En 2009, la vallée du haut Vicdessos avait été sélectionnée par l’Observatoire hommes-milieux (OHM) pour un programme de recherches portant sur les dynamiques sylvo-pastorales, la biodiversité, les héritages industriels, le climat, la neige et les eaux, les milieux d’altitude, les pollutions, et les changements sociaux et territoriaux.
L’objectif de l’OHM consiste à étudier le fonctionnement, mais également les origines et les conséquences possibles, des mutations d’un territoire, à partir de démarches interdisciplinaires, faisant appel aux sciences sociales et de l’environnement.
80 chercheurs observent donc la vallée à la loupe et étudient l’ensemble du territoire.
Didier Galop, chercheur CNRS au laboratoire Géode de l’Université Toulouse-le-Mirail, directeur de l’OHM, vient d’organiser le premier séminaire de restitution de l’OHM.
Il nous rappelle les objectifs de ce projet qui permet d’étudier le passée mais aussi les dynamiques actuelles d’un territoire de montagne en situation de crise avec la déprise industrielle et agropastorale, la recomposition des pratiques et les impacts que peuvent avoir ces modifications sur l’environnement:
«On parle d’étude sur la durée d’un système global (socio-écologique) et à terme cette étude permettra de donner des clés aux gestionnaires locaux pour les aider aux prises de décision pour l’avenir»
A ce jour il existe six observatoires homme-milieux dans le monde dont deux en France, un à Gardanne et l’autre dans la vallée du Vicdessos.
C’est une chance pour le département de l’Ariège car il permet à de nombreux scientifiques de se pencher sur la vallée, à chaque étape de leurs recherches, des séminaires de restitutions sont organisés, des rencontres avec la population sont planifiées et tous les quatre ans des colloques de clôture préparés sur le territoire étudié.
«Nous faisons des observations, des constats, nous donnons des orientations avec un tableau de bord qui peut servir de modèle au niveau national et européen pour les autres territoires de montagne»
C’est donc à la Maison des patrimoines Le Barri à Auzat que s’est déroulée la présentation d’une vingtaine de projets par des spécialistes intervenant sur des sujets aussi pointus que l’anthropisation du haut Vicdessos, la géoarchéologie de l’espace pastoral ou l'observation de la chytridiomycosis chez les amphibiens.
C’est une étude menée par Dirk Schmeller, ingénieur au Laboratoire de recherche de Moulis, qui porte sur les colonies d’amphibiens observées aux étangs de Bassiès pendant plusieurs mois.
Force est de constater que ce territoire est propice à la multiplication des tritons, crapauds et autres grenouilles:
«Nous avons travaillé sur le stress des populations et sur une maladie qui touche les amphibiens dans toutes les Pyrénées mais qui n’est pas encore arrivée dans les Pyrénées ariégeoises, il s’agit de la chytridiomycosis, un champignon vecteur de mort chez les amphibiens»
Selon le chercheur du CNRS, Bassiès est très touristique, il pense qu’un jour où l’autre des randonneurs venant des Hautes Pyrénées où la maladie s’est développée, apporteront des spores de ce champignons microscopique et participeront involontairement à sa propagation.
Gaël Le Roux, du Laboratoire Ecolab de Toulouse, étudie la qualité des sols en présence dans une vallée à forte tradition industrielle: que ce soit les mines de fer du Rancié, le plomb à Aulus ou l’aluminium à Auzat.
«Ces différentes exploitations industrielles et minières ont contribué à une pollution des sols (on parlera plutôt de contamination que de pollution).
Nous mesurons par carottage la présence de plomb ou d’arsenic dans les tourbières mais également dans les milieux cavernicoles qui normalement sont considérés comme étant protégés de l’activité humaine.
Nous avons au contraire observé qu’ils sont également impactés par la longue histoire industrielle de la vallée.
Comment restaurer les conditions du milieu, la diversité écologique ou la qualité de l’eau, c’est au terme de cette étude sur plusieurs années que nous pourrons tenter d’y apporter des réponses»
Pour Bernard Devasse, enseignant chercheur à l’école d’architecture de Bordeaux, le paysage constitue un élément patrimonial au même titre que les bâtiments.
«C’est quelque chose que l’on peut voir évoluer, c’est un paramètre important pour les gens qui travaillent sur l’histoire de la vallée»
Les paysages s’ouvrent et se ferment en fonction des activités de l’homme et dans cette vallée où agro-pastoralisme et activités agricoles étaient importantes jusqu’au XIXe siècle, il n’est pas rare d’en voir encore des traces dans le paysage: terrasses sur le piémont, orris en altitude, aujourd’hui autant de symboles d’un héritage passé.
«C’est un dispositif identique de construction en pierre sèche, on sent bien dans la vallée qu’il s’agit d’un élément de la mémoire populaire qui participe désormais à une autre activité: le tourisme»
Et en terme de tourisme, Didier Galop souligne que cette vallée, en faisant le choix du tourisme vert, du tourisme patrimonial, a compris que l’environnement global était une ressource, tout comme à une certaine époque les ressources de ce territoire (l’eau, le fer, la pierre) étaient exploitées.
«Mais il ne faut pas enterrer trop vite l’agropastoralisme, il a peut être encore un avenir a construire […] on l’a vu dans d’autres vallées des Pyrénées comme celles de Barrèges ou d’Ossau, alors pourquoi pas dans le haut Vicdessos ?»
Pour en savoir plus: http://w3.ohmpyr.univ-tlse2.fr
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