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Déambulation budgétaire ou errance d�un projet culturel?
La compagnie Pipototal est reconnue nationalement sur le plan artistique.
Philippe Geffroy, fondateur de la compagnie de théâtre de rue « Pipototal » n�est pas à son coup d�essai� Ce picard originaire de Beauvais, comédien de formation et ayant fait ses armes sur les planches des théâtres parisiens, rencontre par hasard la troupe Royal de Luxe et décide du jour au lendemain de tout quitter pour monter ses propres machines.
En 1989 il repart sur ses terres picardes, loue un corps de ferme et se met à l�oeuvre « �Je ne savais pas que j�étais fait pour la bricole�. »
Avec deux copains il élabore sa première machine et participe au Festival de la marionnette de Mirepoix. L�année suivante c�est cinq spécimens qu�il présentera sous la Halle de la cité médiévale. Cet été-là, il tombe amoureux de la marchande de gaufres et décide de s�installer dans l�Ariège qui devient désormais sa terre d�adoption.
Pendant dix années il fait du bénévolat à Mirepoix et gagne sa vie en tant que régisseur, il construit des machineries pour les décors des grandes scènes nationales (Belfort, Opéra du Rhin à Strasbourg, Comédie Française�).
Philippe Découflé, le célèbre chorégraphe, fait appel à lui pour la cérémonie d�ouverture des J.O d�Albertville mais notre ami reste d�une modestie à toute épreuve, amoureux du travail bien fait, il créé des machines intemporelles, sans moteurs «ï¿½ à l�énergie humaine, ça ne pollue pas, c�est écolo et c�est d�avenir » précise-t-il non sans humour.
Il est vrai que Léonard de Vinci à la Renaissance avait été le grand précurseur de ces machines extraordinaires mais la compagnie s�est fait une spécialité des arts de la rue grâce à la création de machines originales animées par des comédiens-manipulateurs, acrobates et musiciens.
Au début, ce sont les villes ayant une école de cirque qui les demande ou celles qui organisent un festival (Abbeville, Amiens ou Alès). Le défilé des machineries s�organise peu à peu en véritable spectacle comme à Alès où Philippe écrit une histoire tout en déambulant avec un spectacle final. A chaque intervention, il doit changer d�équipe.
En définitive, c�est humainement frustrant, artistiquement il n�y a pas de gain de qualité et pas vraiment de profit financier.
Coup sur coup, deux parades lui sont commandées pour les villes d�Arcueil et de Nanterre, cela lui permet d�avoir un peu de trésorerie et la possibilité de monter une équipe définitive. C�est à la « Grainerie » de Toulouse, un creuset de talents qu�il a découvert la plupart des 22 personnes qui composent aujourd�hui la compagnie (musiciens, artificiers, acrobates�).
En 2003 ses « Déambuloscopies » (parades acrobatiques sans spectacle) avec personnages costumés et masquées sur des machines oniriques lui valent un succès qui s�exporte à l�étranger.
Il monte sa compagnie « Le Pipototal » avec Christine Saint-André qu�il a rencontré en 1995 lorsqu�elle était encore directrice du festival de marionnettes de Mirepoix. Le Pipo s�installe dans une friche industrielle de l�Aiguillon qui permet à la compagnie de préparer et de répéter son spectacle pour le carnaval de Nice en 2004.
Le terrain et les bâtiments de cette ancienne filature de laine cardée correspondent tout à fait aux besoin des artistes de la troupe du théâtre de rue :
les locaux spacieux accueillent les machineries sans avoir à les démonter entre deux spectacles, les bâtiments annexes permettent de stocker les anciens décors, les véhicules lourds peuvent man�uvrer à leur aise, les répétitions et autres déambulations peuvent être envisagées sans causer la moindre nuisance au voisinage � bref des conditions de travail idylliques dans un écrin de verdure au pied de l�Hers.
De là est né le projet d�une résidence d�artistes sur ce terrain, un endroit permanent où chacun pourrait travailler dans sa discipline respective, avec des espaces de répétition permettant d�accueillir autant les pratiques amateurs que les pratiques professionnelles.
Pourquoi pas Ariège Terre Accueil pour notre jeunesse prédisposée aux arts du cirque ou de la scène, qui doit partir à Toulouse pour les stages ou la pratique. Selon les professionnels, les projets actuels concernant le spectacle vivant sont malheureusement souvent empreints de parisianisme ou cultivés dans les couloirs ou les salons d�un public partisan.
« L�Ariège terre courage » pour les uns, devient vite « Terre sans partage » pour les autres.
Bien que la position du Pays des Pyrénées Cathares ne soit en sa faveur, il existe toujours un beau projet artistique et culturel sur la friche industrielle de l�Aiguillon, soutenu par la population, les élus et la CCPO.
Nous sommes nombreux à le défendre car dans une zone économiquement sinistrée cette résidence d�artistes donnerait un peu d�oxygène au tissu local et permettrait de fixer nos jeunes trop souvent attirés par le chant des sirènes des grandes villes.
Après les Subsistances, laboratoire de création artistique à Lyon, La Biscuiterie, espace de création à Nantes pourquoi pas, rêvons un peu, La Filature, lieu tout aussi unique de création à l�Aiguillon dans l�Ariège�
Pour revenir à notre troupe de spectacle vivant, le Pipototal a fait il y a quelques mois avec sa « Parade des Voyageurs du XXIe siècle » l�ouverture de l�année Jules Verne à Amiens et cet univers onirique de grands jouets d�enfants fait l�unanimité auprès du public.
Il ne suffit pas de vouloir marcher dans les traces des Royal de Luxe, la qualité et le professionnalisme sont là et font la différence. « �C�est très stimulant� » avoue Philippe qui écrit en 2005 une nouvelle histoire où évolue une vingtaine d�intervenants, comédiens, musiciens� faiseurs de rêve.
Au printemps dernier, avant de partir au Festival de Châlon/Saône, il présente officiellement ce nouveau spectacle aux habitants du petit village qui subjugués pour n�avoir jamais rien vu de pareil, sont encore aujourd�hui sous le charme de cet évènement.
Enfin puisque la vie d�un spectacle est de trois ans, on retrouvera en 2006 nos amis du Pipototal à Alméria, Saint Raphaël (février), Graulhet (mars) Milan et Gênes en Italie mais aussi dans le cadre du Printemps Français à Kiev, en passant par Burgos en Espagne et Budapest mais en s�arrêtant, c�est promis, le 21 juin à Lavelanet pour la Fête de la Musique.
C�est dire le talent de cette troupe de spectacle qui représente un peu de l�Ariège aux quatre coins du monde.
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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 24/01/2006 |
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