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Guzet-Neige: le Syndicat mixte passe la main!
08/10/2007 | 10:12
Cela n’a pas été annoncé tout de suite, mais depuis le 14 septembre, le syndicat mixte de Guzet délègue la gestion de la station couserannaise à la société Altiservice. C’est une date historique et le dénouement d’une histoire d’Amour entre Guzet, le Couserans et l’Ariège qui aurait pu, comme tant d’histoires d’Amour, finir très mal.
Revenons quelques années en arrière.
Nous sommes en 1947, le tourisme thermal qui faisait vivre la vallée est abandonné à Aulus les bains après l’incendie des Thermes.
Plus haut, le ski club Saint-Gironnais est implanté depuis quelques années sur les pentes qui dominent le col de la Trappe.
Les quelques fondus de ski qui fréquentent déjà ce champ de neige le font dans des conditions que l’on a aujourd’hui quelques difficultés à imaginer.
Il n’y a pas de route, pas de remonte-pente, aucun aménagement.
Les skieurs, avec un équipement que l’on ne trouve plus aujourd’hui que dans quelques musées (chaussures en cuir, skis en bois, fixations à crochets) partent, à pied, skis sur l’épaule de La Trappe jusqu’en haut de Prat Mataou.
Les jours de très beau temps et de grande forme, ces précurseurs effectuent 3 descentes dans la journée!La municipalité d’Aulus voit là un moyen de sauver le village.
En 1952 commencent les travaux permettant de relier par la route Aulus à La Trappe. Les travaux, parkings compris sont achevés en 1961.
«Titine», au Champ de Neige ouvre en décembre 1962.
Le premier équipement était un simple câble porteur. Le SIALTU Syndicat Intercommunal d’Aulus, la Trappe, Ustou, est créé en 1961.
Les premiers téléskis, reprenant les pistes défrichées quelques années auparavant sont installés.
La Trappe, les Souleillous et le Vallon Blanc sont équipés.
Pendant ce temps, de nouveaux travaux routiers sont engagés, la route permettant l’accès au domaine de Guzet est goudronnée en 1968.
Mais la station a du mal à démarrer, et les communes éprouvent les plus grandes difficultés à rembourser les emprunts contractés.
En 1968, la décision est prise par la SIALTU de mettre la station en concession.
C’est la S.E.T, Société d’Équipement Touristique, appelée plus communément société Pippi, du nom de son patron qui emporte le marché.
Personnage atypique que cet Adrien Pippi, industriel toulousain qui a fait fortune dans le domaine de la fabrication de supports en béton armé pour lignes électriques et qui s’offre la station de Guzet comme tout nouveau riche se paye une danseuse.
Le contrat est signé le 28 avril 1968, pour 30 ans et pose un certain nombre de conditions: reprise de la dette des communes, versement de 0,5% du chiffre d’affaires des remontées mécaniques à la commune d’Ustou, autant au SIALTU.
De plus, la société Pippi s’engage à élaborer un plan d’urbanisation.
C’est l’âge d’or de la station, après l’aménagement de la route jusqu’à Guzet et Prat Mataou, construction d’immeubles et de chalets, installation de 6 téléskis dans le vallon de Guzet.
Le premier télésiège est mis en service en 1976.
Suit l’agrandissement de la station sur la Freychet, qui amène les skieurs à 1900 mètres dès 1977, dynamitage de la vallée du Turgilla pour ouvrir la piste du plateau de Gérac qui sera terminée en 1979, mais qui déclenche la colère des écologistes qui obtiennent le classement du cirque de Cagateille, bloquant ainsi tout projet de développement dans cette zone.
Et c’est la chute de l’empire romain, l’élan est cassé, la saison 89/90 est catastrophique et la SET, qui entre temps a fusionné avec la société «mère» d’Adrien Pippi, la SIEBA, Société Industrielle d’Exploitation du Béton Armé, laquelle a aussi des problèmes de trésorerie, ne peux plus respecter ses engagements financiers et se désengage de l’entretien et de l’équipement de la station.
C’est la crise!
Avant d’aller plus loin, rendons à César ce qui appartient à Adrien. Même si M. Pippi (dont, pour l’anecdote, le principal opposant s’appelait M. Bienvenu Cuccu) n’a pas toujours respecté les règlements et autres obligations légales, il n’a jamais bénéficié de la moindre subvention, et force est de reconnaître que les travaux immobiliers, chalets, immeubles, et autres aménagements divers ont toujours été parfaitement intégrés au paysage, ce qui fait que ¼ de siècle après, Guzet conserve, au milieu des sapins centenaires, un coté «nature» remarquable.
Le SIALTU qui, entre temps est devenu SIGN Syndicat Intercommunal de Guzet-Neige rompt le contrat de concession et propose à la SIEBA un protocole de dédommagement qui sera immédiatement dénoncé par le Préfet de l’époque.
Il faudra attendre le 9 septembre 2004 pour qu’un accord intervienne concernant l’application d’un nouveau protocole, lequel accorde un dédommagement d’un peu plus d’1 million d’euros à la SIEBA qui en réclamait au départ près de 4 millions.
Afin de continuer à gérer la station, un syndicat mixte dont le Conseil Général détient 52% des parts est créé qui reprend la concession, preuve, pour les élus, que le département entend bien sauver la station dans le souci de «soutenir le developpement touristique du departement»
Henri Nayrou, vice président du Conseil Général en assure la présidence.
Nous sommes fin 1992. En Octobre de l’année suivante, la Compagnie Française de Loisirs qui avait délégué M. Hadad, lequel dirigeait auparavant une station dans les Rocheuses canadiennes se désengage.
Arthur De Tourton prend la place et l’on doit à la vérité de dire que la station, faute de moyens financiers, végète jusqu’en 1999, année au cours de laquelle le Conseil Général via le syndicat mixte décide d’investir 10 millions d’euros pour moderniser la station et éviter la fin de Guzet.
Modification et modernisation des remontées, mise en place de canons à neige, création d’un restaurant d’altitude.
Derrière ces investissements et l’indispensable remise à niveau se profile le désengagement du secteur public, afin de redonner la gestion au privé gage, pour beaucoup, d’efficacité et de résultats.
Et apparemment, ça marche.
Les investisseurs privés s’intéressent à cette station bien intégrée aux possibilités réelles.
Le groupe Simbiosis investit Guzet 1400, que l’on croyait condamné par manque chronique de neige, aux cotés du réceptif Odalys déjà installé dans la vallée.
La décision de lancer une DSP (Délégation de Service Public) est prise en 2005.
Elle n’aboutira pas de suite, les vautours croyant se délecter à bas prix de cette station en crise latente.
Mais Henri Nayrou tient bon et le Syndicat Mixte gère encore deux saisons aux résultats diamétralement opposés.
2005-2006: record de recettes battu (1.750.000 euros), saison 2006-2007: record de recettes à nouveau battu, mais dans l’autre sens.
L’absence quasi totale de neige génère un des chiffres d’affaires le plus bas jamais réalisé.
Fin de Guzet?
Non, le Syndicat relance la procédure de DSP et le 14 septembre, l’accord est signé entre Augustin Bonrepaux, président du Conseil Général, Henri Nayrou, président du Syndicat Mixte et Benoit Clocheret, PDG de la société Altiservice.
Selon ce contrat, le syndicat mixte reste propriétaire des installations, présentes et futures, c’est d’ailleurs lui qui décide des investissements futurs, et il garde un droit de regard sur la gestion de l’exploitation.
Altiservice, société anonyme créée en 1990, au capital de 5.120.000 euros, est une filiale à 100% de la Lyonnaise des eaux, qui a son siège social à Toulouse.
Premier exploitant de domaines skiables des Pyrénées, elle gère déjà en DSP les stations de Luchon-Superbagnères (31), Saint-Lary (65), Gavarnie-Gèdre (65), Artouste (64) et Font-Romeu/Pyrénées 2000 (66).
En reprenant la gestion de Guzet Neige, elle hérite d’une station à vocation familiale mais que ne dédaignent pas les plus sportifs (Ah! la Noire du Freychet !), sur les 40 Km de ses 31 pistes desservies par 14 remontées mécaniques.
Gageons que ce choix sera celui de la réussite pour la station, mais aussi et surtout, au-delà pour tout le Couserans qui ne peut que bénéficier des retombées d’une station qui ne demande qu’à se développer, du coté du Fouillet par exemple …
… si le Tribunal Administratif devant lequel le projet d’UTN (Unité Touristique Nouvelle) a été porté donne le Feu Vert tant attendu.
Photos: ©AriegeNews 2007
auteur: Bernard Pastourel | publié le: 08/10/2007 | Lu: 33306 fois
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