Ils s’appelaient Sandor Grunhut Garay et Vladimir Makaroff. L’un était journaliste hongrois, l’autre, peintre russe.
Un duo de choc réuni par le quotidien de l’internement au camp du Vernet d’Ariège. De leur rencontre sont nés plusieurs carnets illustrés.
A l’époque, Garay écrit, Makaroff peint et dessine.
Aujourd’hui, trois carnets sont parvenus jusqu’à l’Amicale des anciens internés du camp du Vernet d’Ariège.
Son président Raymond Cubells explique: «un premier (non signé) a été découvert par une famille à Léran en 2007. Peu de temps après, un autre a été trouvé en Israël par la famille Klarsfeld. Et le dernier en octobre 2010, par une famille à Lercoul en Haute-Ariège»
Nous sommes en 1940. Le Vernet d’Ariège est un camp réservé aux étrangers «indésirables» qui «menacent l’ordre public»
Garay et Makaroff arrivent au camp le 12 octobre 1939. Les conditions de vie sont particulièrement difficiles. Cela n’empêche pas les deux détenus d’en parler avec un humour terrible.
Première illustration: «Voyage dans le curieux pays du Vernet»
Au milieu du dessin, le «RF» de «République Française» a été transformé en «Résidence Forcée»
Et une citation de Dante (1314) ne laisse aucun doute: «Lasciate ogni speranza o voi ch’entrate», «Abandonnez tout espoir, vous qui entrez ici»
Sur un autre croquis: des baraques et des barbelés. Garay commente, «Vernet d’Ariège, lieu de rencontre du monde international. Ouvert toute l’année. Magnifique vue sur la liberté. Arrangements spéciaux pour Long séjour»
Page suivante, l’artiste a imaginé le «Vernet vu par le gouvernement»: sous un parasol, un homme lit le journal en sirotant une boisson dans la verdure.
Revers de la médaille dans «le Vernet vu par l’interné»: un pauvre bougre, étranglé par des barbelés implore devant une baraque délabrée, envahie par la pluie et les rats.
Un autre dessin illustre les «raisons d’internement vues... par les familles»: soit une tâche noire floue, douloureuse, indéchiffrable.
Outre ces trois carnets, des dizaines de dessins ont raconté la vie au camp. Alors pourquoi la production artistique y a-t-elle été aussi riche?
De nombreux intellectuels, militants, et artistes y ont été enfermés.
Et selon Raymond Cubells, «ce n’était pas un camp de travail, même s’il y avait des corvées. Les internés étaient si l’on peut dire «libres» à l’intérieur du camp»
C’est ainsi qu’ils ont pu coucher sur le papier l’enfer d’un quotidien déshumanisant.
Les deux auteurs des carnets ont fini par quitter le Vernet d’Ariège. Sandor Grunhut Garay (meneur d’une révolte le 26 février 1941) a été déporté au camp de concentration de Jelfa en Algérie.
Libéré par les alliés, il participe à la campagne d’Afrique du nord, puis à la campagne d’Italie où il est blessé par un éclat d’obus. Il décède de ses blessures dans les années 50.
Quant au peintre Vladimir Makaroff, on sait qu’il a été envoyé en Allemagne pour travailler. On a ensuite perdu sa trace.
| Le Camp de Concentration du Vernet d’Ariège (1939-1944) Dès février 1939, après la défaite de la République espagnole, le Camp de concentration du Vernet d’Ariège sert à regrouper les soldats de l'armée républicaine espagnole, notamment ceux de la 26° Division. Ils seront les premiers internés dans ce camp de concentration, terme utilisé dès février 1939 par l’administration de la Troisième République Française et les prisonniers. Suite à la déclaration de la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939, ce lieu est devenu un camp répressif destiné à enfermer «les indésirables étrangers», notamment, des volontaires des Brigades Internationales qui avaient combattu en Espagne contre Franco, des opposants politiques aux régimes d’Hitler, Mussolini et Pétain, des membres de la Résistance. A partir de 1942, il sert aussi à l’internement de transit pour les juifs raflés dans la région, avant leur déportation. De 1939 à 1944, 30 000 à 40 000 personnes d'une soixantaine de nationalités y ont été enfermées. Source: http://www.campduvernet.eu Pour en savoir plus: http://www.campduvernet.eu Pour visiter le musée du Vernet d’Ariège, joindre la mairie au 05 61 68 36 43 |
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Camp du Vernet d'Ariège: Histoire de l'internement organisé des «étrangers indésirables»



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