Quinze ans après son ouverture au public, le château de Brézé (Maine-et-Loire) a su valoriser son étonnant réseau souterrain, "château sous le château", pour doper sa fréquentation et entrer dans la liste des grands sites du Val de Loire avec Chambord ou Chenonceau.
"L'existence d'une première occupation souterraine de Brézé est attestée à partir du 11e siècle, avant même l'édification de la plupart des grands châteaux de Loire", indique Grégory Matheson, le directeur du château privé situé au sud de Saumur, aujourd'hui propriété de Jean de Colbert, un descendant direct du célèbre ministre de Louis XIV.
Entouré des douves sèches les plus profondes d'Europe (18 mètres), le monument, en surface, associe des bâtiments construits en tuffeau sur différentes périodes - Moyen-Age, Renaissance et XIXe siècle - dont une aile est toujours occupée par les actuels propriétaires.
Mais sa singularité principale réside dans l'insolite réseau de cavités et tunnels creusés au fil du temps dans son sous-sol calcaire, pour abriter et protéger hommes, animaux, cuisines, celliers et autres fours à pains.
"Sur les quatre kilomètres que nous connaissons, 1,5 km sont visitables. Mais nous estimons que le réseau s'étend sur huit kilomètres. Nous avons de belles découvertes devant nous", précise Grégory Matheson.
Puits de lumières et d'aération, silos, glacière, écurie, boulangerie, magnanerie (élevage de ver à soie)... Au fil de la visite, se révèle la vie d'une collectivité rompue à l'autarcie et protégée par un système de défense quasi "paranoïaque" selon Nicolas Faucherre, chercheur et universitaire, spécialiste de l'architecture militaire.
Brézé, Maillé-Brézé, Condé, Dreux-Brézé, Colbert: son histoire est intimement liée aux puissantes familles de la noblesse française qui, d'héritages en alliances, s'y sont succédé. Elles ont conforté son architecture défensive tout en embellissant ses appartements, à l'image du très riche cabinet de travail de l'ancien évêque de Moulins, Pierre de Dreux-Brézé.
"Par sa complexité et notamment l'ingéniosité de ses retranchements, Brézé présente une configuration défensive assez extraordinaire et emblématique qui renvoie naturellement à La Fronde et au rôle joué par le Grand Condé" précise l'historien.
Entouré de 28 hectares de vignes, le château de Brézé est aussi le fief d'un des plus vieux vignobles du Saumurois, toujours exploité, et dont le potentiel oenotouristique participe au projet de développement porté par ses propriétaires.
De 25.000 au début des années 2000, sa fréquentation est passée à 60.000 en 2009 et devrait atteindre entre "90.000 et 95.000 visiteurs" cette année.
Une progression qui lui a valu d'intégrer il y a quelques semaines le réseau des Grands Sites du Val de Loire qui fédère 20 châteaux et abbayes du Centre et des Pays-de-la-Loire autour d'une communication internationale commune sur internet (http://loire-chateaux.org/). Brézé l'insolite y côtoie désormais les prestigieux noms du Val de Loire - inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco - comme Chambord, Chenonceau, Chaumont-sur-Loire, Amboise...
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