Jean-Paul Tisseyre, un ariégeois de La Bastide sur l’Hers lauréat du XXIIIe concours du meilleur ouvrier de France
N’est pas meilleur ouvrier de France qui veut…
Créé en 1935, ce concours s’adresse aux professionnels qui doivent prouver leurs compétences et leur capacité à effectuer un travail de haute qualité en réalisant une œuvre.
La sélection est très forte pour ce concours qui a lieu tous les trois ans et où plus de deux cents métiers sont représentés dans différents secteurs: alimentaire, bâtiment, habillement, esthétique, décoration, métiers d’art, industrie…
Les candidats qui s’y présentent doivent travailler à la réalisation d’une œuvre sur un thème ou un sujet imposé.
Cette œuvre est présentée devant un jury. Le candidat retenu par le jury obtient alors le diplôme de «meilleur ouvrier de France» (MOF), diplôme de l’Education Nationale de niveau III (équivalent au BTS) qui permet d'afficher auprès de la clientèle l'insigne «MOF», symbole de l'excellence professionnelle.
Lors de ce XXIIIe concours, sur 2664 inscrits, 220 ont obtenu le diplôme tant convoité.
Parmi les lauréats, Jean-Paul Tisseyre, un ariégeois originaire de La Bastide sur l’Hers, primé meilleur ouvrier de France dans sa catégorie: la coutellerie.
Bien qu’il ait été primé à plusieurs reprises dans les salons internationaux où il rivalise depuis plusieurs années avec les grandes pointures de la coutellerie (canadiens, américains, allemands ou suisses), cet enfant du pays est de nature plutôt discrète.
Mécanicien ajusteur de formation, Jean-Paul Tisseyre a toujours été obsédé par la perfection du détail. Il vit sa passion depuis de longues années puisque chasseur, il fabriquait déjà ses couteaux…
Aujourd’hui qu’ils soient pliants ou pas, à mécanismes compliqués, il réalise des couteaux qu’il ne cesse d’améliorer, ce sont toujours des pièces uniques dont il a longuement mûri la courbe de la lame, le mécanisme ou la précision.
Ainsi l’invention d’un nouveau mécanisme à cran d’arrêt pour lequel il a déposé un brevet à l’INPI a attiré il y a quelques années l’attention de nombreux collectionneurs.
A présent ceux-ci font appel à lui pour exécuter la pièce unique dont il ont rêvé. Cet artisan amoureux du travail bien fait nous a reçu dans son magasin-atelier bastidais.
Dépositaire d’un savoir-faire unique, il a évoqué son métier qu’il considère davantage comme une passion. «Le couteau que je préfère, c’est le prochain que je vais concevoir et réaliser, c’est dans cet état d’esprit que je fonctionne.
Il faudra de quatre heures pour réaliser un petit couteau à quatre-vingt heures de travail, voire six mois pour un couteau plus compliqué. J’ai mon modèle dans la tête, la première étape c’est de restituer sur papier les moindres pièces qui rentrent dans sa composition, ensuite je réalise un gabarit, celui-ci permet de tracer la forme du couteau qui sera ensuite découpé à la scie.
Toutes les pièces de la lame aux ressorts vont être réalisés à partir d’un morceau d’acier»
La lame en acier trempé subit un traitement thermique, elle est chauffée dans un four à 800° avant d’être refroidie dans un bain d’huile.
«Le couteau passera ensuite sur la machine à rectifier après traitement thermique de l’acier, il faut travailler les côtes de la lame très précisément puis au surfaçage, guillochage, montage et finition… à la main bien entendu»
Quant au manche il sélectionne des matières précieuses, du buffle, de l’ivoire de morse, de l’os de girafe ou de mammouth fossilisé mais également du bois plus régional: néflier, buis, poirier, chêne, orme ou encore racine de marronnier.
«C’est un arbre qui a été arraché sur la place du village, j’ai trouvé les couleurs intéressantes, il faudra cependant l’envoyer aux Etats-Unis pour le traiter, y injecter de la résine afin de le stabiliser et rendre le manche imputrescible»
Notre artisan pousse toujours davantage sa réflexion, améliore sans cesse son travail et cherche à innover davantage. Côté invention, on lui doit le «mécanisme Tisseyre», un verrouillage automatique et sûr qui d’une simple poussée dégage le verrou et libère la lame.
Ou encore le fameux «couteau-sommelier» dans lequel le tire-bouchon est totalement intégré dans le manche. Enfin, le plus populaire de sa collection, «le Montségur», auquel il vient d’apporter encore une subtilité.
«C’est le couteau régional par excellence, celui que l’on garde dans sa poche tous les jours et le nouveau «Montségur», réalisé en petite série, possède comme particularité d’avoir sur le profil de sa lame le profil du château cathare et tout le piémont pyrénéen …»
Si aujourd’hui Jean-Paul Tisseyre vient d’obtenir ce diplôme d’Etat couronnant son travail, c’est bien plus que la reconnaissance des professionnels pour cette passion qu’il cultive depuis de longues d’années, c’est aussi une revanche sur la vie.
«J’ai quitté l’école très jeune et ma carrière professionnelle était modeste, puis j’ai trouvé ma voie en faisant ce que j’aimais le plus au monde… j’espère que mon expérience et la consécration de mon travail donneront des idées aux jeunes qui pourront voir dans la coutellerie et au-delà dans l’artisanat une voie dans laquelle ils pourront s’exprimer»
La médaille au ruban tricolore du meilleur ouvrier de France sera remise à Jean-Paul Tisseyre par le Président de la République début 2008 à la Sorbonne lors d’une cérémonie officielle qui sera suivie d’une réception à l’Elysée.
Jean-Paul Tisseyre - Coutelier d’Art 1, rue Jean-Jacques Rousseau 09600 – La Bastide sur l’Hers Tel : 05 61 03 05 22 http://www.couteaux-tisseyre.com
Photos et vidéo: ©AriegeNews 2007 Photos incluses dans la vidéo: Marc Mesplié |