Depuis quelques jours, le macadam des routes ariégeoises voit fleurir un curieux message: «2010 stop ours»
Lancé en 2006, le programme triennal de réintroduction de l’ours brun dans les Pyrénées est arrivé à son terme le 31 décembre 2009.
La première opération de lâcher d’ours remonte à 1996-97 avec deux femelles et un mâle ; la seconde a eu lieu en 2006 avec quatre femelles et un mâle d’origine slovène.
Actuellement, une vingtaine d’individus vivent sur le massif mais l’espèce est encore classée par l’Union mondiale pour la conservation de la Nature «en danger critique d’extinction en France»
Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie a annoncé le 21 janvier dernier qu’elle ne laissera pas l’ours disparaître dans les Pyrénées.
Elle promet la mise en place après les élections régionales d’un nouveau plan de restauration de l’espèce dans la région.
Si les associations favorables à l’ours se réjouissent d’une telle prise de position, les opposants organisent la riposte.
Pour les uns, la conservation des espèces menacées est régie par les textes européens, notamment la directive 92/43/CEE du 21 mai 1992 (dite directive «Habitat» dont l’objectif est d’ «assurer le maintien ou le rétablissement, dans un état de conservation favorable, des habitats naturels et des espèces de faune et de flore sauvage d’intérêt communautaire»
L’ours brun est mentionné parmi ces espèces prioritaires et d’intérêt communautaire «nécessitant une protection stricte»
Pour les autres parmi lesquels Philippe Lacube: «ce sont les hommes et les femmes qui à travers leurs pratiques pastorales sont garants de la biodiversité […] il ne faut pas que Mme Jouanno pense un seul instant que les Pyrénées sont éteintes et que nous accepterons un nouveau plan ours»
Suite à la déclaration de Philippe Lacube à l’automne dernier sur la possible disparition de deux ours, une enquête avait été ouverte et des éleveurs entendus puis faute d’éléments l’affaire fut classée sans suite.
Le porte parole de l’Aspap considère que face à l’omerta de la montagne le procureur n’a pas donné suite.
«Mais les chiffres sont là, en 2009 il y a eu décrochage au niveau des prédations de l’ours Boutxy […] on ne peut pas nous faire croire que le plantigrade soit subitement devenu végétarien»
Alain Reynes, responsable de l’association Adet-Pays de l’Ours, est convaincu pour sa part qu’il n’y a pas de relation entre les dégâts enregistrés et le nombre d’ours sur le territoire.
«Ce n’est pas parce qu’il y a moins de dégâts qu’il y a moins d’ours, les bergers commencent à se protéger notamment avec des patous […] enfin Boutxy peut très bien être passé sur le versant espagnol»
Dernier élément au débat entre les «Anti» et les «Pro», la fédération des chasseurs de l’Ariège, partenaire depuis 1996 des services de l’Etat a décidé de ne pas renouveler sa convention avec la DREAL ou direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.
La fédération départementale mettait jusqu’à présent à disposition de l’équipe technique «ours» un technicien recruté à cet effet et elle prenait également en charge la gestion administrative des indemnisations des dégâts imputables à l’ours, le tout financé par le plan de restauration ours.
Jean Luc Fernandez, président de la fédération des chasseurs s’en est expliqué ouvertement lors d’une conférence de presse lundi dernier.
Il refuse qu’on impose aux chasseurs des zones à ours et que la présence des ours soit une restriction dans les pratiques de chasse, enfin «la fédération s’oppose à toute réintroduction, quelque soit le pedigree de l’ours»
Philippe Lacube s’en réjouit: «il était important que la fédération prenne cette décision»
De son côté François Arcangeli, maire d’Arbas privilégie la concertation.
«Je préfère laisser aux chasseurs le soin d’évoluer dans leur pratique de chasse […] Il faut qu’ils s’autogèrent.
L’ours est le principal outil de modernisation pastorale dans les Pyrénées pour preuve la population de bergers augmente depuis dix ans […] aujourd’hui le débat n’est plus de savoir si on est pour ou contre la réintroduction, il faut se mettre autour d’une table et discuter au cas par cas»
Quoiqu’il en soit le débat est loin d’être clos…
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