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Papeteries de Lédar: la vente aux enchères a rapporté près de 1,5 millions d'euros!
01/10/2009 | 21:36
© MidiNews 2009

Le promeneur un peu distrait aurait pu croire, en ce jeudi matin ensoleillé, que l’usine de Lédar avait repris une activité normale, tant les voitures étaient nombreuses aux alentours du site et les gens nombreux dans les bureaux ateliers, et autres dépôts.

Las, il ne s’agissait que d’acheteurs potentiels venus faire une ultime visite de l’usine en cours de démantèlement, et dans laquelle les herbes folles, voire les arbustes, en un mot la nature, commencent déjà à reprendre le dessus.

C’est à onze heures très exactement que Sylvain Tocchetto et Géraldine Feret, huissiers de justice à Saint Girons, ouvrent solennellement la vente aux enchères judiciaires du matériel de la «Papeterie Meylan 60»

Dire que cette vente avait quelque chose d’irréel n’est pas exagéré tant les conditions, - une salle des fêtes transformée, l’espace d’une journée, en salle des ventes - , que l’enjeu - la vente d’une usine, qui plus est, un des plus anciens symboles de l’économie couseranaise - , et le public, - international, voire mondial par le biais d’Internet - , paraissent décalés dans ce piémont pyrénéen qui semble n’aspirer qu’à une sérénité bien éloignée de la bataille économique mondiale qui fait que tant de monde se retrouve aujourd’hui à Montjoie en Couserans.

Dire que le public qui se presse dans la salle est hétéroclite peut même sembler un euphémisme, tant l’écart est grand entre Vincent Ramon, représentant emblématique des ex-salariés, installé au premier rang, et cet industriel parisien, calé sur le mur du fond et qui s’avérera être le plus gros acheteur de cette folle journée.

Entre les deux, des curieux, bien sûr, mais aussi des artisans locaux à l’affût d’une bonne affaire, des papetiers, ferrailleurs et autres industriels venus de la France entière, mais aussi d’Angleterre, d’Afrique du Nord, des Pays de l’Est …

Menée de main de maître par le commissaire priseur dépêché par la société Roux Troostwijk, consultants internationaux en ventes industrielles, venu du pays des tulipes, la vente commence à l’heure dite.

La salle a été sonorisée, et équipée de deux écrans géants présentant les lots proposés et l’évolution des enchères.

Malgré la complexité de l’exercice, à savoir que les enchères sont menées simultanément, en français et en anglais, dans la salle et sur Internet, sans compter les intermédiaires l’oreille collée au téléphone, malgré tout cela donc, tout va très vite,  grâce notamment à l’incontestable  savoir-faire du commissaire batave et à la parfaite maîtrise de Sylvain Tocchetto.

Trois heures ne se sont pas écoulées que les cinq cent soixante onze lots ont trouvé preneur à des prix, parfois dérisoires, parfois presque exorbitants.

Mais la vente n’en est pas finie pour autant ! En effet l’article 2 des conditions générales de vente stipule que «Les lots seront adjugés provisoirement séparément et ensuite réunis. Lors de la réunion, la nouvelle enchère, au minimum supérieure de 10% du montant total adjugé séparément, sera annoncée et les enchères pourront reprendre»

C’est ainsi que les lots 1 à 522, plus les lots 540 à 571 sont remis, en un seul lot, aux enchères sur la base de huit cent vingt mille euros.

C’est finalement un acheteur qui a souhaité rester anonyme qui a emporté le marché pour neuf cent trente mille euros, laissant pantois les premiers enchérisseurs, à commencer par les «locaux», peu habitués à cette procédure.

La même opération est ensuite proposé pour les lots 530 à 537, à savoir les stocks de papier et de bois, au prix global de six cent vingt mille euros, mais sans trouver preneur, au grand soulagement de cet acheteur tunisien qui s’est vu attribuer la quasi totalité des quelques deux mille bobines de papier, et des ex-employés de Lédar qui, par la voix de Vincent Ramon, ont emporté le lot de cinq mille m3 de bois.

Au total, cette vente aura rapporté près de un million et demi d’euros, de quoi verser, selon Me Sylvain Tocchetto, sinon la totalité, du moins une partie de la prime promise aux ex-employés en fonction du résultat de la vente.

PROPOS ENTENDUS

• De cet ex-employé, très ému : «Je n’arrive pas à définir le sentiment que j’éprouve […] Ca fait drôle d’être ici […] Je ne supporterai pas cette vente»  De fait, dès le début des enchères, cet ouvrier très impliqué dans la «lutte pour la survie», est resté devant la porte.

• D’un de ses collègues, les larmes aux yeux : «j’ai trop mal au cœur»

• D’une ex-secrétaire : «Tout ça pour ça !»  Elle est partie dès le début de la vente.

• D’un simple curieux «Il n’y a pas de petits profits». La vente se déroulant durant l’heure du déjeuner, un service de casse-croûte (croissants, sandwichs, boissons diverses …), payant,  a été mis en place pour les participants.

• De l’acheteur tunisien de papier: «Je l’ai payé un peu cher […]»  En réalité, le papier a été vendu, à la moitié de sa valeur.

• Du commissaire-priseur, à plusieurs reprises : «C’est pas cher !»

• D’un enchérisseur marocain «Cela s’est «bien» vendu, un peu au dessus du prix» Effectivement, l’évaluation de base était légèrement inférieure à neuf cent mille  euros.

• De l’acheteur de l’ensemble du matériel «Je souhaite rester discret […] Mais vous me connaîtrez bientôt […] Je mets en place des projets industriels»

Selon certaines indiscrétions qui restent à confirmer, il semblerait que cet acheteur «anonyme» soit le même qui a acquis, le 23 avril dernier, la totalité du matériel des papeteries de Lancey (créées en 1869 par Aristide Berges et devenues, en 1921 «Papeteries de France»), pour la somme globale de neuf cent vingt mille euros (Dix mille de moins que Lédar !) et qui aurait déclaré à nos confrères de Radio-Grésivaudan: «Mon objectif est d’expédier tout ce matériel en Egypte afin de mettre en place une papeterie qui produira la même qualité de papier» …une information qui reste à confirmer.

• D’un proche de Bernard Gondran, (ancien maire de Saint Girons NDLR) lui-même présent lors de vente: «La municipalité a raté un bon coup : elle aurait pu avoir l’ensemble du site pour moins que ça !»

Il est exact que le chiffre de un million deux cents mille euros a été avancé, lors des transactions avec Papresa  ( voir nos articles du 24/02/2009 et du 14/01/2009),  en janvier 2009, pour l’achat global du site.

Si ces chiffres se confirment, la municipalité, ou la communauté de communes de Saint Girons, aurait pu se retrouver propriétaire des sept hectares terrains et de l’ensemble des bâtiments avec un bonus financier de deux cents mille euros.

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auteur: Bernard Pastourel | publié le: 01/10/2009 | 21:36 | Lu: 13891 fois