Sur les Estives du massatois: le village de bergers de Goutets
11/08/2010 | 22:26
© MidiNews 2010

A l’heure où l’on parle beaucoup de pastoralisme, il est un site remarquable sur les contreforts du Pic des Trois Seigneurs à 1450m d’altitude.

Il s’agit de l’estive de Goutets et de ses cabanes de pierres sèches.

Construites sur le principe des bories de Provence, les schistes sont empilés sans mortier en léger décalage sur un bâti de bois qui est ensuite brûlé et c’est avec l’effet mécanique de la chaleur que les pierres s’imbriquent les uns sur les autres et prenant appui sur un bâti (technique dite en tas de charge).

Selon les époques, du XIIe au XIXe siècle, le bâti évolue, au début l’isolation est faite par une couverture de terre végétalisée qui peu à peu laisse la place à une toiture aux larges dalles de lauzes.

A l’intérieur des évacuations sont prévues (pour les besoins naturels et pour la fumée du «cantou»), on y trouve dans un coin le «tenis» sur lequel dort le pâtre, enroulé dans une couverture où sur un tapis de fougères (effet antiseptique et rafraichissant).

Ces cabanes peuvent être entourées d’un enclos (en bois ou en pierre) pour les bêtes ; non loin de là, le mazuc, petite construction en voûte de pierre semi-enterrée élevée sur une source et équipée de pierres plates, permet de maintenir au  frais les produits stockés.

«Sur cette estive on faisait jadis du beurre et c’était une société de femmes  /…./

Pendant 35 ans la montagne est restée vide de bêtes, en 1974 nous avons ouvert l’estive de Goutets et nous en sommes heureux car c’est un patrimoine vivant qui doit accueillir un tourisme respectueux
» explique Léon-Pierre Galy Gasparrou, président de l’association pastoral Le Port-Massat (qui gère les estives de Liers, de l’Etang de Lhers et de Goutets)

A l’origine chaque famille de la vallée qui avait un modeste troupeau (une ou deux vaches) envoyait l’été sur l’estive les personnes la moins efficaces pour les travaux de fenaison, souvent les grands-mères, pour garder les bêtes.

Avec le temps, les familles se sont agrandies et le nombre de cabanes a augmenté: aujourd’hui plus d’une soixantaine de ces habitations vernaculaires sont visibles sur ce site exceptionnel, certaines en meilleur état de conservation que d’autres mais peu à peu grâce à une poignée de passionnée l’estive de Goutets reprend vie.

C’est un patrimoine évolutif qui s’est façonné au gré des nécessités économiques, sociales et culturelles.  

Au milieu du XIXe la production de beurre était à son apogée, une fois les mottes faites, elles étaient conservées au frais dans le «mazuc» jusqu’au passage dU collecteur qui allait le vendre au marché de Toulouse

Cette estive était réputée pour la qualité de ses pâturages et la réglisse que l’on y trouve donnait au beurre un goût unique.

Aujourd’hui c’est une bergère, plus exactement une vachère qui gère cette estive du mois de juin aux premières neiges.

Estelle, tel est son nom, veille sur 190 génisses appartenant à plusieurs propriétaires de la vallée.

Elle vient d’un milieu paysan, après une solide formation auprès de l’association des Pâtres cette jeune femme a fait ce choix de travailler sur une estive dans un milieu d’hommes.

Un choix qu’elle assume totalement: «Avant de venir en Ariège je fabriquais du fromage en Suisse, j’ai eu un coup de cœur pour ce département…

Aujourd’hui je suis installée avec des ovins et des caprins à Massat et l’été je travaille sur cette estive, désormais pérennisée pour satisfaire la demande des éleveurs, équilibrer l’occupation du sol, entretenir la montagne …
»

Jean-Louis Loubet, pyrénéiste averti, a été pendant plus de vingt ans maire de Le Port.

Amoureux de sa terre et passionné par l’histoire de son pays, il vient d’éditer une monographie sur l’estive de Goutets (éditions Lacour) où il nous fait partager ses connaissances et les perspectives d’avenir pour ce site remarquable du haut Couserans.

A travers ses recherches il réalise une étude sociologique et économique autour du système des «bourdaours», évoque le devenir de ce patrimoine typique du haut Couserans car pour lui:

«il ne peut pas y avoir de tourisme authentique sans pastoralisme /…/ …les sentiers n’ont pas de frontière, il faut mettre en relation les Goutets avec les autres sites : à l’est le col de Goulur et ses cabanes et vers l’ouest le col de l’Aile et celui de Rose et surtout l’étang de Lhers blotti dans son écrin de lherzolite»

A condition de laisser sa voiture à la fin de la route goudronnée et de prendre son sac à dos et son bâton de marche, les estives du massatois offrent bien des surprises.

Jean Louis Loubet organise une séance de dédicace samedi 28 août à partir de 16h à l’étang de Lhers aux côtés de Michel Sébastien et de Léon-Pierre Galy-Gasparrou.

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 11/08/2010 | 22:26 | Lu: 16063 fois