 de l’amitié de deux femmes qui se sont retrouvées autour d’un projet ambitieux: celui de construire une maison ouverte aux autres, véritable lieu de mixité sociale permettant de rompre l’isolement et d’éviter les ghettos.
Brigitte propose des ateliers créatifs (mosaïque, poterie, cuisine, collage), Isabelle des animations de groupe, notamment des rencontres permettant de réfléchir ensemble et de donner les moyens aux femmes d’être les actrices de leur propre histoire.
VFA est une association appaméenne à caractère solidaire et militant: «nous sommes là pour promouvoir la volonté de chacune, d’offrir aux femmes une reconnaissance sociale indépendamment de leur position dans le domaine du travail […]
L’accompagnement peut être individuel (orientation vers des organismes en fonction d’une demande précise).
Nous proposons des groupes d’échange sur la parentalité ouverts à tous (hommes et femmes) animés par Caroline Desarnaud, éducatrice spécialisée»
Depuis 2009, chaque premier jeudi du mois (de 9h30 à 11h), VFA propose en relation avec l’association Hérisson Bellor, un groupe de parole dédié aux femmes qui ont subi des violences conjugales.
«Le logo de notre association, commente Isabelle, est celui d’une femme qui avance […] notre objectif c’est d’aider à donner de l’autonomie aux femmes, les aider à prendre en main leur destin, à être active et à trouver leur place dans la société»
Isabelle sera également sur la scène de l’Estive lundi soir mais pour elle le 8 mars sonne comme une piqûre de rappel: «quand il n’y aura plus de 8 mars c’est que tous les problèmes des femmes seront réglés […]
Aujourd’hui la journée internationale de la femme est importante pour pointer les inégalités ici ou ailleurs mais ce n’est pas suffisant»
Joëlle Bassi milite depuis 1989 au Centre d’Information sur les Droits des Femmes (CIDF) contre les discriminations sexistes: «notre mission est de promouvoir l’autonomie des femmes, les informer sur leurs droits […]
Notre objectif c’est de les accompagner dans l’insertion professionnelle et sociale, si elles n’ont pas de projet professionnel les aider à en formuler un et leur faciliter l’accès à l’emploi»
Le CIDF accueille également les femmes victimes de violences (c’est un lieu de référence et d’écoute), les juristes de l’association ont déjà formé, dans le cadre des actions menées en relation avec Nicole Surre et la délégation départementale aux droits des femmes et à l'égalité, travailleurs sociaux, gendarmes et policiers…
«Dans la sphère professionnelle, il y a encore beaucoup à faire, explique Joëlle, malgré la loi sur l’égalité professionnelle de 2006, la disparité des salaires entre hommes et femmes à qualification et expérience égale, présente des écarts de 19% au niveau national et se 22% dans le département de l’Ariège»
Des freins culturels existent et pour cette raison, le CIDF réalise des interventions dans les établissements scolaires afin de lutter le plus tôt possible contre les stéréotypes sexistes: «d’après les sociologues, l’occupation de la cour de récréation est différente que l’on soit garçon ou fille […]
Les fabricants de jouets participent à entretenir les vieux clichés: le rose pour les filles, le bleu pour les garçons […] il ne faut pas baisser la garde»
Frédérique Thiennot dirige depuis 2007 l’unité d’accueil des victimes de violences (UAV) où psychologues, juristes et médecins reçoivent en tout anonymat les personnes qui ont subi des violences routières ou familiales.
Rappelons que la lutte contre les violences faites aux femmes a été déclarée «grande cause nationale» pour 2010.
Le Dr Thiennot est également médecin légiste, après avoir longtemps été urgentiste elle a souhaité se spécialiser: «ce n’est pas seulement une discipline en relation avec la mort comme on peut le voir dans les séries américaines [...] j’aide les vivants à redonner du sens à leur vie.
Mon métier, c’est aussi chercher des signes de violence sur une victime pour qu’elle puisse faire valoir ses droits […] je travaille également en étroite relation avec la police lors des enquêtes»
Quand on lui demande ce que représente le 8 mars, pour elle «le combat continue !»
Pour la journée internationale des droits de la Femme, l’Estive présente à 21h le film de Patric Jean «La domination masculine» suivi d’un débat au cours duquel nous pourrons retrouver Anne, Isabelle, Joëlle et toutes celles ou ceux qui voudront y participer.
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