A l’époque de son père, ils étaient encore une dizaine d’agriculteurs sur le village, aujourd’hui Thierry Barbat est le dernier éleveur de Montségur, petit village à 920m d’altitude, davantage réputé pour son château cathare que pour son agriculture extensive.
Avec un troupeau d’une cinquantaine de gasconnes, des parcelles non mécanisables dispersées sur toute la commune, il faut vraiment être attaché à son terroir et aimer son métier pour poursuivre cette activité en zone de haute montagne.
Après des études au lycée agricole de Pamiers, Thierry s’installe en 1995 et reprend l’exploitation familiale qu’il fait évoluer: «il n’y a pas si longtemps, les stabulations étaient encore dans le village que le troupeau traversait deux fois par jour, cela ajoutait du pittoresque aux lieux»
Il y a trois ans, le jeune agriculteur réalise la construction d’un bâtiment de 1200m2 à l’extérieur du village, en suivant un cahier des charges précis imposé par l’architecte des Bâtiments de France car Montségur est, au-delà du site historique, un site touristique prestigieux.
«On ne peut pas faire n’importe quoi ici en matière de construction mais c’est pour moi un investissement lourd qu’il faudra amortir»
Thierry travaille seul sur son exploitation et s’il rencontre un problème, impossible de faire appel à la solidarité des voisins, pas un seul agriculteur dans un rayon de cinq kilomètres.
«C’est dur, ça ne paie pas vraiment et pourtant je ne pourrais pas faire autre chose» avoue-t-il au détour de la conversation.
Malgré le soleil printanier, la neige n’arrive pas à fondre et les bêtes devront attendre la dernière quinzaine d’avril avant de retrouver le chemin du pacage.
Car ici les terres sont rares, difficilement accessibles et exclusivement destinées à l’alimentation du bétail.
«Le problème de l’agriculture de montagne, c’est le manque de foncier et le morcellement des parcelles, argumente l’éleveur.
Ici à Montségur, nous détenons le record de morcellement de l’Ariège […] la solution serait de monter une association foncière pastorale (AFP) mais malheureusement personne ne veut en entendre parler»
Pourtant notre éleveur est conscient du travail d’entretien du paysage qu’il réalise en faisant pacager ses bêtes: «l’agriculture de montagne a un rôle déterminant dans l’entretien de l’espace paysager et la conservation d’un patrimoine culturel et de terroir […]
Les éleveurs devraient être déclarés d’intérêt public», ajoute-t-il sur le ton de la plaisanterie.
Au départ, Thierry était uniquement naisseur mais il s’est rapidement orienté vers l’engraissement et aujourd’hui toute sa production est écoulée en circuit court, en vente directe.
Pour lui, à l’approche de 2013 et de la réforme de la PAC, l’avenir semble incertain, d’autant qu’aujourd’hui 50 à 70% de ses revenus sont constitués d’aides (l’indemnisation compensatoire du handicap naturel ou ICHN en fonction de la surface de l’exploitation, prime à la vache allaitante, prime à l’abattage, prime agro-environnementale…).
Début juin, avec les beaux jours, notre éleveur montera ses bêtes à l’estive, toujours sur la commune de Montségur mais à 1600 mètres d’altitude entre le Mt Barthélémy et le Mt La Frau.
Augustin Douillet, chargé de mission à l’Association des Chambres d’Agriculture des Pyrénées (ACAP), mène depuis deux ans une réflexion sur l’agriculture de la chaîne: «notre mission est de défendre les enjeux spécifiques des territoires, les activités agricoles et pastorales des montagnes pyrénéennes […]
Les productions sont de qualité mais souvent elles ne sont pas assez valorisées. Il faut faire connaître la spécificité de ces produits auprès des consommateurs […]
La défense de ces modes de production passe par la rémunération des externalités positives de ces produits (paysages, biodiversité) qui ne sont pas directement rémunérées par le marché traditionnel mais qui doivent être prises en charge par les politiques publiques […]
Des dispositifs de soutien existent, il faut les faire connaître mais actuellement nous travaillons pour l’après 2013»
La montagne constitue certes un handicap naturel, mais il y a encore des hommes pour le compenser et concilier qualité environnementale et viabilité des exploitations.
La mission de l’ACAP est de fédérer les initiatives des chambres d’agriculture et d’exercer une action de lobbying en faveur de l’agriculture du massif et du pastoralisme.
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