Marc Colombani: «Tata contre Tina: Un combat essentiel»
17/03/2010 | 17:39
Autant, je ne cache pas mon affection pour Tina (lorsqu'il s'agit de musique, je pense bien sûr à Tina Turner), autant en économie, j'ai toujours préféré Tata.

De quoi parlons-nous?
Vous le savez, les anglicismes sont partout. Tina signifie «there is no alternative» (il n'y a pas d'alternative) alors que Tata signifie «there is thousand of alternative» (il y a des milliers d'alternative).

Chercher la vérité et la dire, disait Jaurès. C'est ce que Tina essaye d'empêcher, de combattre et, force est de constater qu'elle y réussit au-delà de toute espérance.

Rappelez-vous, depuis plus de 20 ans maintenant, le champ économique a été laissé au financier et, à chaque fois que nous suggérions des pistes de ré-appropriation, au profit de l'humain, la réponse était invariablement la même: «nous ne pouvons rien faire [...] vous comprenez tout est mondialisé [...] si nous intervenons ici, ils le feront là-bas»

Le résultat est dramatique: une désindustrialisation de notre pays comme d'ailleurs dans d'autres pays européens (tels l'Angleterre, l'Espagne).

La récente crise financière apporte, à son insu, un possible sursaut tant elle a accentué les impacts sociaux.

Elle permet la mise en évidence de ce que les gouvernements européens ne voulaient pas voir, c'est-à-dire le fait que nous sommes interdépendants et que seuls les Etats, mais aussi voire surtout les citoyens sont à même de réagir.

La limite du tout financier se situant dans l'immédiateté du résultat, le système actuel ne peut ni ne pourra jamais se réguler par lui même.

Le fonctionnement du marché ne peut «marcher» que dans une certaine limite.

Dès lors, la vérité criante, désespérante apparaît et ne peut plus être occultée par le crédit à la consommation assis sur un taux de chômage «acceptable»

Nous sommes condamnés à réagir. Que faire? C'est ici que Tata intervient.

Il faut chercher, proposer des solutions qui partent du plus prés de la réalité du terrain et, d'autre part, des actions d'ampleur nationale voire européenne.

Et surtout ne pas attendre de voir si tous les schémas sont adoptés par tous; Tata doit primer sur Tina.

Pour ce faire, analysons la situation de façon détaillée? Qu'observons-nous?

Les pays de l'OCDE et, notamment le nôtre, ont bénéficié d'un développement technologique continu depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ce qui nous permet, aujourd'hui, en France de revendiquer l'un des meilleurs taux de productivité au monde.

Cet état de fait qui est positif, entraîne néanmoins une conséquence structurelle forte: dans un système économique ouvert, que l'économie soit régulée ou pas, la pérennité de l'activité n'est pas sécurisée dans le temps.

Cela est dû essentiellement au trop fort taux de dépendance de l'économie par rapport à la sphère financière car seule la finance est réellement en système ouvert mondialement.

Lorsque le ralentissement, la cessation d'activité surviennent, la réaction des acteurs est toujours la même, à savoir dans l'ordre suivant:

1° Pour les grandes sociétés: négociation des conditions sociales (PSE, conditions spécifiques), pour les petites structures au mieux application de la loi et des conventions de branche.

2° En fonction du rapport de force, des mobilisations locales, des appuis médiatiques: mise en place de structures de reclassement qui mobilisent des fonds publics et privés (uniquement lorsque de grands groupes sont concernés), destinés à aider au reclassement des personnels et à faire émerger de nouvelles activités de substitution (notons l'incongruité d'une telle démarche: en effet, le plein emploi n'existant pas, nous sommes en droit de nous demander pourquoi ces activités de «remplacement» n'avaient pas été créées préalablement?).

Ce schéma permet au mieux de fonctionner en amortisseur social, mais n'a jamais permis de remplacer les destructions observées (cf. sidérurgie, aluminium, textile, mines, l'exemple des charbonnages de France à Albi-Carmaux est à ce titre révélateur malgré les fonds permanents mobilisés depuis la cessation d'activité, nous n'avons récupéré que 20 à 30% du potentiel d'emplois détruits).

De toute évidence, ce schéma n'est pas adapté car il intervient à posteriori d'une situation qui, par essence, traduit une disparition d'activité.
En conséquence, il apparaît clairement qu'il faut intervenir en amont et en permanence sur le système économique.

C'est la condition pour anticiper les évolutions, apporter les corrections, définir les orientations qui permettent d'éviter au maximum les disparitions prévisibles ou brutales.

Dans le système actuel, un tel dispositif ne peut être que financier. C'est le seul qui permet un vrai droit de regard sur l'économie et sa gouvernance.

L'une des solutions est la création de fonds permanents d'intervention économique, basés sur le principe mixte public-privé.

Ces fonds d'ancrage territoriaux, dont les périmètres se devront d'être départementaux, pour se consolider dans un second temps au niveau régional, seront l'outil fédérateur pour une nécessaire gouvernance en continu.

Ils permettront une gouvernance partagée entre tous les acteurs concernés par l'économie: les acteurs économiques et les politiques, indirectement les citoyens.

En régime opérationnel, ils seront mobilisables:
- pour maintenir ou développer toute entreprise présente sur le territoire concerné;
- pour soutenir toute action de recherche;
- pour soutenir la prospective, la veille technologique et les évolutions sociétales et commerciales.

A l'heure où la BCE prête à 1% aux banques centrales et où celles-ci proposent à la Grèce des prêts à 6%!

A l'heure où les 40 plus grandes sociétés françaises ont dégagé pour 2009 47,3 milliards d'€ de bénéfices, dont 11 milliards proviennent de 6 sociétés financières (qui elles ont quadruplé leurs bénéfices en 2009) les analystes financiers basés sur ces éléments, faisant fi de la montée du chômage dans les pays développés, prévoient, sans état d'âme, une forte augmentation des bénéfices sur l'année en cours en pariant sur les pays émergents.

Il serait suicidaire de ne pas réagir face à une situation globale où continue de régner la préoccupation de croissance financière permanente en lieu et place d'un développement harmonieux et raisonné.

Nous en avons tous les moyens, c'est à cela que je vous invite.

Nous avons des milliers d'alternatives, merci Tata.

Par email, Marc Colombani, Président de l'ADEC (Association pour le Développement d'une Economie Citoyenne)
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publié le: 17/03/2010 | 17:39 | Lu: 4440 fois