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publié le 24/08/2007 imprimer envoyer � un ami commentaires(1)
Du temps où hommes et ours en Ariège combattaient ensemble le pouvoir central!

Alors même que la polémique sur la réintroduction des ours dans les Pyrénées bat son plein (voir la manifestation devant la sous-préfecture de Saint Girons ce vendredi), nous sommes tombés, par le plus grand des hasards, si tant est que le hasard existe, sur la tombe de la famille Mirouze, dans le petit cimetière d'Aleu, canton de Massat en Pays Couserans.

Entre autres occupants de l'auguste demeure figure l'abbé Pascal Mirouze dont l'épitaphe, gravée dans le marbre indique:

«ABBÉ PASCAL MIROUZE, CURÉ DE COMINAC EN 1905 S'EST VICTORIEUSEMENT OPPOSÉ, AIDÉ DE SES PAROISSIENS ET DES OURS DES PYRÉNÉES, AUX SPOLIATIONS RÉPUBLICAINES»

Nous nous sommes donc transportés un peu plus de 100 ans en arrière pour trouver la loi du 9 décembre 1905 dite «de séparation des Eglises et de l'État» et, surtout le décret du 29 du même mois imposant l'inventaire des biens des paroisses aux fins de transmission à l'État.

Entre le 29 janvier et le 10 mars 1906, ce ne sont pas moins de 368 inventaires qui furent dressés en Ariège, avec plus ou moins de facilité.

C'est ainsi par exemple qu'à Camarade (canton du Mas d'Azil), le percepteur chargé du dossier fut accueilli par des «jets de pierre, de morceaux de bois et d'oeufs»

Mais la résistance la plus forte vient du Haut Couserans, dans ces cantons qui ont vu naître, en 1829, et jusqu'en 1872, la fameuse «Guerre des Demoiselles», cette première rébellion contre un pouvoir central qui, dans le cadre de la mise en place du Code Forestier en 1827, prétendait restreindre les droits des paysans en matière de ramassage du bois, de coupes forestières, de marronage (exploitation du bois de construction), mais aussi et surtout de droits de pâturage, de chasse, de pêche et de cueillette.

Aujourd'hui encore nombre de mouvements de contestation contre les décisions prises «à Paris» ou «à Bruxelles» font référence à cette «guerre»
C'est le cas, par exemple et pour l'anecdote d'une partie du mouvement des opposants à la réintroduction des ours en Ariège.

Nous sommes donc le 6 mars 1906 et le percepteur arrive devant l'église de Cominac pour remplir son office.

Mais laissons plutôt la parole au Préfet de l'Ariège qui écrit, dès le 9 mars 1906 au ministre de l'Intérieur:

«J’ai l’honneur de vous informer que l’inventaire de la commune d’Ercé ( Cominac) n’a pu avoir lieu le 6 mars denier. Bien avant l’arrivée du percepteur, de l’adjoint au maire et de deux gardes champêtre, les cloches ont sonné et les habitants se sont dirigés vers l’église.

Lorsqu’il arriva, le percepteur se trouva, à l’église, en présence d’une foule compacte d’environ 300 personnes (tout le village) comprenant au moins 100 hommes et 200 femmes, filles ou enfants, en plus de 3 beaux ours que tenaient en laisse leurs propriétaires respectifs, et 4 curés; celui de Cominac, celui d’Aleu, le vicaire d’Ercé et le curé d’Aulus.

Le percepteur ayant fait connaître l’objet de sa mission, le curé de Cominac répondit par une longue et véhémente protestation, et lui remit un acte notarié constatant que l’église de Cominac avait été acquise et construite par le seul concours des habitants de la section de Cominac, par des dons et souscriptions en nature ou en argent.

Loin de chercher à contenir la foule et de la calmer, le curé fit appel au dévouement de ses fidèles, pour résister par la force aux opérations de l’inventaire. le curé d’Aleu qui était venu prêter main forte à son collègue, a engagé aussi tôt les habitants à la résistance à outrance, terminant par ces paroles «nous résisterons jusqu’au bout, car nous préférons mourir dans le sang plutôt que de vivre dans la boue
»

La perception adressa quelques paroles à la foule, pour protester contre les allégations du desservant, et déclara que la loi recevrait son exécution.
En présence de la résistance passive qui lui était opposée, il prit le parti de se retirer.

Je dois ajouter que cette population est composée de très bons contribuables et de gens très paisibles, qui avaient crû devoir protester, non contre le percepteur, mais contre l’application de la loi.

Il est à présumer qu’aucun incident grave ne se produira lorsque l’agent auxiliaire des domaines se présentera de nouveau pour faire l’inventaire; mais  il faut néanmoins s’attendre, cependant, à une très vive résistance de la part des gens qui ont la certitude que le droit de propriété qu’ils ont sur leur église, se trouvera menacé et deviendra illusoire
»

Ce droit de propriété dont parle le représentant de l'État est en effet fortement revendiqué par l'abbé Mirouze qui n'hésite pas à en attribuer le mérite aux ours même!

«Ceux qui ont bâti notre église n’étaient pas riches; c’est en promenant un ours à travers les campagnes du Canada et sous le soleil brûlant du Mexique qu’ils ont amassé les sommes qu’a coûté cette bâtisse»

A partir de ce jour, l'Ours, qui tenait déjà une place importante dans la mythologie locale (on lui attribuait volontiers des pouvoirs magiques en matière de fécondité par exemple), devint un symbole fort de l'identité Couserannaise et, au-delà, pyrénéenne.

Aujourd'hui, sa présence est sujette à polémique.
Ainsi va la vie…

Photo 1: Archives Départementales de l'Ariège - Inventaire de Cominac
Photo 2: ©AriegeNews 2007

  publié le 24/08/2007 par René Sicre
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