Saint-Lizier : une pharmacie du XVIIIème siècle
Ville épiscopale de 350 à 1801, la cité de Saint-Lizier porte la marque des évêques qui s’y sont succédés. Le trésor des évêques du Couserans exposé dans l’ancienne sacristie qui jouxte le cloître tout comme les fresques exceptionnelles du XIe siècle qui décorent l’église ou le palais épiscopal construit au XVIIe siècle sont autant de témoignages de la magnificence de ce diocèse au pied des Pyrénées.
Mgr de Marnays, évêque de Saint-Lizier de 1752 à 1779 consacra sa fortune au bien de son diocèse et c’est à lui que l’on doit l’actuel Hôtel Dieu achevé en 1764 sous le patronage de Saint-Jacques.
Ce grand bâtiment du XVIIIe siècle, en plusieurs corps, est attenant à la cathédrale et l’on y peut découvrir une très belle pharmacie de même époque (bien que l’on ne puisse, faute de documents d’archives, en dater exactement la réalisation). Elle est faite de boiseries de style Louis XV en bois de fruitiers de ton ambré.
L’ensemble de la pièce se compose de quatre placards d’angle, de forme semi-circulaire, d’une vitrine, et de haut en bas, d’étagères, de tiroirs et de meubles droits. L’harmonie qui se dégage de cette pharmacie est essentiellement due à la cohérence des proportions : la hauteur des meubles est a peu près le double de celle des tiroirs galbés.
D’autre part, tandis que les étagères sont profondes de 0,16m, les tiroirs avancent légèrement de 0,20m mais sont un peu en retrait sur le meuble lui-même. Des pots en faïence, ornent les étagères : chevrettes pour les sirops, pots canons, albarelles (pour les poudres et onguents) avec le nom du remède contenu, provenant vraisemblablement d’une faïencerie de Mérignac-Laspeyres (près de Martres-Tolosane). En plus de ce remarquable ensemble de pots, des bocaux en verre, des objets divers dont une trousse de chirurgie avec tous ses instruments.
Deux tables de préparation au dessus en marbre et deux mortiers, l’un en marbre avec un gros pilon, l’autre en bronze, pesant plus de 40kg complètent ce bel ensemble. La pharmacie possède également une vingtaine d’ouvrages du XVIIIe au XIXe siècle concernant la médecine et la pharmacie dont le remarquable traité de Nicolas Lémery « Pharmacopée Universelle » qui permet l’identification de certains remèdes que contenait la pharmacie de Saint-Lizier.
Ce livre est précieux car il nous apprend aussi comment se soignaient nos ancêtres, avec des extraits de plantes, de vipère, scorpions, crapaud, urine de vache, crottin de cheval et autre poudre d’araignées.
Les pots en faïence, qu’ils soient à décor bleu ou polychrome, pots canons sur piédouche, chevrettes, pots à anses torsadées, albarelles à couvercles semblent dater, bien qu’aucun document ne l’atteste, des dernières années de l’ancien régime, quand l’hospice fut réorganisé. Ils proviendraient des environs de Martres-Tolosane. Une soixantaine de bouteilles, soufflées à la bouche, portent, en lettres plus ou moins maladroites le nom du contenu, souligné par un dessin en jaune et rouge. Il est vraisemblable qu’elles soient de la même époque que les pots mais de production locale.
Parmi elles, «le vinaigre des 4 voleurs» dont on raconte encore aujourd’hui l’histoire: en 1630 une épidémie de peste touche la ville de Toulouse et décime sa population. Quatre détrousseurs de cadavres sont arrêtés et les autorités ne comprennent pas comment ils ont pu résister à la contagion malgré leur affreuse besogne. Aussi on leur propose, s’ils dévoilent leur secret, de les acquitter de la peine capitale qu’ils encourent. Naturellement ils avouent s’enduire les mains et le visage d’un vinaigre de leur composition qui joue un rôle antiseptique.
Sa recette en est donnée dans un manuel de 1772: «Prenez deux pintes du meilleur vinaigre dans lequel vous mettez infuser des feuilles de sauge, d’absinthe, de romarin, de rue, de lavande, de thym, de la grande menthe, de chacune une petite poignée ; laissez infuser le tout pendant huit jours au soleil ou sur des cendres chaudes, passez-le et faites dissoudre dans la liqueur une once de camphre. Ce vinaigre est un excellent antidote contre la peste et le mauvais air ; on s’en lave le matin la bouche, on s’en frotte sous les aisselles, et on en respire de temps en temps.» Quatre grands pots aux remèdes les plus prestigieux de la pharmacopée sont placées aux angles de la pharmacie: l’Alkerme, l’Hyacinthe (orthographiée Dhyacinte), l’Orviétan et la Thériaque. Arrêtons-nous un instant sur cette dernière.
Considérée comme la panacée universelle depuis l’Antiquité, inventée par Andromaque médecin de Néron, elle a la vertu de tout soigner (et guérir ?). C’est un «électuaire opiacé polypharmaque» dont la recette est encore donnée dans les manuels de pharmacie de 1827.
Il entrait dans sa composition soixante-trois plantes et des troncs de vipères desséchées, avec les cœurs et les foies.
Ces vertus étaient nombreuses: «cet antidote ou opiate est propre contre toutes les maladies contagieuses: peste, fièvres malignes, petite vérole, morsure des bêtes venimeuses, poison de la ciguë, du napellus, bon contre coliques venteuses, vers. On s’en sert pour l’asthme, les fièvres intermittentes, la paralysie, l’apoplexie, l’épilepsie, la léthargie, les maladies hystériques. Elle fait dormir quand elle est récente parce que l’opium y domine : elle est bonne alors pour arrêter les hémorragies.»
Pour éviter toute fraude lors de son élaboration, les pharmaciens parisiens décident au XVIIe siècle de la préparer en public. La Pharmacie de Saint-Lizier demeure un bel exemple de l’ébénisterie du XVIIIe siècle. Elle est à mettre en relation avec l’apothicairerie des Jésuites (XVIIe) présentée au Musée Paul Dupuy de Toulouse et son magnifique vase à Thériaque en étain gravé. Pharmacie de l’Hôtel Dieu Renseignements Office du Tourisme de Saint-Lizier Place de l’Eglise 09190 Saint-Lizier Tél : 05 61 96 77 77
Crédit photos: office du tourisme de Saint Lizier |