Conseil Municipal avorté à Saint Girons
L’atmosphère est lourde, ce jeudi 18 septembre dans la salle du conseil de la capitale couseranaise, la tension est palpable.
Trois jours après le coup de massue qu’a constitué la demande de mise en liquidation judiciaire du groupe Matussière et Forest et de sa filiale ariégeoise, l’usine de Lédar, et moins de cinq jours avant la décision définitive, chacun attend la réaction d’une municipalité qui, incontestablement assommée par la nouvelle, est apparue passablement attentiste.
Contrairement à son habitude, le premier magistrat ne fait pas l’appel des présents, mais donne la parole à Vincent Ramond, secrétaire du Comité d’Entreprise, représentant le personnel et qui, présent à Grenoble lors de cette triste journée, donne sa version et son interprétation des faits.
Après la surprise, immense, le réalisme: «ce qui intéresse les espagnols, c’est le site de Ledar et AVP, cette filiale spécialisée dans le négoce de vieux papiers»
Il doute pourtant de l’efficacité de leur stratégie, cette société, véritable mine d’or, semble déjà promise à un autre.
Sans accuser personne, il exprime de forts regrets à l’encontre de «certains qui devaient nous aider, et qui ne l’ont pas fait», puis se fait menaçant: «si la liquidation est prononcée, nous allons foutre le b…., Il faut comprendre, nous n’aurons alors plus rien à perdre, plus d’autre choix !», avant de déclarer, désespérément optimiste «il n’y a que nous qui y croyons, mais nous avons encore l’espoir d’une offre valable vendredi 19 septembre»
Enfin, François Murillo prend la parole. Le silence est pesant, voire assourdissant.
La voix est sourde, chargée d’une émotion contenue: «l’instant est solennel », puis il parle de « l’économie, mondialisée et déshumanisée», des «60.000 tonnes de papier produites par an, … qui montrent qu’il existe la possibilité de maintenir l’outil [de travail]», se veut optimiste «nous devons regarder de l’avant», responsable «agir pour le bien de la collectivité», interrogateur «quelles seront les conditions de la reprise ?», et réaliste quant aux conséquences d’une liquidation «au plan humain avec l’incertitude de l’emploi … au plan financier avec une répercussion directe sur l’économie locale, … [et] les pertes de recettes importantes pour les différentes collectivités chargées de financer les services publics»
Puis il conclue: «je vous demande, chers collègues élus, de reporter le Conseil Municipal après le verdict du jugement en cours»
Décision hautement politique et purement symbolique qui, si elle a bien peu de chances d’influer sur la décision des juges grenoblois, ne devrait pas manquer de marquer une population inquiète du sort de ses papeteries.
Et demain?
«C’est un nouvel épisode qui va s’ouvrir après la décision du tribunal, quel que soit le verdict, mais ce qui est sûr, c’est que nous continuerons à nous battre pour trouver une solution et sortir de cette impasse», affirme avec force le Maire de Saint Girons à l’issue de cet étrange conseil qui ne s’est pas tenu.
 Photos et vidéo: ©AriegeNews TV 2008 |