C’est le cri lancé par Emile Rives depuis le Couserans…
Ce retraité a eu la chance de rencontrer il y a six ans à Saint-Lizier Sœur Marguerite, venue faire une conférence lui permettant de lever des fonds pour l’école qu’elle a créée à Brazzaville au Congo.
Une école un peu particulière qui dispense un enseignement totalement gratuit et qui s’adresse essentiellement aux enfants dont les parents sont trop pauvres pour leur payer une scolarité, à tous ceux qui sont sortis du circuit traditionnel, aux déficients mentaux et autres exclus de la société.
Sensibilisé par la démarche de la religieuse, Emile part à Brazzaville, visite l’hôpital: là-bas, il n’y a pas de moustiquaire pour la maternité, ni de cannes blanches pour le centre des aveugles… il manque tant de choses qu’à son retour en France, il décide de créer l’association Ariège-Pyrénées-Brazzaville.
Depuis, il œuvre avec une poignée de bénévoles pour améliorer la vie de tous ces gens qui ont croisé son chemin.
En 2010, il rencontre Simone Balango, une Congolaise qui vit et travaille à Paris par nécessité, elle lui parle de la tragédie que vit sa fille Ancis, orpheline de père et déficiente mentale.
Simone devenue veuve l’a confiée à la grand-mère et est partie travailler en toute légalité en France où elle a trouvé un emploi stable et suffisamment rémunérateur pour lui permette d’envoyer de l’argent au Congo et faire vivre décemment sa fille et sa mère.
Malheureusement la grand-mère est décédée fin 2009. Le propriétaire de la case où elles vivaient toutes deux à Ouenzé (banlieue de Brazzaville) a récupéré son bien et jeté Ancis à la rue où elle est désormais considérée comme une sorcière du fait de son seul handicap.
Là-bas, elle a subi de nombreux sévices: tortures, viols, séquestration, scarification… elle est à plus où moins long terme condamnée.
Elle a pu s’échapper in-extremis de ce cauchemar: retrouvée par le chef de quartier d’Ouenzé, elle a été hospitalisée et soignée.
Sa mère Simone a été contactée, elle s’est immédiatement rendue sur place.
Elle a fait les démarches nécessaires auprès du Consulat de France pour ramener sa fille en France où elle pourrait s’occuper d’elle décemment.
Mais le Consulat a refusé son visa à Ancis, au prétexte qu’elle avait désormais 19 ans.
Simone la mort dans l’âme a du rentrer à Paris d’où elle essaie de sensibiliser la délégation diplomatique pour sauver sa fille.
De son côté Emile Rives a rencontré Ancis plusieurs fois lorsqu’il était sur place: «au moins elle était protégée le temps de mes visites […] nous avons même appelé sa mère Simone avec mon portable, cela a déclenché une crise de larmes de part et d’autre la ligne, je ne le referai plus, c’était trop difficile émotionnellement !»
De retour en Ariège, il lance un appel vers l’ambassade du Congo et son ambassadeur qui n’est autre que Jean-François Valette, ancien préfet de l’Ariège (2007-2009): «il s’agit d’un cas particulier, c’est celui d’une mère qui veut récupérer son enfant handicapée pour la soigner et s’en occuper, sans quoi elle est condamnée à mourir […]
Au-delà d’un dossier administratif pour une demande de visa, il y a de l’humain et donc de l’humanité»
Ancis doit vivre cachée et se déplacer sans cesse pour ne pas être inquiétée… si bien qu’à ce jour on est incapable de la localiser.
Emile repart pour le Congo le week-end prochain où il se mettra sur la trace de la jeune fille. Il nous a promis de nous tenir au courant de ses recherches.
A ce jour nous n’avons pas pu joindre l’ambassade pour recueillir son point de vue.
| Pour en savoir plus sur les enfants sorciers du Congo Dans la croyance populaire, la sorcellerie est très présente. Depuis une vingtaine d’années, le foisonnement des églises fondamentalistes ajouté à la paupérisation grandissante des populations, à la dureté des conditions de vie et à la quasi permanence du climat de guerre, a considérablement accentué ce phénomène. Ces changements profonds dans la société congolaise, souvent dénoncés par les associations ont poussé la population à placer l’enfant au cœur de l’exclusion sociale. Si bien qu’aujourd’hui un enfant hors norme, malade ou tout simplement hyperactif est considéré «sorcier» et constitue une menace pour sa famille qui n’hésite pas à s’en débarrasser. Selon l’Unicef, 70% des milliers des gamins des rues au Congo-Kinshasa ont été chassés de leur famille parce qu’ils portaient le mauvais oeil. Depuis janvier 2011, grâce au travail souvent solitaire et acharné de structures civiles comme le Réseau des éducateurs des enfants et jeunes de la rue (Reejer), d'ONG comme Save the Children ou de l'Unicef, un tribunal chargé de faire respecter la Convention relative aux droits de l'enfants a été mis en place. Mais il reste encore beaucoup à faire pour ces enfants du Congo mais aussi dans d’autres pays d’Afrique Noire comme le Bénin, le Cameroun, le Nigéria, l’Angola ou le Togo où les enfants subissent malheureusement aussi des violences. Voir l’article de Rue 89 |
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