Exil et Evasion à Saint Girons: inauguration de la «Maison du Chemin de la Liberté»
15/07/2007 | 11:56

 La «Maison du Chemin de la Liberté» a été inaugurée mardi 10 juillet  2007 à Saint Girons par M. Bernard Gondran, maire de la ville, en présence de nombreuses personnalités françaises, catalanes et espagnoles, mais aussi de représentants de combattants alliés, les anglais étant les plus nombreux.

Construit sur les terrains de l'ancienne gare SNCF fermée en 1993 et racheté par la commune en 1998, ce véritable musée assurera le devoir de mémoire indispensable pour les générations futures.

Fuyant le régime nazi, des dizaines de milliers de réfugiés ont utilisé, de l'armistice de juin 1940 à la fin de la guerre, les services de «passeurs» pour gagner l'Espagne.

Mais ils n'étaient pas les seuls à fuir la France occupée. De nombreux combattants désireux de continuer la lutte au sein de la France Libre du Général De Gaulle, des aviateurs anglais ou américains dont l'avion avait été abattu par les nazis et qui souhaitaient regagner leur pays ou poursuivre le combat, utilisaient également ces filières.

On estime généralement à plus de 30.000 le nombre d'évasions réussies sur l'ensemble de la chaîne pyrénéenne.

Si le réseau «Comete Line» a plutôt concentré ses «routes d'évasion» sur le Pays Basque, près de Bayonne, le réseau «Pat O'Leary Line» originellement centré sur la côte méditerranéenne, près de Marseille, a rapidement orienté ses évadés vers les Pyrénées centrales.

C'est ainsi que le chiffre officiel de 782 a pu être avancé concernant les seules hautes vallées ariégeoises, et plus particulièrement couserannaises. Certains historiens pensent toutefois que ce chiffre reste très en-deçà de la réalité.

Le Maire de Sor, commune catalane qui a mené ce projet parallèlement avec Saint Girons, dans le cadre d'un accord signé en janvier 2001, explique cette filière couserannaise par les liens très anciens qui unissent, par-delà les montagnes, les vallées du Paillars, du Couserans et du Val d'Aran.

Il est d'ailleurs frappant de constater les similitudes culturelles entre ces trois «Pays» à commencer par la langue, tant il est vrai que le gascon parlé en Pays Saint-Gironnais est quasi identique à celui parlé en Catalogne et, en tout état de cause, bien plus proche de lui que du français ou même que du patois languedocien.

Si  l'on parle aujourd'hui «Du Chemin de la Liberté», il faut comprendre toute la symbolique de ce terme.

En effet, il n'existait pas une seule route, mais bien de multiples sentiers, partant de Saint Girons et empruntant les vallées d'Aulus les Bains, Massat, Castillon en Couserans, Seix et Sentein.

Il ne faut pas oublier non plus, comme le faisait très justement remarquer Mme la Directrice Générale de la Mémoire de la «Généralité» de Catalogne, que ces chemins fonctionnaient dans les deux sens: Exil et évasion.

Exil pour les républicains espagnols fuyant le régime franquiste, et évasion pour tous ceux qui fuyaient le régime nazi. Dans les deux cas, les passeurs oeuvraient pour la Liberté, contre tous les fascismes.

Dans un discours très émouvant, elle devait rappeler que l'édification de ces lieux symboliques ( Un musée de la Liberté doit être inauguré le dimanche 15 juillet à Sor, en Catalogne) ne constituent qu'une partie du remboursement de la dette de la mémoire, et représentent l'avant-garde d'une Europe bien différente de celle que forge jour après jour le pouvoir économique.

Une Europe de la démocratie qui veut concilier des différentes mémoires qui cohabitent sur notre continent.

Jean-François Valette, Préfet de l'Ariège ayant été appelé à Paris, c'est Mickael Doré, Sous-préfet de Saint Girons qui parle ensuite au nom de la France. Rappelant que cette cérémonie s'inscrit dans le cadre des actions coordonnées par la commission départementale pour la Mémoire, voulue par le Préfet, il rend ensuite, à travers la personne du colonel Guy Séris, Président de l'association «Chemin de la Liberté», un hommage vibrant aux combattants français comme aux guérilleros espagnols pour leur combat, sans oublier de citer le camp d'internement du Vernet d'Ariège.

Associant sport (M. le sous-préfet est un marathonien émérite) et devoir de mémoire, la randonnée en montagne que constitue ce «Chemin de la Liberté» tracé entre Couserans et Val d'Aran rend hommage aux quelques 2.200 morts, dont la moitié environ de passeurs et quelques 5.000 capturés et déportés, résistants au nazisme, qui se sont sacrifiés pour que vivent la Liberté et la Démocratie.

Merci à eux, Merci à leur courage et à leur sacrifice, Merci d'avoir su refuser l'inacceptable pour nous laisser un héritage de Paix et de Liberté.
«Au pire de l'homme a répondu le meilleur !»

La visite de la Maison du Chemin de la Liberté a permis à tous, grâce au  commentaire avisé du colonel Séris, et sous les feux d'un lustre peu commun, de prendre connaissance des nombreux documents rappelant l'action des montagnards ariégeois dans la résistance à l'occupant nazi, et leur rôle dans les réseaux d'évasion qui ont permis de sauver, outre l'honneur de tout un pays, des centaines de vies humaines.

Photos: ©AriegeNews 2007

actualites Ariege
auteur: Bernard Pastourel | publié le: 15/07/2007 | 11:56 | Lu: 19156 fois