Le tribunal de commerce de Quimper a mis vendredi soir en délibéré à mercredi prochain, le 1er août, sa décision sur le devenir du groupe volailler Doux, à l'issue d'une longue journée d'audience qui a mis en évidence la complexité du dossier et l'inquiétude des salariés, éleveurs et élus.
Réuni depuis 9H00 du matin, le tribunal a entendu les différentes parties et examiné la quinzaine d'offres de reprise, particulièrement celle qui regroupe plusieurs repreneurs dans le consortium Sofiprotéol, et la proposition de continuation de l'activité émanant de son dirigeant actuel, Charles Doux, sous le contrôle de la banque britannique Barclays.
"Les offres sont-elles justes. Rendent-elles compte de ce qu'est le groupe Doux, les inquiétudes des salariés et des créanciers?" a interrogé le procureur de la République Eric Tufféry, concluant qu'"il était prématuré, en l'état, de répondre à toutes ces questions".
Le procureur, qui s'est déclaré "déçu" par le faible montant des offres, ému par le volet social, "pas un massacre mais des morts", a dénoncé dans son réquisitoire "la braderie permanente" inhérente aux cessions et la "condamnation des créanciers" du groupe Doux, notamment les éleveurs et les transporteurs.
Il s'est interrogé sur l'indissociabilité des offres, exigée par les repreneurs et qui a mobilisé les débats une bonne partie de la journée. Il s'est étonné de constater que, dans ce dossier particulièrement complexe, même "les administrateurs judiciaires ont du mal à se positionner".
En fin de journée, le ton a monté entre les avocats du consortium Sofiprotéol, repreneur d'une partie du groupe Doux, et les avocats du groupe volailler qui défendaient un plan de continuation avancé par leur client, le PDG Charles Doux.
"Une bonne affaire"
Cette cession, "c'est l'occasion de faire une bonne affaire. Mais cette offre (de Sofiprotéol) n'est pas normale, elle ne laisse pas sa chance au plan de continuation (...) On n'a cherché qu'à descendre le plan de continuation, ce n'est pas loyal", a accusé Me Maurice Lantourne, avocat du groupe Doux.
"Nous ne sommes pas les accusés, ni les débiteurs. Ce passif (du groupe Doux, estimé à 430 millions d'euros) n'est pas le nôtre. Nous ne sommes pas dans une opération de sabotage de l'intégrité du groupe Doux qui préfère donner les clés à la Barclays", a répondu Me Guilhem Bremond, défendeur du projet de reprise de Sofiprotéol.
"Il n'y a aucune décision de prise aujourd'hui, mais on a l'impression que c'est le consortium (Sofiprotéol) qui a été jugé. En tous cas, ce n'est pas aux salariés de payer", a affirmé la déléguée centrale syndicale FO, Nadine Hourmant, à la sortie de la salle.
Des milliers d'emplois sont en jeu: 3.400 salariés chez Doux, quelque 800 éleveurs, 2.000 personnes employées par des sociétés de transport travaillant pour le groupe, sans compter les très nombreux sous-traitants.
Dans la matinée, un millier de personnes -salariés, aviculteurs et élus- s'étaient rassemblés pour exprimer leur inquiétude. "Nous ne voulons plus être les dindons de la farce", pouvait-on lire sur une banderole.
"Ce dossier-là, pour la Bretagne, c'est l'équivalent de la sidérurgie pour le Nord-Pas de Calais il y a une quinzaine d'années", a affirmé le député PS de Quimper, Jean-Jacques Urvoas.
Sur la quinzaine d'offres déposées, deux options se détachent. La première émane du consortium Sofiprotéol -l'établissement financier de la filière huiles et protéines végétales- regroupant différents acteurs français du secteur volailler, privés et coopératives: Glon Sanders (filiale de Sofiprotéol), Duc, LDC, Terrena, Tilly-Sabco et Triskalia, dont certains ont également fait des offres individuelles.
La seconde option est présentée par l'actuel PDG, Charles Doux, qui propose un plan de continuation en vue de poursuivre la période d'observation, avant la présentation d'un plan global de relance du groupe.
Dans ce plan, la banque britannique Barclays deviendrait majoritaire dans le capital du groupe, jusqu'à présent contrôlé à 80% par la famille Doux.
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