Ecologie expérimentale: la station du CNRS de Moulis à la pointe de la recherche
28/07/2008 | 13:48
L’arrivée, à la tête de la station de biologie expérimentale du CNRS de Moulis de Jean Clobert en 2006 a incontestablement donné un souffle nouveau à ce laboratoire dont la présence, pourtant unique en Europe, d’une grotte consacrée à l’observation et à l’expérimentation d’espèces cavernicoles tel le protée, ne suffisait plus à assurer la pérennité.

Avant de s’installer en Ariège, ce directeur de recherche au CNRS a participé à la mise en place, et au fonctionnement, dans le cadre de ses activités au sein de l’Ecole Normale Supérieure, d’un premier pôle d’expérimentation: l’Ecotron d’Ile de France.

Cette structure originale poursuit une triple action: comprendre le fonctionnement des écosystèmes, prévoir l’impact du changement global, et gérer et optimiser les écosystèmes.

Afin de poursuivre ses recherches dans des conditions optimales, Jean Clobert recherche un laboratoire, de préférence excentré, et susceptible de s’adapter facilement et rapidement à son travail. Le laboratoire de Moulis, en sommeil, réunit toutes ces qualités.

Pourtant, avant de s’engager plus avant, le CNRS demande au chercheur de «faire ses preuves»

En d’autres termes, démontrer ses capacités à faire venir dans ce coin perdu d’Ariège des chercheurs de renom et susciter suffisamment d’enthousiasme autour de son projet pour en faire un pôle de recherche de niveau international.

Mission apparemment accomplie puisque, ce vendredi 25 juillet 2008, Mme Armelle Barelli, déléguée régionale du CNRS Midi-Pyrénées vient présenter aux élus locaux, qui ont soutenu le projet avec enthousiasme, et aux principaux financeurs le programme complet de restructuration de la station de Moulis.

Le projet, inscrit dans le contrat de plan Etat-Région, est d’envergure puisque le coût des travaux, programmés jusqu’en 2011, est évalué à plus de 6 millions d’€uros, 6.280.000 très exactement, financés de la façon suivante:
- Etat: 1,5 millions d’€uros
- Conseil Régional Midi-Pyrénées: 1,5 millions d’€uros
- Conseil Général d’Ariège: 750.000 €uros
- Communauté de communes de l’agglomération de Saint Girons: 750.000N €uros
- Fonds structurels Européens (FEDER): 1,780 millions d’€uros

En fait, la nature de cette opération importante est double: «Le CNRS souhaite restructurer la station expérimentale de Moulis pour doter la communauté des écologistes de Toulouse et, plus largement, la communauté nationale et internationale d’une station expérimentale des sciences de l’environnement.

L’application des concepts et théories de l’écologie […] étant une discipline nouvelle, l’enseignement doit être partie intégrante du projet
»

Ce projet s’appuie donc sur deux pôles:
• Une partie recherche et expérimentation, tant la France est en retard dans ce domaine.
• Une partie formation qui sera de haut niveau pour les étudiants et chercheurs, mais qui aura aussi vocation à assurer la vulgarisation des connaissances acquises.

La partie recherche sera scindée en deux: la partie «laboratoire» sur le site historique de Moulis où seront créés trois labos (génétique, physiologie et biologie), et une partie «de terrain», installée dans la plaine de Caumont.

Sur cet espace, des volières, serres et autres cages à population, spécialement conçues et fabriquées par des artisans locaux pour ces expériences, vont être installées dans un milieu reconstitué en «zone humide» ou «tourbières»
 
En effet, les expérimentations permettant de mesurer l’impact des activités humaines sur les équilibres des écosystèmes et plus généralement l’évolution de note environnement seront étudiés par l’observation d’oiseaux, principalement des mésanges bleues, papillons et de petits reptiles type lézards.

Il convenait donc de reconstituer pour ces animaux en semi-liberté un environnement au plus proche de leur milieu traditionnel.

La partie formation reste centrée sur Moulis, avec l’aménagement des locaux actuels en chambres individuelles et la création, dans des bâtiments neufs de salles de conférences modulables utilisables pour l’enseignement, la diffusion de l’information, et l’organisation de colloques scientifiques de tous types.

La station de Moulis pense ainsi accueillir, outre une bonne vingtaine de chercheurs «permanents», une cinquantaine d’étudiants et autres stagiaires tout au long de l’année.

Projet particulièrement ambitieux, on le voit, tourné vers l’avenir, et qui fera de Moulis un centre de référence au niveau mondial. A noter que ce projet bénéficie du soutien actif de Bernard Delay, lui-même chercheur au CNRS et membre de l’IDDRI *- Institut du Développement Durable et des Relations Internationales –

Pour lui, Jean Clobert est l’homme providentiel tant pour le site de Moulis que pour la recherche en matière d’écologie expérimentale, discipline émergente mais dont les travaux peuvent s’avérer décisifs pour l’avenir même de la planète.

*A l'interface de la recherche et de la décision, l'IDDRI est une association loi de 1901, qui instruit les questions du développement durable qui nécessitent une coordination mondiale, comme le changement climatique ou la disparition des ressources naturelles. Dans ses analyses, il privilégie la gouvernance mondiale, les relations Nord-Sud et les négociations internationales.

Sa mission est triple: éclairer les décisions, identifier les sujets de demain et ouvrir un espace de dialogue à des acteurs aux intérêts souvent divergents (organismes de recherche, acteurs privés et publics de la vie économique, syndicats, ONG). Pour la remplir, l'IDDRI clarifie les enjeux, réunit les acteurs impliqués, quelle que soit leur origine et leur discipline, identifie de nouvelles questions. Il facilite ainsi une compréhension partagée des problèmes, tout en les inscrivant dans une perspective mondiale.

Photos: ©AriegeNews 2008
actualites Ariege
auteur: Bernard Pastourel | publié le: 28/07/2008 | 13:48 | Lu: 14118 fois