Ouverture du XXII Congrès de l'ANEM à Ax les Thermes, «l'identité montagnarde au coeur des débats»
27/10/2006 | 08:54

 Depuis jeudi se tient à Ax les Thermes le XXIIe congrès de l’association nationale des élus de montagne, une association créée en 1984 pour pérenniser les principes régissant ce qui allait devenir la loi montagne 1985.

Aujourd’hui l’ANEM a une triple mission: défendre la cause de la montagne au sein de la collectivité nationale et de l’union européenne, apporter un appui aux collectivités de montagne dans l’exercice de leurs missions et renforcer structurellement leur capacité d’action, enfin offrir un lieu de débat et d’échange sur les grandes problématiques de développement, d’aménagement et de protection de la montagne.

Plusieurs centaines de congressistes venus de tous les massifs ont assisté dès jeudi après-midi aux différentes tables rondes organisées au Casino et à la Mairie, sous l’œil bienveillant des forces de gendarmerie et des militants de l’ASPAP.

L’activité réglementaire des mois derniers a permis de dégager un certain nombre de thèmes de réflexion pour les membre de l’ANEM réunis dans l’Ariège.

Loi relative aux parcs nationaux, et aux parcs naturels régionaux du 14 avril 2006, loi portant engagement national pour le logement du 13 juillet 2006 qui apporte des outils pour une gestion foncière adaptée aux secteurs de montagne, projet de loi sur l’eau et les milieux aquatiques avec des dispositions notables pour les zones de montagne, projet du code de la montagne pour lequel l’ANEM a été consulté à deux reprises, fonds dédiés à la montagne présentés le 29 août dernier par le Premier ministre, enfin, rapport réalisé pour le compte de l’ANEM concernant l’environnement des saisonniers et des pluriactifs en station de montagne.

 Les intervenants au cours des débats, élus, responsables associatifs, auteurs de rapports parlementaires, tous très impliqués à divers titres dans chacun des thèmes abordés ont permis d’élever la discussion.

C’est sur  le thème «Pour une montagne habitée et fréquentée toute l’année» que Martial Saddier, député de Haute-Savoie, secrétaire général de l’ANEM a conduit la première table ronde.

Les participants ont pu aborder les spécificités du foncier en zone de montagne, bien que les enjeux soient différents selon les massifs, les priorités  des élus sont identiques : lutter contre la pression foncière pour maintenir les populations locales, assurer le maintien ou le développement des activités économiques traditionnelles et nouvelles, développer les structures d’accueil touristiques…
En conclusion favoriser un urbanisme plus cohérent.

Mais c’est surtout la table ronde sur le thème «La gestion équitable et durable de la faune sauvage» (il s’agit ici des loups et des ours) avec la présence d’Augustin Bonrepaux, député, président du Conseil Général de l’Ariège qui était la plus médiatisée compte tenu des problèmes générés dans le département par la réintroduction des ours slovènes.

Un débat mené par François Maïtia, président du comité du massif pyrénéen, vice président du conseil général d’Aquitaine, qui a donné dans un premier temps la parole à Jean-Marc Michel, directeur de la nature et des paysages au ministère de l’écologie:
pour lui «le poids de l’Europe dans les politiques est de plus en plus fort » /…/ « pour asseoir les politiques publiques, il faut bien gérer et bien connaître le patrimoine naturel : la faune sauvage ne mérite plus seulement d’être protégée, il faut qu’elle soit gérée de manière adaptative» /…/ « le gouvernement cherche des alliances avec des équipes d’autres états membres » /…/ «la gestion du loup passe par la régulation et les techniques d’effarouchement» /…/ « il faut essayer de trouver chez nos voisins des techniques différentes, on a fait venir un trappeur des Etats-Unis»

Michel Bouvard, député de la Savoie a évoqué le danger des grands prédateurs et le retour massif des loups: tous les crédits pour la période 2007-2013 sont investis pour des mesures de protection des bergers et des troupeaux «il n’y a plus de politique pastorale depuis les loups». Pierre Bracque, inspecteur général de l’agriculture au conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux a présenté une approche plus pragmatique axée sur «la transparence, le dialogue  et la concertation»

Augustin Bonrepaux est revenu sur la convention de Berne, ratifiée en 1989 qui stipule que l’introduction ne peut être réalisée sans l’acceptation des populations concernées pour lui, «c’est l’apprentissage de la démocratie de proximité».

Le président Bonrepaux a ensuite évoqué son voyage en Slovénie : «quand l’animal s’éloigne de l’endroit où il est consigné, il est éliminé et quand il y en a trop, on les supprime.

Là-bas le ministère de l’écologie ne souhaite pas que les touristes fréquentent les zones où se situent les ours car il connaît les dangers, alors qu’ici les écologistes de salon pensent que l’ours va faire venir les touristes et pour lui donner un caractère humain ils le baptisent Balou ou Sarousse » /…/ «Autrefois, les Pyrénées, c’était la sérénité, maintenant c’est la révolte» /…/ «un Etat responsable c’est un Etat qui arrête le gaspillage: 3 millions d’euros pour la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées, sans compter les cellules de crises, les vols en avion, les escadrons de gendarmes mobiles, les enlèvements en hélicoptère, les analyses en laboratoire… et je ne connais pas encore le prix des obsèques!

Le président de conclure «laissez les ours en Slovénie où ils n’importunent personne
»

Enfin Ignasi Rodriguez, sous-directeur général de l’environnement à la Généralitat de Catalogne a apporté un éclairage intéressant sur la problématique vue de l’autre côté des Pyrénées:
«Il y a encore aujourd’hui des moyens pour gérer les loups et les ours qui, nous concernant, viennent de France» /…/ «nous avons l’obligation de protéger le loup et l’ours mais également les espaces où se développe le pastoralisme »/…/ il serait impossible de gérer ce problème sans les moyens du XXIe siècle: satellite,  hélicoptère…mais chez nous le pastoralisme est figé dans le XIXe siècle, il faut donner aux bergers des moyens modernes pour se défendre»

La problématique reste entière face à la gestion de la faune sauvage.

Les débats qui ont eu lieu simultanément à la Mairie d’Ax sur le thème «Mutation des services au public: quel rôle et quelles responsabilités pour les élus en montage ?» étaient tout aussi passionnants car il s’agissait là, à travers des exemples soumis à l’actualité d’évoquer l’énergie,la gestion de l’eau, les nouvelles technologies de l’information, l’adaptation du rôle et de la redéfinition des missions des élus ainsi que de ses responsabilités dans le contexte difficile de la montagne… des sujets que les élus ariégeois avaient en partie évoqués vendredi dernier lors de leur congres départemental à Foix.

Mais le point d’orgue de ce XXIIe congres de l’ANEM aura lieu aujourd’hui avec la venue de Martin Malvy, président du Conseil régional Midi-Pyrénées et celle de Brice Hortefeux, ministre délégué aux collectivités territoriales, Dominique Bussereau, ministre de l’agriculture, et Christian Estrosi, ministre délégué à l’aménagement durable…

Photos: ©AriegeNews 2006

actualites Ariege
auteur: Laurence Cabrol | publié le: 27/10/2006 | Lu: 27085 fois