Les 7 membres de l’expédition Manaslu 2010: Elsie Lemordant, Alain Bigard, Eric Catanese, Frédéric Heymes, Arnaud Pasquer, Stéphane Portier et l’enfant du Pays d’Olmes, Claude Labatut, chef de cette expédition, ont atteint le sommet de «La Montagne de l’Esprit», mardi 25 mai à 6h30 (heure française).
Un véritable exploit après ce qu’ils ont enduré pour y parvenir, sachant que depuis le début de l’année, aucune expédition n’avait réussi (en dehors des alpinistes qui avaient gravi le sommet en avril, mais qui sont décédés au retour).
De retour au camp de base après à la terrible nuit passée au camp 3, Raoul Albert, victime de gelures aux mains, a été rapatrié par hélicoptère.
L'Ariégeois Claude Labatut et ses 6 coéquipiers ont pris du repos avant de repartir pour les Camps 1 et 2, équiper les différentes crevasses d’échelles, réparer les dégâts causés par la tempête de neige, déposer de la nourriture et du matériel en attendant la fenêtre météo, prévue pour le 20 mai.
Malgré la très grande expérience du routeur météo de l’équipe, il semblerait que Dame Nature ait été capricieuse…
L’équipe, partie du camp de base le 20 mai, comme prévu, a rejoint le Camp 1 (5400m) accompagnée par des vents violents et une tempête de neige!
A leur arrivée, ils ont du déneiger les tentes installées lors des précédents passages, pour pouvoir s’y reposer… provisoirement.
Encore une nuit éprouvante pour les 7 alpinistes qui ont été obligés de dégager les tentes plusieurs fois, sous peine d’être totalement ensevelis.
La tempête de grésil allait poser environ 20cm de microbilles de glace sur toute la montagne, puis laisser place à un orage neigé qui a déposé, à son tour, 50cm environ de neige poudreuse bien fraiche.
Une telle configuration du manteau neigeux, étant propice aux avalanches, les membres de l’équipe ont jugé trop risqué de poursuivre la montée jusqu’au Camp 3, dans des pentes à plus de 70°, avec des crevasses et des séracs qui ne manqueraient pas de les engloutir à la moindre coulée.
Ils ont décidé de rebrousser chemin jusqu’au camp de base, et la sagesse de cette décision leur sera confirmée par toutes les avalanches qu’ils ont entendues, au cours de la descente.
Ce jour là dans un de leur message, ils ont écrit: «le renoncement est une vertu essentielle en alpinisme, car un bon alpiniste est un alpiniste qui reste en vie […]
Il est très difficile de prendre ce type de décision quand on baigne constamment dans ce milieu, où le risque fait partie intégrante du plaisir lié à cette pratique.
Ce n’est pas une défaite, c’est juste une belle voie pour sortir d’une situation difficile.
Il faut savoir se montrer humble devant cette immensité et profiter au maximum de ce qu’elle a à nous apprendre.
Touché n’est pas coulé, et nous sommes déjà en train d’étudier une nouvelle fenêtre d’ascension»
Cette tentative avortée n’a pas atteint le moral de ces sportifs de l’extrême qui sont repartis, le 22 mai, du camp de base vers le camp 1, plus motivés que jamais.
La journée du lendemain où ils ont enchaîné les camps 2 et 3, fut longue et difficile: 10 heures d’ascension, entre 5h et 15h dans une épaisseur de neige considérable.
Toutefois, le manteau neigeux semblait s’être bien stabilisé.
Après une nuit au Camp 3 (celui-là même où ils avaient vécu l’enfer dans la nuit du 11 au 12 mai), et malgré la fatigue accumulée depuis quelques jours, ils se sont mis en route vers le camp 4 (7400 m).
Cette étape, exposée aux avalanches, avec des pentes de 35 à 45° et un ressaut à 70°, était probablement la plus difficile de l’ascension, au moins du point de vue technique.
C’est le 25 mai, après 8h30 de marche dans une épaisseur de neige conséquente et sans traces, que les 7 alpinistes ont atteint le sommet du Manaslu (8163 m), 8e plus haute montagne de la planète.
Des instants magiques et inoubliables, des moments d’émotion intense et une vue exceptionnelle sur l’Anapurna, le Cho Oyu ou encore l’Everest, qu’ils ont partagées par téléphone avec leurs proches.
S’il est exceptionnel que les 7 membres de cette expédition soient arrivés ensemble au sommet, il faut saluer la performance de la Grenobloise, Elsie Lemordant, 26 ans, une femme à 8163 m sans oxygène, c’est quand même rare!
De retour au Camp 4, pour un repos bien mérité, Claude a exprimé dans un message vocal, le bonheur de toute son équipe d’avoir réussi cette ascension, d’une voix légèrement troublée par l’émotion et la fatigue.
Hier, après une deuxième nuit à 7400 m, ils ont entamé la descente vers le camp de base, avec 3 jours d’avance sur le planning prévisionnel.
Une étape dangereuse où les alpinistes, fatigués par les efforts intenses et le manque de sommeil, ajoutés à la faible alimentation des derniers jours, peuvent avoir tendance à relâcher leur attention, une fois le sommet atteint.
En début d’après midi, ils étaient tous arrivés à destination, sains et saufs, épuisés mais très heureux, ou, pour reprendre l’expression du Cannois Alain Bigard, dans sa vacation du 26 mai, «explosés mais summiters»
Malgré une météo défavorable et l’échec des autres expéditions qui n’incitaient pas franchement à l’optimisme, l’Ariégeois Claude Labatut, dans son rôle de chef d’expédition, a su faire preuve de lucidité, renoncer quand il le fallait et motiver son équipe pour atteindre le sommet.
Il a toujours cru en sa bonne étoile et surtout à la précision des bulletins météo transmis par le routeur, dont il faut louer la compétence.
Aujourd’hui, le temps est à la récupération, avant le trek de retour et leur arrivée à Paris le 7 juin.
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L'expédition Manaslu 2010, menée par l'Ariégeois Claude Labatut, a connu des débuts difficiles
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