Douze pompiers de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), accusés de viol par un engagé et de violences par un autre militaire, devaient être présentés vendredi à un juge d'instruction pour être mis en examen, le parquet demandant l'incarcération de trois d'entre eux.
L'affaire qui secoue ce prestigieux corps de militaires plébiscités par le public, s'est déroulée dimanche 6 mai dans l'autocar qui ramenait de Colmar, après une compétition, l'équipe spéciale de 33 gymnastes de la BSPP, qui participe fréquemment à des démonstrations sportives.
Un jeune engagé a déposé plainte pour viol, accusant un de ses collègues de l'avoir violé avec une bouteille après une séance de bizutage qui aurait mal tourné devant d'autres pompiers, dont un officier. Cette scène a été filmée par un téléphone portable.
Un autre pompier a porté plainte pour des coups qu'il aurait subis dans le même bus.
A la suite de ces accusations, treize pompiers ont été placés en garde à vue mercredi et douze d'entre eux déférés vendredi au parquet de Paris, le treizième étant relâché, selon une source judiciaire.
Le parquet a ouvert une information judiciaire pour viol en réunion, violences volontaires aggravées et non empêchement d'un crime ou d'un délit et les pompiers devaient être présentés dans la journée à un juge d'instruction qui décidera de leur éventuelle mise en examen.
L'avocat de deux engagés ayant porté plainte a appelé d'éventuelles autres victimes à "briser la loi du silence".
"J'invite tous les pompiers - et je sais qu'il y en a - qui ont subi les mêmes agissements, les mêmes barbaries, les mêmes violences à se manifester", a dit Me Nicolas Cellupica.
"Le bizutage, le rituel, la tradition ne sont pas une excuse. J'invite donc ces victimes à faire comme ces deux jeunes sapeurs-pompiers, à briser la loi du silence", a-t-il ajouté.
Ces deux pompiers ont décidé de renoncer à leur carrière chez les sapeurs-pompiers de Paris. Ils "ont mis fin à leur rêve de toute une vie", a-t-il déclaré.
Les deux victimes "sont encore en état de choc. Elles sont aujourd'hui retournées dans leur famille pour se reposer loin de Paris. Elles vont faire l'objet d'un suivi psychologique", a dit Me Cellupica.
Concernant l'enquête, le placement en détention a été requis pour un pompier en raison de son rôle actif pour le viol présumé et pour deux autres ayant joué un rôle supposé prépondérant dans les violences.
Pour les neuf autres, le parquet demande leur mise à disposition aux autorités militaires, le statut de militaire ne prévoyant pas de possibilité de contrôle judiciaire.
Quatre pompiers sont visés par le chef de viol en réunion tandis que les violences volontaires commises sur l'un des engagés pourraient être retenues contre neuf des pompiers. Pour les violences subies par l'autre plaignant, six pompiers sont visés.
Le capitaine de la compagnie et l'entraîneur risquent de leur côté une mise en examen pour non empêchement d'un crime ou délit.
Dans leurs premières déclarations au juge, les gardés à vue ont invoqué une "tradition" pour expliquer ces faits, certains reconnaissant cependant avoir participé activement aux violences, avait expliqué jeudi une source judiciaire.
S'agissant des accusations de viol, ils nient les faits et affirment qu'il n'y a eu aucune pénétration, invoquant un "viol simulé". Ces violences auraient été perpétrées "dans l'ambiance du moment, dans l'ambiance confinée de ce car", avait expliqué une source proche du dossier.
Une enquête interne, menée par la hiérarchie de la BSPP, est par ailleurs en cours.
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