Foix: entretiens sous le signe de la spiritualité
29/01/2007 | 10:19

 En 2004, les administrateurs de l’Union Départementale des Associations Familiales de l’Ariège (UDAF) ont mené une réflexion sur la possibilité d’amener une information de qualité, trop souvent réservée à la «capitale», à un large public et principalement aux familles du département de l’Ariège, département rural par définition.

De cette réflexion sont nés «Les Entretiens de Foix»
Edith Authié, présidente de l’UDAF (union départementale des associations familiales) de l’Ariège a ouvert samedi matin la 4ème édition des Entretiens de Foix, des entretiens sous le signe de la spiritualité et des religions avec un colloque sur le thème: Le besoin de croire est-il essentiel à l’homme?

Après avoir abordé des sujets aussi variés que: «Violence dans le monde contemporain», «Démocratie entre droit et devoirs» et «Médias une nouvelle autorité», cette année le colloque de l’UDAF a réuni à l’Espace Olivier Carol des professionnels de renommée nationale et internationale, tels que: Jean-Pierre Quignaux, économiste, Prospectiviste,spécialiste des médias, Jean-Pierre Guiraud, Médecin généraliste, Acupuncteur, spécialiste du chinois ancien, Jean Clottes, Conservateur Général du Patrimoine, Archéologue, spécialiste mondial d’art rupestre, Thierry Gaudin, polytechnicien, ingénieur général des mines, spécialiste de l’évolution planétaire et Marie-Jean Sauret, professeur de psychologie, psychanalyste, responsable de recherche.

En ouverture des débats un brillant exposé d’Evelyne Caralp, psychologue clinicienne et psychanalyste, expert à la commission Education de l’Udaf de l’Ariège et  membre du Conseil Scientifique de l’Université des Familles UNAF Paris.

«Le sacré, c’est ce qui caractérise l’homme sur toute la surface de la planète. Le monde compte quelque mille cinq cents religions répertoriées. Placez un homme quelque part sur une île et, au bout d’un certain temps, il créera sa propre religion. Elle est la réaction de l’homme face à l’inconnu» (Georges Charpak)

A partir de là s’enchaînent les postulats…
«Avec les Modernes, la Raison a permis à l’homme de s’émanciper de toute spéculation métaphysique (tradition, religion). L’homme a alors surinvesti la Science. Avec la notion de progrès, de vie meilleure, elle lui fournissait de l’espoir et du sens…/…/…
Aujourd’hui, dans notre monde postmoderne, il semblerait que l’humanité n’ait plus aucun devoir envers qui que ce soit, ou quoi que ce soit. Dieu et la Science n’ayant pas réussi à satisfaire l’être humain, c’est l’économie libérale, infiltrée dans toutes les sociétés démocratiques, qui a conduit cet homme trompé, trahi, abusé, vers une autre forme de vie moins idéaliste, plus matérielle, plus pragmatique :l’individualisme
»

Aujourd’hui la croyance ne se transmet pas de génération en génération, elle se traite de manière privée.

Si les catholiques pratiquants qui croient en la vie dans l’au-delà, les nouveaux croyants s’intéressent à la mondialisation et se fabriquent leur propre objet de croyance (avec Internet).

«Alors dans ce monde (la sortie de la religion), le sujet se préoccupe solitairement et pragmatiquement de son intérêt personnel»
Quand un sujet a des difficultés il croit, quand tout va bien, il ne croit plus.

«Dès qu’il y a de l’humain, il y a de la religion» car l’homme est un «être de manque» et derrière ce besoin de croire, il y a une recherche identitaire et la peur de mourir: d’où la recherche d’un maître spirituel.

Dans le magazine Le Monde des Religions (sept-Oct. 2005) un sondage révèle que 78% des français pensent que la religion est un besoin essentiel pour l’homme et que, loin de disparaître, elle se transforme et perdure.

Mais la croyance et le savoir sont étroitement liés: en médecine, l’effet placébo arrive à guérir 30% des pathologies fonctionnelles et organiques. On a remarqué que l’effet de croire permettait de faire baisser la tension et stimulait la production de dopamine (stimulant des fonctions assurant la circulation sanguine)…
Ainsi peut-on dire que la croyance fait des miracles?

Jean-Pierre Giraud, médecin généraliste, acupuncteur, spécialiste du Chinois ancien, a profité de ses voyages en Chine et en Inde pour étudier les philosophies orientales, les textes taoïstes ou encore l’Advaita, doctrine non dualiste indienne.

Il a développé dans le cadre de ce colloque le concept d’unicité de a conscience du monde manifesté. Créer et croire sont les deux pendants de cette Conscience à l’origine de tout ce qui existe: «nous ne sommes que cette conscience en actions»

Lao Tseu: «le Tao est une source jaillissante qui n’emplit rien, un vide infini d’où toute la création est issue... J’ignore d’où vient le Tao, car il existait déjà avant toute histoire»

 D’après Jean Clottes, éminent spécialiste mondial de l’art rupestre, le besoin de croire est secondaire, le besoin primaire est celui de comprendre car l’homme est un chercheur.
«L’homme créera sa propre religion, elle est la réaction de l’homme face à l’inconnu » (Georges Charpak).

Il essaie de comprendre avec les moyens qu’il a et la religion va au-delà de la compréhension. «Je pense que l’éveil de la spiritualité, ajoute Jean Clottes est important dans son  cheminement car c’est l’éveil des consciences qui va au-delà des contingences matérielles de survie au jour le jour. La religion c’est l’organisation de la spiritualité»

Les premiers balbutiements de spiritualité dans les humanités se manifestent à travers l’art, à travers les pratiques funéraires (croyance d’une vie dans l’au-delà) ou des attitudes qui ne répondent pas aux impératifs de la vie quotidienne.

«Ces trois critères permettent de penser qu’il y a une religion et le développement des consciences, de la spiritualité donc de l’art suit le développement du cerveau humain : les premiers hommes viennent d’Afrique entre 150 000 et 200 000 ans et on a découvert en Afrique du sud un bloc d’hématite  travaillé de symboles géométriques datant de 77 000 ans»

Quant au chamanisme, c’est une religion extrêmement répandue dans les cultures de chasseurs-cueilleurs (paléolithique 40 000-10 000ans).

Jean Clottes avance ainsi ses réflexions sur le sujet: dans ces cultures il y a plusieurs mondes étagés ou parallèles, souvent interconnectés (influence des esprits, des dieux, dans le monde quotidien) ce qui entraîne deux concepts celui de la fluidité et de la perméabilité.

 Ainsi, ce qui se passe dans le quotidien de ces hommes est influencé par les esprits mais également (réversibilité) les chamanes peuvent aller dans l’autre monde et les principaux endroits où l’on peut rentrer en contact avec l’autre monde sont souvent inaccessibles: les très hautes montagnes, le ciel,  l’eau profonde (légendes sur les sources), la roche, le monde souterrain.

Concept de perméabilité: le chamane à travers sa transe envoie son âme dans le monde surnaturel d’où il peut ramener les âmes égarées;
concept de fluidité entre les genres : le chamane peut se transformer ainsi s’il est habité par l’esprit d’un grizzli il se transforme en ours (dans le monde surnaturel où il voyage les animaux sont doués de parole d’où l’existence du mythe du paradis terrestre).

Au Paléolithique les hommes se retrouvent dans les grottes profondes pour réaliser des dessins (rappelons qu’ils n’habitent pas ces grottes, c’est une idée du XIXe, ils habitent à l’extérieur, dans des cabanes, des tentes faites de peau) et pendant 25 000 ans ils vont utiliser ces parois pour pratiquer leur culte.

Il faut un contrainte de croyance très forte pour faire des kilomètres à l’intérieur des boyaux à la simple clarté de lampes à graisse: pour eux c’est un monde surnaturel habité d’esprits et de dieux ; ils sont certainement en transe car dans ce milieu souterrain il n’y a plus de repères sensoriels et plus aucune notion de temps.

Ces dessins avaient un rôle, certains disent que c’est pour représenter un mythe, il est vrai qu’il n’y a pas de religion sans mythe. Mais le pouvoir de l’image  est considérable dans ces croyances: l’image représente la personne, c’est un médiateur pour rentrer en contact avec les esprits.

Le chamane qui allait dessiner dans les grottes devait posséder un vrai  talent (on le voit à Niaux, les images sont excellentes, ils dessinent les animaux en fonction du relief naturel de la paroi de la grotte).

Dans plus de 20 grottes ornées en France et en Espagne, on trouve des os plantés dans la paroi «pour franchir le voile entre le monde où l’on est et l’au-delà» précise Jean Clottes. Les empreintes de main permettent de rester en contact avec ce monde surnaturel.

Les hommes de la Préhistoire pratiquaient certainement des cultes de type chamanique qui se sont modifiés en fonction des temps et des lieux (rien n’est figé). Le pouvoir de l’image joue un rôle important dans ces religions car elle permet de créer une médiation entre le sacré et le profane.

Un thème que l’on retrouvera, celui du pouvoir de l’image à travers les médias et dans la société contemporaine développé par Jean-Pierre Quignaux, économiste, spécialiste des médias.

Cette 4ème édition des «Entretiens de Foix» l’UDAF a permis à nouveau de mettre à la portée d’un large public, une information choisie sur un sujet d’actualité.

Avec le thème «Le besoin de croire est-il essentiel à l’homme ?» ce colloque aborde les fondamentaux et permet aux ariégeois d’assister à des exposés de qualité, souvent nourris de philosophie ou de psychanalyse  mais qui méritent qu’on s’y attarde… afin d’élever le débat et d’ouvrir des pistes de réflexion.

UDAF de l’Ariège
19, rue des Moulin
BP49 - 09002 Foix cedex
Tél: 05 61 05 01 98

Photos: ©AriegeNews 2007
Photos grotte de Niaux: ©SESTA

actualites Ariege
auteur: Laurence Cabrol | publié le: 29/01/2007 | Lu: 8088 fois