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Quelle filière pour le traitement des déchets ménagers en Ariège?
 En 2011 le site d’enfouissement technique de Berbiac sur la commune de Manses arrivera au terme de son exploitation.
Depuis dix ans il accueille 50.000 tonnes de déchets par an (soit plus de 500.000 tonnes stockées aujourd’hui), seulement de la partie Est du département de l’Ariège car le Couserans utilise une filière de traitement extra-départementale avec le centre d’enfouissement de Pihouc en Haute-Garonne.
L’Ariège a engagé en 2006 la révision du plan départemental d’élimination des déchets ménagers et assimilés (PDEDMA) qui permettrait à terme de soulager la décharge de Manses et assurer ainsi le traitement des déchets pour les 20 à 30 ans à venir.
Dans ce contexte, le Conseil Général a réalisé une étude sur les différentes filières possibles:
- Usine d’incinération des ordures ménagères avec valorisation énergétique (UIOM)
- Pré-traitement mécano-biologique avec valorisation du compost (PTMB)
- Bio Réacteur Réversible avec valorisation énergétique (BRR)
L’assemblée départementale a également lancé un appel à projets auprès des collectivités et à ce jour deux porteurs de projet se sont déclarés: le Smectom du Plantaurel et la communauté de communes de Mirepoix.
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Toutefois les compétences du Conseil général s’arrêtent là, ce sont désormais les élus qui devront mettre en œuvre le plan et rendre des comptes à la population.
Afin de les aider dans ce choix, ils ont reçu une notice explicative faisant la synthèse des trois filières étudiées et ont été invités aux réunions organisées par l’équipe de Charles Alozy, responsable du service des équipements collectifs au Conseil Général de l’Ariège.
La première avait lieu à Pamiers où Augustin Bonrepaux et Gérard Legrand, premier adjoint, ont accueilli les maires du Pays des Portes d’Ariège Salle du Jeu du Mail pour une réunion de concertation et d’information.
«Tous les ariégeois à travers leurs élus pourront se prononcer en leur âme et conscience en fonction de la filière choisie pour le plan d’élimination des déchets ménagers» a précisé le Dr Legrand.
Quant au président Bonrepaux, il a rappelé que cette compétence appartenait autrefois aux préfets, «depuis les lois de décentralisation de 2004, l’Etat s’est déchargé du PDEDMA et l’a transféré au département.
Le Conseil Général a pour rôle de le concevoir et de l’élaborer. A savoir comment réduire les déchets à la source, assurer le tri, la collecte, le traitement pour que cela coûte le moins cher aux ariégeois.
Trois procédés ont été étudiés et nous avons visité des sites où ils étaient mis en œuvre ... Aujourd’hui nous présentons ces études techniques de manière objective aux élus car c’est eux et eux seuls qui devront donner leur avis, c’est à travers un syndicat mixte qu’ils devront assurer la collecte et le traitement…
Suivra ensuite une enquête publique et le plan de traitement devra être opérationnel à la fin de l’année… Nous avons voulu le faire dans la concertation…le Conseil Général sera attentif au choix, aux remarques émis par les communes»
Charles Alozy a ensuite pris la parole pour détailler le fonctionnement des trois filières de traitement des déchets ménagers et assimilés mises à l’étude, leurs avantages et inconvénients: «sachant par ailleurs qu’il faudra 4 à 5 ans pour qu’une filière se mette en place...»
- Tout d’abord l’usine d’incinération des Ordures Ménagères avec valorisation énergétique (UIOM).
Les déchets arrivent en vrac, ils sont chargés de manière homogène à l’aide de grappins dans le four (four oscillant). Ils sont brûlés à une température de 800 à 1000° et produisent près de 23.000 Mwh (à l’aide d’une turbine),
Au niveau de la valorisation des déchets : 3% de ferrailles et 22% de Mâchefers sont revalorisés en sous couches routières. Les résidus des fumées d’incinération de classe 1 (ils représentent 5%) sont enfouis dans le centre spécialisé de Graulhet.
- Pré-traitement Mécano-Biologique avec valorisation du compost (PTMB).
Les déchets sont préparés dans deux tubes rotatifs: les sacs sont dilacérés, il y a apport d’eau pour initier la fermentation. Seconde étape, le criblage dans une tour d’affinage, le compost traverse trois étapes de tri mécanique (les déchets sont apportés par tapis roulant) dont il sort à chaque fois plus épuré.
A la fin de la chaîne le compost représente 16%, les ferrailles 1,5% et les déchets ultimes 60% dont 16% de CSR potentiellement valorisables (combustibles solides de récupération préparés à partir de déchets non dangereux destinés à être valorisés énergétiquement dans des installations d’incinération).
Il s’agit de résidus solides issus de matières plastiques réutilisables en tant que combustible dans des fours de cimenteries. «Ces produits sont au stade expérimental, précise M. Alozy, mais un débouché se profile à terme vers un combustible qui se substituerait au combustible fossile…
Notre objectif à terme est d’enfouir le minimum de déchets résiduels. Le compost pour l’agriculture constitue un procédé de valorisation de la matière organique»
- Enfin la dernière filière étudiée, le BioRéacteur Réversible avec valorisation énergétique (BRR).
Il s’agit d’un centre d’enfouissement classique. Après réception, les déchets sont préparés (dé-ferraillage puis pré-traitement) par aspersion au moyen de lixiviat pour favoriser la méthanisation.
Elle s’opère en alvéole étanche pendant 3 à 4 ans. Les lixiviats, collectés et traités, sont ré-injectés dans le massif de déchets clos afin d’entretenir la méthanisation. Ils produisent du méthane, ce gaz est brûlé.
La post-valorisation des déchets permettrait à terme, à la ré-ouverture des alvéoles après 3 à 4 ans pour une séparation des déchets enfouis, de récupérer 32% de matrice terreuse (résidu organique minéralisé), 16% de CSR, 19% de déchets ultimes, 2% de ferrailles et 8% de gravats… Si les perspectives ne s’avèrent pas, 80% des déchets entrants seront enfouis.
Quelle que soit la filière retenue, des actions visant à la réduction de la production de déchets à la source devront être engagés (compostage individuel, stop pub, etc…)
Les filières étudiées correspondent à des techniques disponibles répondant aux objectifs de valorisation, de récupération et d’élimination des déchets.
Elles doivent permettre de garantir des émissions minimes de substances nocives mais également les nuisances (bruit, odeurs, etc.), d’économiser les ressources (énergie, eau, etc.), de bien récupérer l’énergie et les matériaux et enfinne pas induire de risque d’accident et être fiables.
Les études mettent en avant un certain nombre de critères technico-économiques:
- Coût de la tonne : 100€ UIOM, 80€ PTMB et 70 BRR - Investissements financiers : 38€M UIOM, 21€M PTMB et 17€M BRR - Impact sur l’emploi local : 15 personnes UIOM, 12 PTMB et 14 BRR
La souplesse l’adaptabilité et l’évolutivité du procédé de traitement paraissent moins contraignant avec le BRR, les contraintes en amont sur la collecte sont plus favorables avec l’UIOM et le BRR cette dernière filière étant la moins novatrice.
Les perspectives d’évolution par rapport à la TGAP après le Grenelle de l’Environnement devraient augmenter de manière conséquente pour les matières à enfouir (de 10 à 40% pour les filières BRR et PTMB et concernant l’incinération de 0 à 10€)
Concernant les impacts environnementaux, l’enfouissement des déchets toxiques dans un centre de traitement spécialisé représente 2.300 tonnes/an pour l’UIOM, l’enfouissement des déchets non dangereux: 0 tonne pour l’IUOM, 30.000t pour le PTMB et 49.000t pour le BRR.
Le bilan énergétique est largement favorable à l’UIOM (+ de 23.000 Mwh), puis le PTMB (20.000Mwh) et plus de 3000Mwh pour le BRR.
La valorisation des solides de récupération sont plutôt favorables aux deux dernières filières. Le bilan organique est de 8 000t de compost pour le PTMB. Le bilan sur l’effet de serre est quasiment identique.
Concernant les trois filières, les risques de nuisance (odeurs, goélands) sont plus importants avec l’option BRR.
L’impact sanitaire sur les populations riveraines: en l’état actuel des connaissances et au regard des traitements étudiés (incinérateur nouvelle génération, centre d’enfouissement de classe 2 aux normes…) l’ensemble des études indique qu’il n’y a pas de risques sanitaires majeurs concernant les populations riveraines.
Cependant le principe de précaution s’applique pour l’incinérateur qui pourrait éventuellement faire l’objet de «rejets atmosphériques» L’impact des filières PTMB et BRR sur les travailleurs du déchet sont également à surveiller (bio-aérosols, micro-organismes).
Par le passé, les problèmes de santé publique en matière d’incinération ont fortement marqué les esprits (nuage de dioxine de Seveso).
«Cette mauvaise image alimente encore certaines polémiques qui n’ont plus de raison d’être» Le BRR, assimilé à un centre de stockage de déchets, renvoie également à l’image négative des anciennes décharges.
«Les évolutions en matière de normes ont considérablement limité les nuisances» Le PTMB est un traitement qui fait quant à lui davantage consensus comme cela a été observé ces dernières années lors des révisions de plans départementaux.
Les collectivités locales de ce territoire et la commune de Manses sont opposées depuis l’origine à l’enfouissement des ordures ménagères à Berbiac.
Elles considèrent que l’incinération «est la plus acceptable des trois filières proposées car une des mieux connues et des plus contrôlées» comme l’a indiqué Simone Verdier lors du débat qui a suivi cette réunion.
Pour elle «l’incinérateur est le moins pire» Une hypothèse qui est loin d’être partagée par Alain Cayat (directeur du SMECTOM) pour qui l’enfouissement paraît la meilleure solution (moins dangereux, valorisation des CSR).
Enfin concernant l’évolution et l’optimisation potentielle des scénarios présentés, si la valorisation des matières (CSR, matrice terreuse, etc.) est favorable aux traitements par PTMB et BRR, la valorisation chaleur est importante pour l’UIOM mais il s’agit d’une option complémentaire qui n’a pas été étudiée en hypothèse de base (des investissements complémentaires doivent être réalisés: échangeurs, réseaux de chaleur.. qui annuleraient les gains de cette option)
Cependant comme l’a indiqué M. Alozy, la discussion est ouverte, le conseil général définit le plan, donne les clés aux élus pour qu’ils puissent faire leur choix d’ici au 19 juin, mais il ne choisit pas le terrain pour l’enfouissement, l’enquête publique débutera à la fin du second semestre. Le débat est loin d’être clos.
 Crédit photo décharge: Gina Sanders Photo et vidéo: ©AriegeNews TV 2008 |
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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 29/05/2008 |
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