Une ère nouvelle pour le laboratoire du CNRS de Moulis
07/03/2007 | 20:54

Jean Clobert a été nommé il y a quelques mois directeur du laboratoire du CNRS à Moulis où il va donner, une nouvelle orientation aux recherches réalisées sur ce site qui fut le tout premier laboratoire souterrain du CNRS et demeure encore à ce jour unique en son genre.

En effet, c’est dans le Couserans aux abords de Moulis, dans une région où l’environnement offre une faune, une flore et des atouts géologiques tels, que les chercheurs ont installé dans les années de l’après-guerre (1948), une plate-forme forme d’étude surprenante.

Un laboratoire de surface où l’on observait les espèces endémiques et une grotte aménagée pour les hydrogéologues, spécialistes du karst et où l’on étudiait également la faune cavernicole…notamment un amphibien des cavernes, le protée qui fut longtemps la mascotte du laboratoire.

Celui-ci ne vit que dans deux endroits au monde: la Slovénie, dans un habitat naturel et à Moulis où il a été introduit  dans les années cinquante.

A cette époque, afin d’étayer la recherche expérimentale, Albert Vandel observe le protée dont les spécimens vivent jusqu’à plus de 80 ans: il naît avec des yeux qui dégénèrent durant sa vie, si bien qu’à l’âge adulte il est totalement aveugle.

Mais le renouvellement des générations ne se fait pas, les résultats ne sont pas suffisamment probants et les thèses de la communauté scientifique (anti-darwinienne) ne sont plus d’actualité, si bien que le site s’oriente peu à peu vers de nouvelles investigations davantage liées à l’aspect environnemental.

Aujourd’hui Jean Clobert, spécialiste de l’approche expérimentale des sciences de l’environnement, a pour mission de recruter une nouvelle équipe de chercheurs et de développer un laboratoire moderne en relation avec l’Université de Toulouse et Etienne Danchin, responsable du laboratoire de l’évolution et de la diversité biologique.

«Notre objet de recherche c’est la nature, précise Jean Clobert, et pour son approche expérimentale, le site de Moulis est idéal, aussi bien pour réaliser les expériences indispensables que pour progresser à la fois dans la connaissance, mais également dans l’ingénierie de l’environnement ou simplement dans tout ce qui est pertinent vis-à-vis de l’aménagement du territoire (interaction homme-environnement)…/…/…pour l’instant nous sommes une douzaine mais je suis soutenu par le CNRS pour le renouvellement des postes techniques et je dois démontrer ma capacité a attirer de bons chercheurs sur le site: c’est largement une aventure humaine et de contact!»

Jean Clobert nous indique que le projet retenu s’oriente dans trois directions: «il y a d’abord un aspect expérimental, ensuite une approche observatoire. Certes elle existait déjà car mise en place par mon prédécesseur Alain Mangin, concernant les problèmes de l’eau  (collecte des précipitations, les flux sortants des karsts, etc) mais cette vocation d’observatoire sera amplifiée en particulier vers les forêts et les agrosystèmes.

Enfin il y a l’enseignement décliné selon différentes formes: l’enseignement académique, en relation avec l’Université mais également tourné vers le territoire avec des lieux de débat, des formations et pourquoi pas des cours de type «3ème âge» plus orientés vers les acquisitions nouvelles pour un public ciblé … on est ouvert à toutes les pistes dans la mesure où l’on peut créer l’outil qui va avec…
»

C’est un vaste projet national mais également européen qui va voir à terme le jour au laboratoire de Moulis en Ariège.

Dès à présent quelques chercheurs ont fait le choix de vivre et travailler dans l’Ariège comme Alexis Chaine qui étudie les phénomènes d’évolution et de dispersion sur des populations de protozoaires en milieu aquatique (comment ces populations passent d’un milieu à l’autre, comment elles réagissent aux perturbations, peut-il y avoir une notion de groupe social ?) ou Michèle de Fraipont qui étudie le comportement de l’euprocte, une espèce endémique des Pyrénées que l’on peut observer dans la nature et dans le monde obscur des grottes qu’ils ont colonisé il y a 10 000 ans, lors des dernières glaciations.

Si le laboratoire de Moulis était encore il y a peu de temps menacé par la fermeture, le CNRS a aujourd’hui un intérêt renouvelé pour cette station atypique, un peu excentrée mais qui permet désormais aux sciences de la nature en général et à celles de l’environnement en particulier de donner une nouvelle impulsion  à la recherche.

La nomination de Jean Clobert à la direction du site ariégeois et les ambitieux projets qui vont se mettre en place dans les deux ans à venir vont faire du laboratoire de Moulis un pôle international de la recherche au cœur des Pyrénées ariegeoises… une affaire à suivre.

Photo et vidéo: ©AriegeNews 2007

actualites Ariege
auteur: Laurence Cabrol | publié le: 07/03/2007 | Lu: 30535 fois