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Histoire de Pamiers: Casimir et Germaine Céréza, des personnages hors du commun (3ème partie)

Pendant l’été 1945, les Céréza, enfin réunis, font le tour de la famille: frères, sœurs, cousins.

«Un certain nombre m’étaient jusque là inconnus raconte Jacky. Certains disent à mes parents «c’est le moment de penser à donner un petit frère ou une petite sœur à Jacky»… Papa répond «non après tout ce que j’ai vécu, je ne suis pas sûr d’avoir un enfant sain !» Nous recevons aussi beaucoup de visites… les amis se retrouvent, se racontent…»

Commence alors une décennie travailleuse et joyeuse où chacun semble avide d’échanges, de partages. Dès qu’il fait bon, les chaises s’installent devant les portes. Les adultes discutent, plaisantent, les enfants jouent avec entrain.

Chaque quartier organise sa fête, son bal: les marches, les pasos tournent parfois en farandoles ondulantes, les valses tourbillonnent. Pour le plaisir des adultes, il ne manque pas le moment du quadrille traditionnel et pour les plus jeunes les tendres slows ne sont pas oubliés.

Dans le quartier de Loumet, «les Cussous» animés par les frères Cerny et leurs amis construisent des chars, leurs compagnes fabriquent des costumes et les résultats sont splendides.

Ces fêtes resteront d’ailleurs dans les annales de l’histoire de Pamiers et resteront à jamais égalées.

Le quartier de Lestang, animé par les Avenard, Cazaruc, Pujol… avec la même ardeur et la même réussite confectionne les siens: les thèmes varient allant des palais des sultans (Loumet) aux derniers jours de Pompéi (Lestang), Pamiers n’a rien à envier au carnaval de Nice.

L’ambiance et la beauté sont au rendez-vous.

«À la rentrée, en octobre 1945, nous prenons tous les trois le chemin de l’école de Loumet. La vaillante reprend aussi, rue du four Ste Hélène.

Les semaines sont bien remplies, après les journées de classe. Pour Papa, lundi et jeudi de 17 h à 19 h les pupilles garçons, le mardi et vendredi après souper les adultes, le mercredi l’entraînement du basket en nocturne à Milliane, le dimanche après-midi les matches.

Maman entraîne les filles, les mardi et vendredi de 17 h à 19 h et à partir de 1950 les adultes féminines le mercredi de 17 h à 19 h et le dimanche matin de 10 h à midi ; papa vient aussi pour les agrès. Le samedi soir c’est la sortie familiale au cinéma que nous savourons tous les trois.

Quelquefois une opérette de Francis Lopez vient enthousiasmer le public du théâtre municipal. J’adore ces spectacles et ces belles voix.

Souvent nos discussions tournent autour des projets de fêtes, concours, ballets à créer, tissus à commander chez «Lamarche» pour les costumes. Les patrons et la coupe sont faits par Germaine et cousus par des mamans aidantes qui possèdent une machine à coudre
».

En avril 1949, après fêtes, cartes de membres honoraires pour les commerçants appaméens qui soutenaient de leurs dons les activités sportives pour améliorer la trésorerie du club, la Vaillante va honorer la ville en participant au concours de Casablanca. Une aventure inoubliable pour tous ceux qui ont eu la chance d’y participer.

«L’usine nous prête un camion bâché et des bancs. Ainsi transportés nous atteignons Port — Vendres au lever du jour se souvient Jacky. C’est la première fois que je vois la mer. Monsieur le Maire de Pamiers, Jean Richou, est parmi nous, ainsi que des membres du bureau, chacun des non-gymnastes ayant payé son voyage!

Nous embarquons sur le bateau «El Mansour» pour 24 h de traversée qui deviennent 26h, la mer étant agitée.

Arrivés à Oran, un train tout en bois où nous découvrons les habitants en djellabas immaculées, accompagnés de leur chèvre ou leur volaille, nous amène jusqu’à Oujda (frontière entre l’Algérie et le Maroc) puis à Casablanca où nous sommes logés (ce sont les vacances scolaires), dans l’internat d’un grand Collège récemment construit.

Nous découvrons une ville moderne, aux larges avenues bordées de palmiers. Nous avons le plaisir et l’honneur de rencontrer, dans son café-bar «Marcel Cerdan» champion du monde (poids moyens) de boxe.

Il est là, souriant, essuyant un verre derrière le comptoir… un moment de silence, puis nous nous avançons, il nous serre la main simplement… je ne sais s’il y a eu des mots échangés… l’instant était extraordinaire!

Quand son avion s’est écrasé aux Açores en septembre, nous étions très émus
».

Les gymnastes font honneur à leur nom en obtenant un prix, et, après le concours un peu de tourisme leur permet de découvrir les villes impériales, Rabat, Meknès et Fez…
 
À cette époque, règne au sein du club comme dans toutes les associations locales un esprit d’entraide et de nombreux liens d’amitié se tissent, bien solidement. Il n’est pas rare que chacun se donne la main. C’est une grande famille…

«Lors d’entrainements pour les concours, René Coussy vient aider mon père ou le remplace lorsqu’il a une angine ou qu’il subit une opération.

L’amitié entre nos familles se renforce, on parle entre nous de René et Guitou, tout simplement. René anime les séances d’un langage musclé, accompagné de son regard bleu rempli de détermination. Son ardeur est communicative
».

Chaque été, Casimir et Germaine Céréza consacrent un mois à une colonie de vacances. Ce sera d’abord Las Parets, puis le col des Marous.

«Avec ses amis Hennin et Marfaing, qui sera un temps conseiller municipal, mon père encadrera les jeunes du centre d’apprentissage pour de grandes randonnées en montagne depuis Goulier.

J’aurais, en les accompagnant, le plaisir de découvrir à 12 ans, le lac d’Izourt (nous l’avons refait avec mon mari, pour le souvenir et la beauté du site 60 ans après)
».

Ayant le diplôme de surveillant de baignade (maitre nageur sauveteur) lors de sa participation à l’encadrement de la colonie de Castillon-Tarnos dirigée par Mr Portet «Bebert pour ses amis Casé surveille les baignades au Vieux Boucau ou à Ondres. C’est ainsi qu’il sauvera deux personnes de la noyade».

Si son métier restait l’éducation physique et sportive, Casimir s’intéressait également et cela faisait partie de son empathie à l’égard de ses élèves sportifs, au corps humain. Il avait beaucoup «potassé» toutes sortes d’écrits sur l’action du mouvement sur le corps humain et les résultats des expériences menées.

«Il faisait des séances de gymnastique corrective pour les enfants qui avaient des problèmes de maintien (déviations de la colonne vertébrale ou certaines malformations) pour lesquelles les médecins demandaient sa participation. Il obtiendra, à la création de la spécialité, le diplôme de Masseur Kinésithérapeute».

L’association continue à se développer avec les moyens dont elle dispose. L’année 1950-51, la section adulte féminine de la Vaillante s’organise avec des agrès de fortune, en attendant la livraison des vrais agrès de compétition. La saison suivante arrivent enfin les poutres et barres asymétriques.

Les gymnastes commencent à figurer en bonne place dans les concours, que ce soit en régional ou en UFOLEP ou en national. Ils participent avec une section de 12.

«Les adultes masculins forment un groupe de main à main, «les Frédélas» (nom historique de notre ville). Alors inspirées par eux et encouragées par mon père, Simone Anouilh, Simone Déjean et moi, nous créons notre trio de main à main féminin avec porters agrémentés de déplacements rythmiques.

Nous nous régalons et nous obtenons des récompenses dans les «productions spéciales» dont une jolie coupe en Juin 1955 à Evian.

Des noms de concours défilent en désordre dans mes souvenirs Riom, Autun, Castres, Nantes, Reims, Thiers, Montpellier avec une mention particulière pour Evian  avec la découverte de Lausanne et du lac Léman. Que de beaux souvenirs grâce au sport !
»

Cette pendant cette décennie que la famille Céréza déménage rue Lakanal. La maison est toujours pleine de monde «Il y a souvent des visites à la maison, Papa dit à ses sportifs quand il les voit peiner «Tu passeras à la maison je te masserai». Mon père aime rendre service à ses amis.

Il va au foulon couper du bois avec ses amis Cerny, il donne un coup de main à Jeannot Courtois qui refait ses peintures et tapisseries. Lorsque Raymond Fernandez, «Ramounet» à la  suite d’une grave intoxication provoquée par certains produits à son travail, fait des séjours d’observations ou soins à Purpan, papa lui rend visite.

Un jour il nous dit «je vais à Sarreguemines, Raymond Avenard a un chargement urgent à aller chercher. Comme je le connais, il va faire l’aller-retour sans se reposer, c’est risqué, si je l’accompagne, pendant que je conduirai il se reposera un peu (papa a les permis moto, auto et poids lourds)».

En septembre 1961, au retour de 28 mois de service militaire, Jacky et son mari sont nommés en ile de France. Désormais les vacances seront avant tout réservées aux ‘regroupements familiaux’ surtout lorsque les petits enfants seront nés, dans le sud aux beaux jours dans le nord à Noël

En 1968, Casimir Céréza, souffrant d’une coxarthrose qui devient invalidante, demande sa retraite. Germaine en fait de même. Ils font quelques sorties. Mais malgré une cure, la souffrance et la gêne s’accentuent de plus en plus.

«Aux vacances de Noël 1969, voyant qu’il avait dû s’arrêter en allant chercher les enfants à la sortie de l’école, tant la marche lui était douloureuse, papa nous dit «j’ai rendez-vous à Toulouse avec un professeur pour s’occuper de mon problème».

En 1970, Casé est opéré dans une clinique toulousaine pour implanter une prothèse de «hanche»… les mesures pour la prothèse ont été mal prises… nouvelles mensurations, nouvelle prothèse, nouvelle intervention chirurgicale (3 en 15 jours).

Le 4 mai après un grand branlebas dans les couloirs un médecin vient rendre l’alliance de mon père à ma mère… Chez moi le téléphone sonne: «Maman? … comment va papa ? — pas bien — que disent les docteurs ? — pas grand-chose — mais ça va progresser ? – Non… ton père est décédé… c’est fini… Je te rappellerai plus tard, prends soin des petits, je t’embrasse».

Je suis Ko debout. Mon fils est là «Qui c’était ? — mamy —, mais pourquoi tu pleures maman — Je n’ai plus de Papa» on se blottit l’un contre l’autre et l’on décide qu’on est grand et courageux et qu’on en parlera aux petites sœurs plus tard avec le papa.

Maman ne me mettra au courant de tous ces faits qu’aux vacances d’été lorsque nous pourrons parler plus longuement. Je suis révoltée de cette erreur qui terrasse mon père à 65 ans… mais aucune action ne nous le rendra !
»

René Coussy, Maurice Blazy, Pierrot Doumenc prennent le relais des cours à la vaillante pendant quelques années, avec Marie-Claire, Andrée, Reine. Robert Déjean seconde efficacement le Président Saint Paul pour que cette belle société perdure, puis le remplace avec dévouement. Germaine continuera à l’animation jusqu’en 1974. La Vaillante est entre de bonnes mains.

«Maman m’a parlé aussi des frères Simon que je n’ai pas connus et souvent de Christian Bernard, actuel président. Elle semblait bien apprécier ses qualités de gymnaste, d’animateur et son contact humain. Je l’ai aperçu, mais je n’ai pas le plaisir de le connaître.

Par contre j’ai eu la chance de rencontrer Jean Noël Montpellier, son épouse et Valentin dont les résultats me réjouissent. Ils ont toute ma confiance et ma sympathie. Ma petite maman, a continué la route seule.

Nous l’avons encouragée à voyager, à faire du sport pour son bien-être et son plaisir. Nous venions la voir aux vacances et nous lui demandions de venir près de nous les mois d’hiver, mais s’il y avait un évènement prévu pour la Vaillante, il fallait attendre sa venue
».

Ses petits enfants ont tous goûté à la gymnastique, Thierry 2 ans, Sylvie a été Championne des Yvelines par équipe (leur professeur ayant été muté la section s’est éteinte) Hélène a fait du basket. Mamy les a connus jeunes adultes, pas assez longtemps pour voir la nouvelle génération: Elodie, Marion, Amandine.

«Après, un Noël joyeux parmi les siens, sa santé s’est rapidement dégradée, elle n’arrivait plus à se nourrir. Elle s’est éteinte près de nous le 13 février 1989’

Lorsque l’on demande à Jacqueline Céréza Lequeux de présenter ses parents en quelques lignes, c’est spontanément qu’elle livre ces mots non sans une certaine émotion: mon père était quelqu’un d’enthousiaste, il avait le don de soi, le respect d’autrui, l’amour et la culture du sport. Sa devise était: être fort pour être utile.

Ma mère était perfectionniste, exigeante envers elle-même. Ils disaient tous deux ‘si tu veux faire faire quelque chose à quelqu’un passe devant, montre l’exemple’. Elle a fait sa place dans un monde d’hommes, exigeant le respect de la femme qu’elle était.

Ayant adopté la jupe plissée qui lui permettait de se mouvoir aisément tout en restant féminine, elle était coquette, portant du rouge à lèvres, un peu de rose sur les joues et un léger maquillage aux yeux
».

Voilà un petit bout de l’histoire de Casimir et Germaine Céréza. Un récit sans prétention, si ce n’est de raconter Casé et Germaine dans leur vie de tous les jours, deux êtres passionnés, dévoués corps et âme aux leurs et au sport.

Une passion qu’ils ont su transmettre à un grand nombre d’Appaméens et bien sûr à leur fille. Des personnes illustres qui appartiennent et qui appartiendront toujours à l’histoire de la ville de Pamiers.

C’est aussi l’histoire de deux parents aimants et chaleureux qu’a eu la chance d’avoir Jacqueline, toujours impressionnée et fière d’eux, encore aujourd’hui. Et cela se voit dans ses yeux.

«Mes parents n’étaient pas que moniteurs de sports, ils étaient des personnes extraordinaires».

Oui, connus et reconnus, ils ont beaucoup donné et les personnes qui les ont côtoyés ont énormément reçu.

Ils font partie des livres d’histoires de Pamiers et ils restent dans le cœur de ceux qui les ont aimés.

PR | 04/02/2015 - 19:00 | Lu: 18042 fois