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Les «Anti-Ours» exultent «c’est une victoire, et cela fait chaud au cœur !», tandis que les écologistes s’indignent «c’est la victoire de la bêtise et de la lâcheté politique !»
Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, auprès du ministre d'Etat, ministre de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de la Mer, était ce lundi à Toulouse, dans les locaux de la préfecture de région, pour présenter aux membres du Comité de massif des Pyrénées son «projet concernant la biodiversité pyrénéenne»
Prônant une «approche transversale à prendre en compte pour développer, aménager et protéger [les] montagnes», parce que «tout est lié et tout est dépendant», elle axe son propos sur la valorisation des Pyrénées par sa biodiversité.
«Il n’y a pas que l’ours brun, il y a aussi le vautour percnoptère, le gypaète barbu, le grand tetras, l’aster des Pyrénées, sans parler du Desman, et du bouquetin à réintroduire… Sans pastoralisme, pas de milieux ouverts ; Sans activité forestière, des territoires en déshérence»
Pour valoriser ce territoire «exceptionnellement riche en biodiversité», elle propose d’en confier la gestion au Comité de massif.
«Vous avez pour mission de proposer un développement équitable et durable… ces sujets ne peuvent être traités par des instances purement naturalistes … il faut sortir des comités spécialisés»
Suivant la logique même du Grenelle de l’Environnement, Chantal Jouanno propose au Comité de massif des Pyrénées de définir, avec l’Etat «un comité de suivi de stratégie, qui va d’abord l’élaborer sur la base de consultations larges, qui livrera au comité de massif un projet … Ensuite je validerai cette stratégie, ce sera notre feuille de route»
Ce changement de gouvernance ne satisfait pas le CIAPP – Conseil International Associatif pour la Protection des Pyrénées – qui sous le titre «Biodiversité pyrénéenne en souffrance» s’inquiète du désengagement de l’Etat: «…des inquiétudes peuvent être soulevées quant au suivi décentralisé de la faune sauvage, dans lequel l'Etat se désengagerait»
Difficile, au cœur de Midi-Pyrénées, de ne pas parler «du sujet qui malheureusement focalise le débat,… qui le rétrécit : l’ours brun»
«J’aurais pu faire traîner ce dossier en longueur et, dans un an, le transmettre aux ministres suivants, mais j’ai choisi tenir un langage de vérité.
Il faut sortir de la logique de plan de réintroduction massive des ours, et laisser faire la croissance naturelle. En conséquence, chaque ours mort accidentellement sera remplacé… Si la population décroît, nous envisagerons alors des réintroductions»
Pratiquement, cela se traduira par la réintroduction d’un ours femelle, en remplacement de Franska, tuée par un automobiliste, en Béarn.
Cette ourse pourra selon la Ministre, «soit être déplacée des Pyrénées centrales vers le Béarn, soit importée, sachant qu’il conviendra de prendre le temps afin de bien choisir l’animal, loin des pressions médiatiques,et en dehors de tout calendrier»
«Il faudra veiller notamment à ce qu’il n’ait jamais été nourri par l’homme, comme cela a pu être la cas par le passé»
Cette réintroduction pourrait se faire au printemps prochain mais, affirme la secrétaire d’Etat «je ne veux rien savoir, ni quand exactement, ni dans quelle vallée … je ne communiquerai pas !»
«Une femelle lâchée dans le Béarn ?», réagit l’association «FERRUS», «C’est le minimum minimorum quand on sait qu’il n’y a que 3 ours mâles dans le secteur depuis 6 ans. Lorsque Cannelle, la dernière femelle de souche pyrénéenne, était encore en vie, il était déjà nécessaire de lâcher plusieurs femelles dans le Béarn,» qui poursuit dans son communiqué:
«Il faut absolument sortir du débat pour ou contre l’ours, avec une affirmation claire de l'Etat français en faveur d'une population viable dans les Pyrénées s'inscrivant dans le temps et incluant le lâcher d’un ou deux ours par an en Béarn et dans les Pyrénées centrales.
Nous continuerons nos actions dans ce sens, au niveau européen notamment»
Pour ce qui concerne, précisément, l’effectif total, Chantal Jouanno a fait ses comptes.
Six ours réintroduits en 1995 plus huit réintroductions ultérieures moins trois morts, reste onze ours en 1997.
Ils sont entre dix neuf et vingt deux aujourd’hui : «Les conditions semblent réunies pour un accroissement naturel de l’ours. Gardons cette tendance, même si elle est lente»
D’ailleurs, la ministre avoue ne pas savoir quand la population dite «génétiquement viable» de cinquante ours sera atteinte, «nous surveillerons l’évolution naturelle de la population d’ours»
Elle propose par ailleurs de «revoir la définition de ce qu’est un «ours à problème»
Pour autant, Chantal Jouanno est parfaitement consciente des risques encourus si le plan de conservation des ours n’apparaît pas crédible à la Commission Européenne.
«Si nous ne respectons pas nos obligations européennes, ce n’est pas simplement une amende que l’Etat aura à payer, ce sont l’ensemble des crédits européens pour les Pyrénées qui sont menacés»
Gérard Onesta, vice président du Conseil régional Midi Pyrénées (Europe-Ecologie) ne dit pas autre chose: «Si la France ne respecte plus les textes en vigueur, qu’elle a d’ailleurs elle-même signés, cela va se payer cash, avec la suppression des subventions !»
Cela est déjà arrivé, de l’aveu même de la secrétaire d’Etat, «le prêt de la banque européenne d’investissement pour le grand port de Rouen est bloqué, car la commission européenne considère que nous ne remplissons pas nos obligations environnementales dans l’estuaire de la Seine.
Il n’est pas question qu’il en soit de même ici pour le plan de soutien à l’activité agricole, par exemple»
Alors, les agriculteurs victimes collatérales des anti-ours ?
Sûrement si l’on en croit l’ancien vice-président du parlement européen: «Ce sont des millions et des millions d’euros qui vont être perdus»
Bernard Moules, vice-président de la chambre d’agriculture des hautes Pyrénées n’en croit rien : « Il n’y a pas de risque sur le financement global de l’Europe en cas de non-respect.
Le ministère a ses juristes, nous avons les nôtres qui ne sont pas d’accord, tant en ce qui concerne la convention de Berne que les directives «habitat» … On y parle d’ incitation et non d’obligation !»
C’est une belle victoire, mais attention, avertit l’orateur, il ne s’agit que d’une victoire provisoire. Notre combat va désormais consister à transformer le provisoire en définitif ! »
Propos bien évidemment approuvés par Philippe Lacube, au nom de l’ASPAP - Association pour la sauvegarde du Patrimoine Ariège-Pyrénées-
«Tout cela est très positif !» , qui promet «nous serons là en 2011 ! … Nous pouvons être fiers de ce qui a été fait», et par Marc Carballido, conseiller régional «C’est une victoire certes, mais la vigilance s’impose !»
Un autre qui ne cachait pas sa joie est le très charismatique Jean-Luc Fernandez, président de la fédération de chasse de l’Ariège, «Ca fait chaud au cœur !»
Ce dernier se réjouit au passage du combat commun mené par les éleveurs, bergers et chasseurs sur cette problématique, même s’il craint que les conditions de chasse en montagne ne soient désormais passablement dégradées pour cause d’ours baladeur.
Quant aux écologistes, par la voix de Gérard Onesta, ils sont clairs: «C’est la victoire de la bêtise et de la lâcheté politique !»
«Nous saurons être patients et attendre le départ de Mme Jouanno, par exemple en 2012 … Il y aura encore des ours alors qu’elle ne sera plus là depuis longtemps…
Pourquoi est-ce que ça marche partout dans le monde, en Espagne, en Italie, en Roumanie, où l’ours apporte un surplus de vitalité, et pas chez nous ? … Les anti-ours dansent sur leur propre cadavre …
Les vallées vont mourir par manque de biodiversité … Mais , vous savez, l’ours a résisté a bien des cataclysmes … Il y aura des réactions internationales, et des recours juridiques … Les discours d’une ministre ne tiennent pas contre les lois européennes»
Silence par contre du coté de l’association ADET-Pays de l’Ours, principale association de soutien à la réintroduction d’ours dans les Pyrénées que nous n’avons pu joindre au téléphone pas plus que François Arcangeli, maire d’Arbas et président fondateur de l’ADET, ni François Calvet, conseiller régional «ariégeois» d’Europe Ecologie.
Autre nouvelle annoncée par la Ministre: «Le bouquetin va faire son grand retour dans les Pyrénées»
«C’est un beau sujet, a affirmé Chantal Jouanno, et si tout va bien, la réintroduction pourra se faire en 2011 … Les discussions avec l’Espagne avancent bien»
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