Quand, après une remarque inattendue ou un élan de revendication soudain, on vous répond l’air soupçonneux: «t’es pas un peu féministe toi ?!», cela ne relève pas franchement du compliment.
En France, le terme a même le don d’inquiéter.
Le féminisme aurait donc mauvaise presse, comme l’explique Camille Favre, doctorante en histoire au Mirail, venue donner une conférence à Pamiers sur le sujet.
«La France a toujours eu un problème avec le mot féminisme, avec un «antiféminisme» très présent.
Pendant la révolution française, les quelques femmes qui ont tenté de participer à la vie politique ont été guillotinées.
Et des images négatives restent: avec les femmes qui ont participé à la Commune par exemple, que l’on a appelé les «pétroleuses» et qu’on a accusé d’avoir brulé Paris»
Et si le féminisme reste entaché d’une image assez négative, c’est peut-être parce que certains courants poussés à l’extrême pendant les années 70 ont marqué les esprits.
Selon Camille Favre, «c’est une époque où il y a eu un mouvement féministe plus ou moins «non mixte»
Ça été perçu comme quelque chose contre les hommes. Alors que ce n’est pas ça, la réflexion s’intéresse autant aux hommes qu’aux femmes et met même en valeur des systèmes d’oppression vécus aussi par les hommes»
Car au moment où la société s’est mise à déconstruire certains rôles sociaux imposés aux femmes, les hommes ont pu aussi se libérer d’un certain nombre de carcans (notamment de l’image de la masculinité à l’ancienne: l’homme représentant de l’autorité, fort en toute circonstance, et qui ne pleure jamais!)
Le parcours du féminisme ne serait donc pas l’histoire de l’exclusion des hommes, sauf à des moments bien précis de l’histoire, marquant peut-être des étapes nécessaires.
Pour la doctorante, «dans la lutte, il faut parfois en passer par des moments de repli pour se libérer d’une oppression.
C’est le cas des Black Panthers, quand la communauté noire a lutté contre l’oppression que lui imposait la communauté blanche»
Malgré tout cela, en France, on emploie plus volontiers un nouveau terme: «anti-sexisme»
Plus neutre, il est aussi un peu fade, parce qu’il «élude une partie de l’histoire» constate Camille Favre.
Avec la conquête des droits dans la sphère publique dans un premier temps: c’est le moment où les «suffragistes» en France se battent pour obtenir le droit de vote, qu’elles n’obtiendront qu’en 1944.
Les revendications passeront ensuite peu à peu au domaine privé, en s’attaquant à la distribution des rôles dans la sphère domestique, «où peu à peu le privé devient politique»
Des «sufragistes» («suffragettes» en Angleterre), en passant par «le Deuxième sexe» de Simone de Beauvoir, jusqu’ à la création du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) dans les années 70, l’Histoire a sûrement le pouvoir de réhabiliter un terme, qui a, avant tout, permis aux femmes de se libérer dans l’espace public et privé.
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