La Fédération française de football (FFF) a interdit vendredi à ses propres licenciées le port du voile autorisé la veille par la Fédération internationale (Fifa), une décision qui avait nourri le malaise entourant la question sensible de la laïcité en France.
"En ce qui concerne la participation des sélections nationales françaises dans des compétitions internationales, ainsi que l'organisation des compétitions nationales, la FFF rappelle son souci de respecter les principes constitutionnels et législatifs de laïcité qui prévalent dans notre pays. Dans ces conditions, elle n'autorise pas les joueuses à porter le voile", a réagi la FFF au lendemain de l'annonce de la Fifa.
Jeudi, la Fifa avait écarté les réserves sur la santé des pratiquants pour autoriser finalement le port du voile, les modalités d'application, comme la couleur ou le design, de cette mesure adoptée à l'unanimité restant à débattre en octobre à Glasgow lors d'une réunion du Board.
"Je pense que la décision de la FFF n'est pas contraire à ce que disent l'International Board et la Fifa et qu'elle est en corrélation avec les principes du droit français", a estimé le juriste Jean-Pierre Karaquillo, membre du Tribunal arbitral du sport.
"Maintenant, il va falloir formaliser l'autorisation du Board dans le cadre des règlements Fifa et voir de quelle marge de manoeuvre disposeront les Fédérations nationales pour les appliquer. Pour moi, la FFF prend les devants", juge son confrère Jean-Michel Marmayou, dubitatif en revanche sur la valeur juridique du motif invoqué par la FFF - la laïcité.
L'autorisation du port du voile avait été demandée par la Confédération asiatique (AFC) et le Prince Ali Bin al Hussein de Jordanie, un des six vice-présidents de la Fifa, et conditionnée au "résultat d'un examen accéléré de toutes les questions liées, notamment sur le plan de la santé et de la sécurité".
Cette décision doit désormais permettre la pratique du football à toutes les femmes, ce qui n'était jusque-là pas le cas en raison de restrictions religieuses visant certaines communautés, selon la Fifa.
Célébrée unanimement et logiquement dans le monde musulman, et particulièrement dans les pays du Golfe, cette annonce a en revanche fait grincer des dents en France, un pays où le sujet de la laïcité et celui de son expression restent sensibles.
"Ni Putes Ni Soumises s'indigne de cette décision qui transforme les femmes en objets", a ainsi déclaré à l'AFP la présidente de l'association, Asma Guénifi, dénonçant "une régression, une trahison des valeurs universelles et une violation de la charte de la Fifa".
La droite française s'est aussi insurgée contre cette autorisation. "Le risque est que cette mesure s'étende à tous les sports, professionnel comme amateur, et demain au sport à l'école", a ainsi jugé le député UMP Gérald Darmanin, estimant qu'elle était "contraire au principe de laïcité, si cher à notre démocratie".
Le FN a lui souligné "l'irresponsabilité" de la Fifa et craint désormais que cela "ouvre la voie à toute sorte d'exigences que ne manqueront pas de porter les islamistes radicaux".
A gauche, si Matignon n'a pas souhaité réagir, les services juridiques du ministère des Sports et celui de l'Intérieur ont collaboré toute la journée avec la FFF pour déterminer la meilleure expression possible.
Interrogée par l'AFP sur la prise de position de la FFF, la Fifa s'est refusée officiellement à tout commentaire.
Des sources proches de la Fifa, par ailleurs sourcilleuse quant aux manifestations d'ordre politiques, commerciales ou religieuses dans les stades, soulignent que les motivations à l'origine de cette autorisation ont toujours été culturelles et non religieuses.
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