Malgré les propos rassurants de l’Inspection d’Académie, la rentrée 2011-2012 est plutôt tendue dans le département de l’Ariège où l’on annonce 14 classes en moins et la suppression de plusieurs dizaines de contrats aidés en primaire.
Si toutes les communes ont organisé leur rentrée dans les meilleures conditions, une atmosphère un peu spéciale régnait ce matin dans les établissements menacés de fermeture: le RPI de «St Martin d’Oydes-Villeneuve du Latou-Sainte Suzanne», l’école d’Esplas de Sérou, le RPI «Castelnau Durban-Rimont», l’école de Montferrier, ou au RPI «Aston-Les Cabannes»
Dans cette structure de haute Ariège, élus et population ont déjà engagé un bras de fer contre l’inspection d’Académie depuis le printemps (voir notre article du 1/04/11), date à laquelle on a commencé à évoquer de probables fermetures.
Cela n’a pas empêché ce matin l’inspecteur de circonscription de venir compter les effectifs et photocopier le cahier d’appel.
Sur les 106 inscrits, il n’en manquait qu’un mais les parents avaient pris soin d’envoyer un certificat médical.
Marc Robic qui enregistrait ce matin sa 12e rentrée aux Cabannes (sa 1ère en tant que directeur), est plutôt optimiste: «tant que cette 3e classe n’est pas fermée, on a de l’espoir»
Il faut dire qu’ils étaient nombreux ce matin à attendre l’inspecteur devant les grilles de l’école, entre les élus de la communauté de communes des vallées d’Ax et les parents d’élèves montés en collectif…
«Tout a fonctionné normalement, il n’y a pas eu d’occupation d’école, ni de prise d’otage mais les parents d’élèves ne se sont pas privés de dire leur mécontentement à l’inspecteur» explique une maman, qui avoue rester vigilante.
Même refrain à Saint Martin d’Oydes qui accueille les CE2, CM1 et CM2 (soit 24 élèves) du RPI où l’inspecteur est arrivé ce matin un peu avant la sonnerie de 9h avant de continuer sa tournée à Villeneuve de Latou (25 élèves de CP et CE1) puis à Ste Suzanne (19 élèves de maternelle).
Ici point de parents d’élèves, tous travaillent, mais les élus se sont mobilisés aux côtés de l’enseignante en poste depuis quinze ans.
Pour Bérengère de Smet, maire de St Martin, c’est avec un pincement au cœur que s’est déroulée cette rentrée: «elle s’est faite avec 3 classes, la 4e est en comptage et donc en sursis.
Déjà l’an passé les enfants du CP ont été rattachés à Villeneuve du Latou, cela nous a obligés à fermer une classe alors que nous avons réalisés des investissements dans ces locaux, déménagé la mairie pour laisser de la place à l’école.
Aujourd’hui c’est la 4e classe de notre RPI qui est menacée […] associées à ce RPI, il y a les communes d’Esplas, Sieuras, Durfort et Justignac, pourvoyeuses d’élèves.
Ici en milieu rural plus qu’ailleurs nous connaissons la signification que peut avoir une fermeture de classe, c’est à la clé la désertification du village»
Selon l’élue, «l’éducation nationale ne travaille pas dans le même sens que nous, elle regarde ses propres intérêts et est guidée par une logique comptable sans tenir compte des intérêts des enfants […] ici c’est l’avenir de nos enfants qui se joue»
Paul Franquine, élu depuis 1959 sur la commune de Ste Suzanne, connaît bien le problème.
Depuis 1982 il s’est battu pour réaliser ce RPI avec les autres communes puis pour monter un service de transport individuel autorisé par le Conseil général: «les enfants ne connaissent pas les quotas, tous doivent être égaux pour accéder à l’école de la République mais pour cela il faut que l’école tienne ses engagement de service public.
Je souhaite sauver ce RPI car l’école c’est la vie sur nos petites communes rurales»
Et selon lui il y aurait bien une solution, un rapprochement avec la commune de Saint Ybars, à quelques encablures de là, qui paradoxalement connaît des problèmes de sureffectif (34 enfants en maternelle) qui engendrent de lourds investissements:
«Nous sommes prêts à rencontrer les élus de ce village et les parents d’élèves pour leur faire des propositions, il est toujours temps de se mettre autour d’une table»
Roger Buffa, maire de Durfort, se souvient avec nostalgie de la fermeture de l’école de son village en 1982: «au fil du temps on a assisté à la mort du village, supprimer une école dans un village c’est s’attaquer aux fondations de la République.
Dans le cas qui nous rassemble aujourd’hui, supprimer une classe, c’est l’avenir du RPI qui est en jeu.
Avec mes collègues maires des autres villages nous sommes mobilisés […] Certes nous regrettons l’absence des parents d’élèves mais nous continuerons à défendre nos écoles»
Lui aussi est convaincu qu’un rapprochement avec St Ybars s’impose «au-delà des égos des hommes il en va de l’intérêt de nos enfants»
En attendant, tous restent suspendus aux résultats des comptages et aux décisions prises au cours du prochain conseil départemental de l’éducation nationale (CDEN).
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