Ligne Electrique Très Haute Tension en Ariège: retour sur 10 années de polémique
Alors que l’on pense généralement que cette histoire de ligne à Très Haute Tension 2 X 400.000 Volts est enterrée (si l’on peut dire) depuis quelques années, l’association Anti-THT du Couserans nous rappelle qu’il n’en est rien: «Le risque est bien réel» ainsi que l’a montré lors de son rapport moral le président Lucien DUPONT.
Profitons de cette occasion pour faire l’historique de cette affaire qui agita l’Ariège dans les années 1997-2000. Avant, dans des temps immémoriaux, c’est à dire dans les années 50, l’électricité était produite par des centrales à charbon, à pétrole et à gaz disséminées sur l’ensemble du territoire.
Le choc pétrolier de 1973 et le désir d’une certaine indépendance énergétique incitent Georges Pompidou alors Président de la République, et Pierre Messmer, Premier Ministre à suivre les recommandations convergentes d’EDF et du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) de se tourner vers le «Tout-Nucléaire»
Sans entrer dans la polémique Pro ou Anti Nucléaire, qui constitue un autre débat, on peut juste constater que ce choix conduit à une concentration des sites de production (47 actuellement sur le territoire) et donc à la construction de lignes électriques Très Haute Tension afin d’innerver le pays et au-delà puisque dans le même temps, EDF développe une politique d’expansion tous azimuts.
Pour ce qui concerne plus précisément la traversée des Pyrénées, il faut se reporter en 1984 pour trouver un accord entre EDF et REA ( Red Electrica de Espagna, l’équivalent espagnol d’EDF) qui prévoit la livraison par la France de 1000 Mégawatts soit l’équivalent d’une tranche de Golfech.
Depuis, les contrats ont évolué, ainsi que la philosophie des gouvernements. On est passé à un taux d’échange de 4.500 MW et l’Europe exige maintenant que soient créées des boucles de sécurité et des interconnexions afin d’éviter des pannes du type de celle qui a touché des millions de foyers européens le 4 novembre 2006.
Depuis 1984, le tracé n’a cessé d’émigrer d’Ouest en Est.
Prévu initialement en Pays basque, le projet est vite retiré quand l’ETA, dont on connaît les méthodes, fait connaître son opposition. La ligne part alors dans le Val d’Aran mais elle est là aussi rapidement abandonnée, car elle aboutissait en plein cœur de la station de ski de Baqueira Beret fréquentée alors par la famille royale espagnole.
La proposition la plus avancée a été faite sur le Val Louron. Tout est prêt, les pylônes sont même achetés, lorsque Alain Juppé, alors Premier Ministre signe un décret en Mars 1996 d’abandon du tracé THT Cazaril-Aragon, via le Louron.
Arrive alors l’épisode Ariégeois.
Deux tracés tiennent la rampe, le premier par le Col del Bouich, Tarascon sur Ariège puis le Vicdessos et l’Andorre, l’autre, un moment favori, par la vallée de la Lèze, celle du Salat puis le port de Salau.
Il faut dire que Bernard Gondran, maire de Saint Girons, avait alors négocié son accord contre le creusement du tunnel de Salau, dont les premiers plans remontent à Napoléon. Depuis, il a changé d’avis et s’est placé du coté des «antis»
Trois ans et 28.000 pétitions plus tard, le projet est officiellement abandonné par Lionel Jospin Premier Ministre et Dominique Voynet ministre de l’Environnement, et reprend sa migration vers l’Est.
On est arrivé en bout de chaîne et ce sont maintenant les Pyrénées Orientales qui sont visées.
C’est le dernier projet en cours, et il semblait solide, appuyé sur la ligne de TGV qui doit relier le réseau ferré français à Barcelone, via Perpignan.
En effet, outre le fait que le TGV est gros consommateur d’énergie, qu’il pourra prendre facilement au passage, cette solution permettait d’utiliser le tracé du Train à Grande Vitesse pour passer la frontière, économisant ainsi de nouvelles procédures, expropriations, et autres dégradations environnementales rattachées à de telles lignes…
Pourtant, deux écueils viennent enrayer un processus qui paraissait bien huilé. Le premier, classique, reste l’opposition farouche des populations, catalans du Nord et catalans du Sud ensemble, soutenus par la quasi totalité des élus locaux.
Le second apparaît pour EDF et RTE, plus important et surtout bien plus difficile à forcer ou à contourner: il s’agit d’une mésentente persistante entre les «Pro THT» eux-mêmes concernant le point de traversée et le trajet global de cette ligne au travers des Pyrénées.
Entre-temps a été admis, au nom du principe de «la sécurité de l’alimentation électrique au niveau européen» qu’il fallait construire non pas une, mais deux lignes THT 2 X 400.00 V dans l’ordre suivant: la première par la Catalogne, l’autre par les Pyrénées Centrales...
Voilà, rapidement brossé l’histoire de cette, ou plutôt de ces lignes Très Haute Tension 2 X 400.000 Volts, véritable serpent de mer depuis près d’1/4 de siècle.
Revenons à l’activité de l’Association couserannaise. Ayant appris la nomination de Yves Decoeur (en un seul mot) comme nouveau responsable RTE (Réseau de Transport d’Electricité), chargé de mettre en place la (ou les) traversée(s) des Pyrénées, Lucien Dupont, Président de l’Association Anti-THT du Couserans accompagné de quelques militants, dont Mas Duquesne, demande et obtient un rendez-vous.
Celui-ci a lieu à Foix, le 8 décembre dernier.
Il faut savoir que M. Decoeur, qui se définit lui même comme un «moine-soldat» sort d’un échec cuisant dans les gorges du Verdon.
Chargé là aussi de mettre en place une ligne THT entre Boutre et Broc-Carron afin de renforcer le réseau d’échanges avec l’Italie, il a vu le projet qu’il défendait depuis 5 ans recalé en dernière minute par le Conseil d’Etat suite à une requête émanant du Parc Naturel Régional du Verdon.
Il faut dire que la ligne aurait totalement défiguré les magnifiques gorges du Verdon, mais apparemment, M. Decoeur n’en avait cure.
Fin diplomate et redoutable négociateur, ce haut fonctionnaire semble avoir tiré les conclusions de ce camouflet. «De toute évidence, il mettra tout en œuvre pour aboutir rapidement dans les Pyrénées»
Et puisque ça bloque en Roussillon-Catalogne, on commencera par la traversée centrale «Je suis prêt à discuter, mais je serai aussi très ferme. Il faut passer !»
En tout état de cause, il semble bien que la décision soit entre les mains de M. Alain Juppe, nouveau ministre de l’Ecologie, mais aussi de l’Energie.
Et les militants Anti-THT ne savent que penser de ce responsable politique qui, d’une part, a bloqué il y a plus de 10 ans le projet du Val Louron, qui semble acquis à un certain nombre de thèses écologistes, que prône le Développement Durable, mais qui, d’autre part, a déclaré sans sourciller il y a quelques jours à peine, parlant, précisément de la politique énergétique de la France: «Il n’y a pas de solution sans le nucléaire» ... Or, on l’a vu, qui dit nucléaire, dit obligatoirement lignes THT…
Quelques mots sur les motivations des militants anti-THT: «tout d’abord notre opposition ne ressort pas d’une posture anti-nucléaire»
«L’adversaire n’est pas le procédé de fabrication de l’électricité, mais son mode de production centralisé. Le combat sera le même si un jour EDF propose un parc d’éoliennes ou un barrage hydraulique capable de produire quelques millions de Watts»
Dans tous les cas, l’enfouissement des lignes apparaît aux yeux de l’association comme une solution acceptable au problème du transport de cette énergie.
Le mal semble se situer à deux niveaux: l’Environnemental et la santé.
Selon eux, et s’appuyant sur de nombreux rapports scientifiques, «non seulement ces lignes, dont les pylônes porteurs peuvent atteindre 80 mètres de haut vont défigurer les paysages, mais encore et surtout elles sont extrêmement dangereuses pour la santé, tant des hommes que des animaux, sauvages ou d’élevage»
Le professeur Lambroso, du service d’ études médicale d’EDF reconnaît «la possibilité d’une fréquence accrue de certains cancers chez l’enfant…»
«Ne parlons pas de l’économie touristique qui reste un pôle de développement fort dans notre département et dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle serait mise à mal par ces balafres géantes que sont les lignes THT»
En outre, ils contestent formellement l’utilité de telles lignes, «principalement en ces temps où l’on ne parle que de Développement Durable, voire de décroissance»
Enfin, toujours selon ces militants, «d’autres solutions existent, outre l’enfouissement, faisant appel, en plus des économies d’énergie, à des sources d’énergie décentralisés tels l’éolien, le solaire, ou l’hydroélectricité»
L’association a décidé d’envoyer une lettre ouverte à Monsieur Alain Juppé, «pour lui faire part de l’inquiétude des populations et lui demander de bien vouloir préciser sa position sur cette question»
Photos: ©AriegeNews 2007
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28/05/2007 | 15:23
Alors que l’on pense généralement que cette histoire de ligne à Très Haute Tension 2 X 400.000 Volts est enterrée (si l’on peut dire) depuis quelques années, l’association Anti-THT du Couserans nous rappelle qu’il n’en est rien: «Le risque est bien réel» ainsi que l’a montré lors de son rapport moral le président Lucien DUPONT.Profitons de cette occasion pour faire l’historique de cette affaire qui agita l’Ariège dans les années 1997-2000. Avant, dans des temps immémoriaux, c’est à dire dans les années 50, l’électricité était produite par des centrales à charbon, à pétrole et à gaz disséminées sur l’ensemble du territoire.
Le choc pétrolier de 1973 et le désir d’une certaine indépendance énergétique incitent Georges Pompidou alors Président de la République, et Pierre Messmer, Premier Ministre à suivre les recommandations convergentes d’EDF et du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) de se tourner vers le «Tout-Nucléaire»
Sans entrer dans la polémique Pro ou Anti Nucléaire, qui constitue un autre débat, on peut juste constater que ce choix conduit à une concentration des sites de production (47 actuellement sur le territoire) et donc à la construction de lignes électriques Très Haute Tension afin d’innerver le pays et au-delà puisque dans le même temps, EDF développe une politique d’expansion tous azimuts.
Pour ce qui concerne plus précisément la traversée des Pyrénées, il faut se reporter en 1984 pour trouver un accord entre EDF et REA ( Red Electrica de Espagna, l’équivalent espagnol d’EDF) qui prévoit la livraison par la France de 1000 Mégawatts soit l’équivalent d’une tranche de Golfech.
Depuis, les contrats ont évolué, ainsi que la philosophie des gouvernements. On est passé à un taux d’échange de 4.500 MW et l’Europe exige maintenant que soient créées des boucles de sécurité et des interconnexions afin d’éviter des pannes du type de celle qui a touché des millions de foyers européens le 4 novembre 2006.
Depuis 1984, le tracé n’a cessé d’émigrer d’Ouest en Est.
Prévu initialement en Pays basque, le projet est vite retiré quand l’ETA, dont on connaît les méthodes, fait connaître son opposition. La ligne part alors dans le Val d’Aran mais elle est là aussi rapidement abandonnée, car elle aboutissait en plein cœur de la station de ski de Baqueira Beret fréquentée alors par la famille royale espagnole.
La proposition la plus avancée a été faite sur le Val Louron. Tout est prêt, les pylônes sont même achetés, lorsque Alain Juppé, alors Premier Ministre signe un décret en Mars 1996 d’abandon du tracé THT Cazaril-Aragon, via le Louron.
Arrive alors l’épisode Ariégeois.Deux tracés tiennent la rampe, le premier par le Col del Bouich, Tarascon sur Ariège puis le Vicdessos et l’Andorre, l’autre, un moment favori, par la vallée de la Lèze, celle du Salat puis le port de Salau.
Il faut dire que Bernard Gondran, maire de Saint Girons, avait alors négocié son accord contre le creusement du tunnel de Salau, dont les premiers plans remontent à Napoléon. Depuis, il a changé d’avis et s’est placé du coté des «antis»
Trois ans et 28.000 pétitions plus tard, le projet est officiellement abandonné par Lionel Jospin Premier Ministre et Dominique Voynet ministre de l’Environnement, et reprend sa migration vers l’Est.
On est arrivé en bout de chaîne et ce sont maintenant les Pyrénées Orientales qui sont visées.
C’est le dernier projet en cours, et il semblait solide, appuyé sur la ligne de TGV qui doit relier le réseau ferré français à Barcelone, via Perpignan.
En effet, outre le fait que le TGV est gros consommateur d’énergie, qu’il pourra prendre facilement au passage, cette solution permettait d’utiliser le tracé du Train à Grande Vitesse pour passer la frontière, économisant ainsi de nouvelles procédures, expropriations, et autres dégradations environnementales rattachées à de telles lignes…
Pourtant, deux écueils viennent enrayer un processus qui paraissait bien huilé. Le premier, classique, reste l’opposition farouche des populations, catalans du Nord et catalans du Sud ensemble, soutenus par la quasi totalité des élus locaux.
Le second apparaît pour EDF et RTE, plus important et surtout bien plus difficile à forcer ou à contourner: il s’agit d’une mésentente persistante entre les «Pro THT» eux-mêmes concernant le point de traversée et le trajet global de cette ligne au travers des Pyrénées.
Entre-temps a été admis, au nom du principe de «la sécurité de l’alimentation électrique au niveau européen» qu’il fallait construire non pas une, mais deux lignes THT 2 X 400.00 V dans l’ordre suivant: la première par la Catalogne, l’autre par les Pyrénées Centrales...
Voilà, rapidement brossé l’histoire de cette, ou plutôt de ces lignes Très Haute Tension 2 X 400.000 Volts, véritable serpent de mer depuis près d’1/4 de siècle.
Revenons à l’activité de l’Association couserannaise. Ayant appris la nomination de Yves Decoeur (en un seul mot) comme nouveau responsable RTE (Réseau de Transport d’Electricité), chargé de mettre en place la (ou les) traversée(s) des Pyrénées, Lucien Dupont, Président de l’Association Anti-THT du Couserans accompagné de quelques militants, dont Mas Duquesne, demande et obtient un rendez-vous.
Celui-ci a lieu à Foix, le 8 décembre dernier.
Il faut savoir que M. Decoeur, qui se définit lui même comme un «moine-soldat» sort d’un échec cuisant dans les gorges du Verdon.
Chargé là aussi de mettre en place une ligne THT entre Boutre et Broc-Carron afin de renforcer le réseau d’échanges avec l’Italie, il a vu le projet qu’il défendait depuis 5 ans recalé en dernière minute par le Conseil d’Etat suite à une requête émanant du Parc Naturel Régional du Verdon.
Il faut dire que la ligne aurait totalement défiguré les magnifiques gorges du Verdon, mais apparemment, M. Decoeur n’en avait cure.
Fin diplomate et redoutable négociateur, ce haut fonctionnaire semble avoir tiré les conclusions de ce camouflet. «De toute évidence, il mettra tout en œuvre pour aboutir rapidement dans les Pyrénées»
Et puisque ça bloque en Roussillon-Catalogne, on commencera par la traversée centrale «Je suis prêt à discuter, mais je serai aussi très ferme. Il faut passer !»
En tout état de cause, il semble bien que la décision soit entre les mains de M. Alain Juppe, nouveau ministre de l’Ecologie, mais aussi de l’Energie.
Et les militants Anti-THT ne savent que penser de ce responsable politique qui, d’une part, a bloqué il y a plus de 10 ans le projet du Val Louron, qui semble acquis à un certain nombre de thèses écologistes, que prône le Développement Durable, mais qui, d’autre part, a déclaré sans sourciller il y a quelques jours à peine, parlant, précisément de la politique énergétique de la France: «Il n’y a pas de solution sans le nucléaire» ... Or, on l’a vu, qui dit nucléaire, dit obligatoirement lignes THT…
Quelques mots sur les motivations des militants anti-THT: «tout d’abord notre opposition ne ressort pas d’une posture anti-nucléaire»
«L’adversaire n’est pas le procédé de fabrication de l’électricité, mais son mode de production centralisé. Le combat sera le même si un jour EDF propose un parc d’éoliennes ou un barrage hydraulique capable de produire quelques millions de Watts»
Dans tous les cas, l’enfouissement des lignes apparaît aux yeux de l’association comme une solution acceptable au problème du transport de cette énergie.
Le mal semble se situer à deux niveaux: l’Environnemental et la santé.
Selon eux, et s’appuyant sur de nombreux rapports scientifiques, «non seulement ces lignes, dont les pylônes porteurs peuvent atteindre 80 mètres de haut vont défigurer les paysages, mais encore et surtout elles sont extrêmement dangereuses pour la santé, tant des hommes que des animaux, sauvages ou d’élevage»
Le professeur Lambroso, du service d’ études médicale d’EDF reconnaît «la possibilité d’une fréquence accrue de certains cancers chez l’enfant…»
«Ne parlons pas de l’économie touristique qui reste un pôle de développement fort dans notre département et dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle serait mise à mal par ces balafres géantes que sont les lignes THT»
En outre, ils contestent formellement l’utilité de telles lignes, «principalement en ces temps où l’on ne parle que de Développement Durable, voire de décroissance»
Enfin, toujours selon ces militants, «d’autres solutions existent, outre l’enfouissement, faisant appel, en plus des économies d’énergie, à des sources d’énergie décentralisés tels l’éolien, le solaire, ou l’hydroélectricité»
L’association a décidé d’envoyer une lettre ouverte à Monsieur Alain Juppé, «pour lui faire part de l’inquiétude des populations et lui demander de bien vouloir préciser sa position sur cette question»
Photos: ©AriegeNews 2007
auteur: Bernard Pastourel | publié le: 28/05/2007 | Lu: 21751 fois
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