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Profession «Médium» : un métier comme les autres?
27/07/2010 | 20:17
© MidiNews 2010

L'URSSAF les déclare en tant que «Conseils en relations humaines»

Mais ils (ou elles) sont en fait...médiums.

Et selon la très sérieuse définition du dictionnaire de l'Académie Française, un médium «se dit d'une personne qui passe pour servir d'intermédiaire entre les êtres vivants et ce qu'on appelle le monde des esprits»

Par des flashs, des images, des ressentis, Bérengère, Emma, et Patricia disent voir des bribes du passé, présent et futur de leurs clients venus interroger leur santé, leur vie professionnelle ou leur histoire de cœur.

Elles nous ont ouvert les portes de ce métier atypique et parfois décrié qu'elles exercent en Ariège.

Etre médium, est-ce une activité comme les autres?

Des enfants, un mari, une maison, un métier... Quand on rencontre ces trois femmes charmantes, à première vue, pas grand chose de différent avec nos banales vies de «moldus» (*)

Mais premier point commun entre ces trois professionnelles des arts divinatoires : elles ont un travail prenant, envahissant même.

Bérangère est la fille d'une mère médium et d'un père magnétiseur.

«Mon deuxième prénom c'est Lucrèce, et je suis née le jour d'Halloween !» s'amuse-t-elle pour détendre l'atmosphère.

La jeune femme ne croyait pas aux dons de voyance de sa mère, jusqu'à qu'un drame (la mort de son fiancé) vienne bouleverser son existence.

Pourtant, elle explique «j'ai toujours été en couple avec des personnes très rationnelles qui n'y croyaient pas du tout, ça m'aide à rester les pieds sur terre. Car c'est vrai qu'on peut vite décoller»

Ses 3 enfants sont eux aussi assez circonspects quant à l'activité de leur maman, dont ils parlent d'ailleurs pas ou peu à l'école.

Elle raconte, «une fois, ça a énormément surpris mon banquier, quand il a vu que je gagnais 8.000 euros bruts par mois, soit un peu plus de 4.000 euros de salaire net par mois, en étant Conseil en relations humaines! [...] Mais j'ai le sentiment qu'avoir sa voyante, ce n'est plus tabou comme avant, c'est comme avoir un psychologue»

Dans le cabinet feutré de Patricia, des jeux de cartes, une loupe pour mieux voir les photos apportées, et un pendule attendent les prochains clients.

Pour cette médium qui consulte en cabinet (et par téléphone) depuis 12 ans environ, ce don est une évidence pour les membres de sa famille.

«C'est vrai que mon mari au départ était très cartésien. Mais au final, je n'ai pas eu à la convaincre»

Pourtant pas question pour elle d'étaler au grand jour son activité, «je suis de nature discrète et je pense que la voyance est aussi une vraie forme d'humilité»

Elle décrit cela comme quelque chose qu'elle ne contrôle pas, «j'aimerais pouvoir fermer cette porte mais je ne le maitrise pas. Parfois, je me réveille la nuit en voyant des images. C'est vrai que parfois, c'est trés envahissant»

Bérengère elle, travaille par téléphone sur des réseaux, «j'ouvre une certaine porte et j'ai des flashs : je capte des images, je correspond avec un autre monde»

Quant à Emma, avant d'exercer son métier de médium, elle a travaillé à l'usine, fait des ménages, ou gardé des enfants.

Elle ne voulait pas accepter ce «don venu de sa mère» et sa nouvelle vie professionnelle autour de la voyance est récente.

Elle dit «communiquer avec l'au-delà grâce à une voix qui lui parle», une histoire qu'elle a d'ailleurs raconté dans un livre ( «Il était une fois», Emma Calvo, publié en 2010)

Qui vient consulter une ou un médium?

Rares sont ceux qui crient sur les toits qu'ils vont voir leur voyante, comme on irait chez le coiffeur ou au supermarché.

Emma se moque d'ailleurs de ces hommes qui «viennent à 10h du soir l'hiver et qui vont se garer à 3 kilomètres pour qu'on ne les reconnaissent pas.
Depuis le moyen-âge, les gens ont des préjugés...n'empêche qu'ils viennent quand même !
»

Quant au public en général, «je dirais qu'il y a plus de femmes que d'hommes, résume Bérengère, disons que les hommes viennent quand ils sont vraiment cassés en milles morceaux»

Mais il y a un même constat pour toutes les trois : la clientèle regroupe toutes les catégories sociales.

Emma a même de nombreuses visites de chefs d'entreprises et de gens «trés hauts placés [...] Ils viennent pour un recrutement, ou pour de très grosses opérations, pour savoir s'ils doivent faire un procès ou un investissement»

Pour Bérengère «c'est sûr que l'on sent que l'on a un pouvoir énorme sur les gens.

Il faut bien leur dire qu’on n’est pas là pour les coacher, ni pour jouer le rôle d'un psychologue, mais plutôt pour leur montrer toutes les cartes qu'ils ont en main à un moment donné
»

Y a-t-il des charlatans?

Quand on parle de «médium» (que l'on y croit ou pas), tout le monde aurait plutôt tendance à se méfier, tiraillé entre son côté rationnel, et une certaine attirance inavouée pour d'irrésistibles mystères ésotériques!

Et concernant d'éventuelles escroqueries, nos trois médiums sont d'accord sur une chose : la voyance ne s'apprend pas.
Selon eux, c'est un don, une évidence.

Impossible donc, en se dotant d'un bon jeu de cartes et d'un pendule de s'improviser «médium»

Oui, il y a des gens qui profitent de la fragilité d'autrui pour Emma, «mais il y a aussi des maçons qui ne finissent pas des chantiers, ou des notaires escrocs, c'est pareil !»

Pour Berengère, «il y a par exemple des charlatans qui profitent des autres en proposant des désenvoutements. Ils disent aux gens qu'ils ont le mauvais œil et qu'il faut qu'ils paient 1.000 ou 2.000 euros. Ce sont des bêtises !»

Elle ajoute, «un faux médium est quelqu'un qui vous demande de revenir tous les mois. Un bon médium n'a pas besoin d'aller chercher la clientèle»

Pour Patricia, «quand quelqu'un promet le retour de l'être aimé, ou la réussite à un examen, c'est faux. Il n'y a aucune poudre miracle pour résoudre un problème, nous ne sommes pas là pour ça»

Et d'ajouter, «la voyance, c'est bien mais avec modération.
Je pense que prendre les gens 2 ou 3 fois par mois, c'est entrer dans une forme d'addiction à laquelle il ne faut pas céder
»

Bérengère a d'ailleurs commencé a travaillé par téléphone pour cette raison, «quand j'avais un cabinet, les gens me harcelaient, ils appelaient ou venaient à n'importe quelle heure, je n'avais plus de contrôle»

Idem pour Patricia dont le téléphone ne cesse de sonner, avec des clients capables de rappeler des dizaines de fois sans cesser.

Selon Emma, «c'est vrai que parfois, c'est épuisant. Il faut donner, donner sans cesse. Et nous, on est un peu oublié derrière tout ça»

Ces témoignages concordent donc avec un certain risque d'addiction à la voyance.

On estime qu'un français sur dix s'adresserait régulièrement à un médium (cartomancien, astrologue, voyant), avec des consultations allant de 50 à 80 euros.

Et selon l'Institut National des Arts Divinatoires (Inad), 15 millions de consultations s'effectueraient chaque année, pratiquées par 100.000 personnes, dans une profession où il y a finalement assez peu de règlementation.

En effet, aucune formation, diplôme, agrément ou autorisation spécifique ne sont nécessaires pour pratiquer la voyance.

*Pour ceux qui n'auraient pas lu Harry Potter, les «moldus» sont ceux qui ne disposent pas de pouvoirs magiques.

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auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 27/07/2010 | 20:17 | Lu: 15333 fois