ariege > agriculture et environnement > agriculture
Etre berger: «un métier moderne, qui exige de grandes compétences»
25/11/2010 | 20:57
© MidiNews 2010
sur le même thème
montagne Pâtre en haute montagne: un métier qui s'apprend au CFPPA Ariège-CommingesPâtre en haute montagne: un métier qui s'apprend au CFPPA Ariège-Comminges
montagne Sur les Estives du massatois: le village de bergers de Goutets
transhumance Transhumance en haut Salat, tradition et convivialité au rendez-vous

Projetées sur l’écran, des images montrent l’estive de Soulcem à la frontière avec l’Andorre.

Devant un schéma (montrant les différents niveaux d’altitude et les «quartiers» de son estive), une jeune bergère explique son quotidien en montagne face à des collègues.

Car dans la salle, une quinzaine de pâtres (hommes et femmes) écoutent, posent des questions, et comparent avec leurs propres quartiers d’été qu’ils occupent avec leurs troupeaux.

Ce type de «rencontre technique» est organisé environ 2 fois par an par l’Association des pâtres de l’Ariège.

Et pour une de ses coordinatrices, Laurence Marandola, «c’est une rencontre qui permet une qualification professionnelle.

Ce sont des gens qui ont entre 5 et 30 ans d’expérience. Donc ils ont un grand savoir faire. Mais ils veulent toujours améliorer leurs pratiques
»

Et en écoutant les échanges entre les bergers, un non-initié se rend vite compte de la complexité du métier: comment gérer des centaines de bêtes?

Où les faire aller pour qu’elles mangent suffisamment et des végétaux nutritifs?

On sait par exemple que si les brebis peuvent brouter du «gispet», cette herbe ne fait que remplir la panse mais a peu de valeur fourragère, «il faudra les orienter vers des espèces comme du trèfle, de la fétuque, ou de la brome» explique une intervenante de la fédération pastorale.

Bref, pour être berger, il faut connaitre les plantes de montagne sur le bout des doigts.

Pendant la formation de deux jours, on se sert donc de «diagnostics pastoraux» pour analyser les pratiques.

Et selon Laurent Garde, pastoraliste venu des Alpes pour l’occasion (du Centre d'Etudes et de Réalisations Pastorales Alpes Méditerranée), il s’agit de «comprendre comment un berger fonctionne avec son troupeau pendant le temps de l’estive.

Voir si le chargement et la conduite des animaux sont adaptés par rapport à la ressource, au relief ou aux difficultés de l’estive.

Comment s’adapter à l’incertitude climatique? Comment prendre en compte le fait qu’il y ait d’autres usagers sur la montagne ?
»

Et devant ces discussions précises et techniques, on est bien loin de l’image d’un métier qui se léguait «sur le tas», souvent en famille.

«C’est vrai que traditionnellement, tout cela se transmettait sur le terrain, explique Laurence Marandola, c’était un pédagogie fabuleuse.

Ça peut exister encore dans certaines circonstances. Mais de plus en plus, il y a des personnes qui ne sont pas issues du milieu agricole qui sont attirées par cet univers
»

Et la profession impose aussi d’importantes exigences techniques, «même si les bergers ont le téléphone, on ne se rend pas forcément compte que le pâtre doit rendre compte de l’état de santé de ses bêtes, d’où elles sont sur la montagne, etc.»

Etre berger demande donc des connaissances trés actuelles, notamment concernant «la gestion d’un environnement fragile, ajoute Laurence Marandola.

Les pâtres ont en effet la responsabilité d’un écosystème qu’il faut apprendre à entretenir de façon durable: les pâturages, les pelouses, les sous-bois, notamment pour garder un potentiel fourrager sur le long terme»

Même si l’expérience du terrain sera toujours incontournable, tout comme la transmission de précieux savoirs par les anciens, la réflexion théorique a donc aussi fait son entrée dans la carrière d’un berger.

Elle permettra aussi à ceux qui ne sont pas issus du milieu de se faire une place.

Selon Laurence Marandola, «il y a un engouement pour ce métier, avec parfois une part de rêve.

Ce genre de formations permet aussi de faire émerger la vraie réalité
»

Elle ajoute, «il ne faut pas se voiler la face, c’est un métier saisonnier. Et même si c’est très riche, c’est extrêmement difficile et très physique.

Il y a la solitude dans la montagne, la responsabilité d’un grand troupeau, et des heures de travail que l’on ne compte pas
»

Il s’agit donc, à n’en pas douter, d’«un métier moderne qui exige de grandes compétences»

actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 25/11/2010 | 20:57 | Lu: 16744 fois